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Répression

Cisjordanie : la militante Ahed Tamimi arrêtée par Israël comme 2.080 Palestiniens depuis le 7 octobre

Les forces armées israélienne ont annoncé ce lundi l’arrestation d’Ahed Tamimi, figure de la lutte palestinienne lors d’un raid dans son village de Cisjordanie. Une arrestation qui met en lumière l’offensive répressive en cours en Cisjordanie.

Antoine Chantin

6 novembre

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Cisjordanie : la militante Ahed Tamimi arrêtée par Israël comme 2.080 Palestiniens depuis le 7 octobre

Diario de Madrid - Creative Commons Attribution 4.0

Dans un communiqué publié ce lundi, l’armée israélienne a annoncé avoir arrêté l’activiste palestinienne Ahed Tamimi, lors d’un raid des forces de sécurité dans la ville occupée de Nabi Saleh, au Nord de la Cisjordanie.

Une arrestation politique dans un contexte de répression massive du peuple Palestinien en Cisjordanie

La militante palestinienne a été arrêtée lors d’un des nombreux raids qui se multiplient en Cisjordanie depuis l’offensive armée du Hamas, et qui visent officiellement à « appréhender des individus soupçonnés d’être impliqués dans des activités terroristes et d’incitation à la haine », mais qui servent, avant tout, de prétexte à des arrestations massives, créant un climat de terreur parmi la population colonisée.

« Ils l’accusent d’avoir publié un post qui incite à la violence, rapportait à la presse la mère de la jeune femme, mais Ahed ne l’a pas écrit ». En effet, les services de sécurité ont justifié cette arrestation auprès de l’AFP, en transmettant à l’agence de presse une publication Instagram qui émanerait de l’activiste. Le texte de cette publication, qui a été largement partagé sur les réseaux sociaux, promet des représailles contre les israéliens occupant la Cisjordanie, « de Hébron à Jénine, nous allons vous massacrer ».

Or, cette capture d’écran, qui sert de prétexte à l’arrestation, cite un compte qui est inaccessible, rendant impossible toute vérification de l’accusation brandie à l’encontre de d’Ahedm. De plus, comme le rappel la mère de cette dernière, « Il y a des dizaines de pages au nom d’Ahed et avec sa photo mais avec lesquels elle n’a aucun lien ». En réalité, le prétexte semble surtout viser un symbole, celui d’une militante condamnée à huit mois de prison en 2018 par un tribunal militaire de la force d’occupation, après avoir giflé deux soldats dans la cour de sa maison familiale.

La vidéo montrant l’acte de bravoure, était très rapidement devenue viral et avait attiré un large soutien auprès de la jeune femme et de la cause palestinienne à travers le monde. Les dirigeants israéliens, à l’image de l’ancien ministre israélien de l’éducation, Naftali Bennett, qui souhaitait qu’elle finisse « ses jours en prison », ont alors tout fait pour faire taire l’activiste. « Ahed, elle, quand elle essaye d’ouvrir un compte sur les réseaux sociaux, il est aussitôt bloqué », poursuivait la mère de l’activiste, ce lundi, confirmant le caractère politique de l’arrestation.

Une Autorité palestinienne silencieuse face à la multiplication des morts et des arrestations en Cisjordanie

Celle-ci a lieu dans un contexte d’arrestations massives de palestiniens en Cisjordanie depuis le 7 octobre. Un rapport publié ce dimanche, par l’Autorité palestinienne et par l’association Palestinian Society Prisoner’s, vient ainsi mettre en lumière le dispositif répressif qui s’abat sur les Palestiniens de Cisjordanie depuis le début de la guerre. D’après le rapport, 2.080 Palestinien·ne·s, auraient ainsi été arrêté·e·s lors de raids dans les domiciles des détenus ou sur des barrages routiers tenus par l’armée. Le rapport affirme même que les forces de sécurité israélienne auraient pris en otage des membres des familles de ces prisonniers, pour les contraindre à se rendre auprès des forces de répression.

D’après le même rapport, l’opération militaire lors de laquelle a été arrêtée Ahed Tamimi, ainsi que 40 autres Palestiniens à travers le nord de la Cisjordanie, parmi lesquels trois journalistes, auraient été accompagné de violences systématiques de la part de l’armée israélienne sur les détenus et leurs familles. Des arrestations massives auxquelles s’ajoutent une multiplication des attaques meurtrières des colons israéliens à l’encontre des Palestiniens en Cisjordanie. Alors que près de 10.000 Palestiniens sont mort dans la bande de Gaza, depuis le début de l’offensive, 151 ont également péri sous les balles ou les coups de la répression israélienne en Cisjordanie.

Alors qu’une véritable opération de nettoyage ethnique a lieu dans les territoires colonisés et occupés, à l’image des villages d’Al-Qanub et Wadi Al-Sik qui auraient été complètement vidés de leurs habitants après que ces derniers aient été torturés et victimes de tentatives de viol par des colons et par Tsahal, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, rencontrait ce dimanche Antony Blinken, le ministre des affaires étrangères des États-Unis.

Celui qui avait hypocritement salué le courage d’Ahed Tamimi en décembre 2017, après que celle-ci ait giflé les soldats israéliens, rencontrait ainsi, sans sourcilier, le représentant du principal soutient au colonialisme Israélien et à l’opération génocidaire de nettoyage ethnique en cours dans la bande de Gaza. Et pour cause, selon le représentant de l’impérialisme étasunien, qui vient de débloquer 14,5 milliards de dollars en aide militaire pour soutenir l’opération armée de l’Israël, « l’Autorité palestinienne devrait jouer un rôle central dans la suite des événements dans la bande de Gaza ».

Une position qui illustre la tentative américaine de préparer une issue politique à la guerre, en cherchant à placer Gaza sous le contrôle d’une Autorité palestinienne en profonde crise du fait de l‘impasse de sa politique conciliatrice. Dernier épisode très symbolique en date, l’Autorité palestinienne et Abbas avaient tenté de réprimer une manifestation à Ramallah, après le bombardement d’un hôpital le 17 octobre dernier à Gaza.

Face aux arrestations massives et aux attaques meurtrières qui se multiplient contre les Palestiniens de Cisjordanie, il est plus que jamais nécessaire de soutenir la lutte du peuple palestinien pour son droit à l’auto-détermination face à l’État coloniald’Israël, alors que le régime israélien use de l’offensive du Hamas pour justifier toutes les exactions et préparer une colonisation toujours plus violente.


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