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Edito

« Conférence sociale » : la nouvelle supercherie de Macron saluée par les directions syndicales

Alors que le gouvernement s’apprête à lancer une « conférence » sur les salaires, la CFDT et la CGT ont confirmé leur participation, et appellent même à une meilleure entente patronale/syndicale. Face à cette tentative de renouveau du dialogue social, il y a urgence à quitter ces fausses négociations, pour imposer un réel plan de lutte, seul à même de réellement augmenter tous les salaires !

Nathan Deas

21 septembre 2023

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« Conférence sociale » : la nouvelle supercherie de Macron saluée par les directions syndicales

Crédits photo : Capture d’écran BFM TV / Marylise Léon et l’intersyndicale devant Matignon le 12 juillet 2023.

Prix à la pompe qui dépasse deux euros le litre, pénurie de logement du fait de la hausse des prix, une personne sur trois qui se prive d’au moins un repas par jour et une sur deux qui a des difficultés à se soigner, payer ses factures d’énergie ou à acheter des produits frais : en 2023, comme l’année précédente, la rentrée rime avec crise sociale. Une situation qui va aller en s’aggravant alors que l’inflation persiste et rogne nos salaires, nous permettant à peine de survivre.

« Conférence sur les salaires » : ou comment remettre une pièce dans la machine à « dialogue social »

Dans ce contexte, l’exécutif a annoncé, à l’issue des « rencontres de Saint-Denis », le lancement, début octobre, d’une « conférence sur les salaires ». Celle-ci devrait réunir organisations syndicales et patronales au cours de la deuxième quinzaine d’octobre pour discuter notamment « des carrières et des branches sous le seuil du salaire minimum ».

L’idée, en réalité, n’est pas neuve. En plein cœur de la crise des retraites, la « conférence sociale » avait été en effet proposée par Macron lui-même pour tenter de canaliser la colère sociale alors que se radicalisaient des secteurs du mouvement de masse. L’objectif était clair : il s’agissait d’amadouer Laurent Berger pour tenter de briser l’intersyndicale. Quelques mois plus tard, la visée reste sensiblement la même.

Malgré la défaite des retraites, la colère est toujours profonde et la crise sociale n’est en rien résolue. Alors que l’inflation repart à la hausse en cette rentrée, le gouvernement, très conscient du caractère instable de la situation, cherche une voie pour canaliser la tension sociale sur un terrain institutionnel. La « conférence », de ce point de vue, doit donner du grain à moudre au « dialogue social ».

Y a-t-il quelque chose à espérer de la « conférence » pour nos salaires ?

Au programme de cette « conférence », de nombreux sujets seront mis sur la table. Mais, il ne s’agira pas de discuter de l’indexation des salaires sur l’inflation ni même de la « conditionnalité des aides » aux entreprises a déjà prévenu l’exécutif. Et si les bas salaires seront au cœur de la « conférence sociale », pas question non plus d’évoquer une augmentation générale des salaires pour les plus précaires, mais seulement la réévaluation des minima de branches qui, à cause du patronat, n’ont pas suivi les maigres augmentations successives du SMIC, partiellement indexé sur l’inflation. Un scandale en soi, mais dont la portée très minimale illustre le contenu de cette « conférence sociale ». Derrière les effets d’annonce gouvernementaux, la « conférence » a pour vocation première… de faire respecter la loi, piétinée par le patronat !

Interrogé à ce propos sur BFM au début du mois, Bruno Le Maire était d’ailleurs assez explicite quant aux ambitions du gouvernement. Le ministre de l’Economie commence par évoquer des « résultats », multiplie les louanges et remerciements en direction des entreprises, avant d’expliquer : « Nous devrions avoir, en 2023, une augmentation moyenne de 5% des salaires ». Comprendre : circulez, il n’y a rien à voir. Puisque le problème des salaires serait marginal, puisque les salaires augmenteraient même, la réponse du gouvernement doit concerner « les carrières et des branches sous le seuil du salaire minimum ».

Problème, le chiffre lancé au débotté alors que l’année 2023 n’est pas finie ne prend pas en compte les pertes de salaires réelles subies par les travailleurs précédemment, une manière de passer sous la trappe l’effet cumulatif de l’inflation. Selon les données de la Dares et de l’Insee, l’indice de prix harmonisé a progressé depuis juillet 2021 de 13,42 %, tandis que le salaire moyen de base a, lui, augmenté sur la même période de 6,77%, soit un décalage cumulé de 6,65 points.

Aussi, même parmi les habituels défenseurs du dialogue social, la conférence peine à convaincre. Dans les colonnes de « L’Humanité, Jean Christophe Le Duigou [1] s’interroge : « Dans ces conditions, l’annonce macronienne d’une « conférence sociale sur les salaires » pourrait représenter une fenêtre dans un paysage automnal. Mais l’ouverture qui se concentrerait à la suite de la « rencontre de Saint-Denis » du 30 août, sur les minima de branche, ressemble pour le moment plus à une lucarne qu’à autre chose. En tout cas, elle se situe bien en deçà d’une lutte efficace contre la récession qui s’annonce. D’où l’interrogation : le Président ne s’agite-t-il pas pour mieux cacher qu’il ne demande rien aux entreprises qui empochent les bénéfices du retour de la hausse des prix ? ».

La CGT et la CFDT, cautions de l’opération gouvernementale

Dans ce contexte, la CGT et la CFDT ont annoncé leur intention de participer à la « conférence ». Côté CFDT, on va même, sur fond de déclaration d’amour à l’entente patronale/syndicale, jusqu’à se féliciter et à « saluer l’initiative dans un courrier adressé au chef de l’Etat daté du 12 septembre. « Les situations actuelles sont le reflet des difficultés du dialogue social dans certains secteurs d’activité » explique en préambule la centrale.

La CGT, de son côté, se réjouit que « le gouvernement ait retrouvé le mot salaire qui avait disparu de son vocabulaire », sous-entendant un changement de pied du gouvernement sur la question. Dans un communiqué titré « Une conférence sociale sur les salaires ? Chiche… », la direction confédérale liste un ensemble de mesures qu’elle revendiquera lors de la conférence, notamment un Smic à 2000 euros brut et l’indexation des salaires sur l’inflation. Une position que Sophie Binet a confirmée lors de la fête de l’Humanité : « Ils n’en voulaient pas de cette conférence sociale sur les salaires ». Avant d’ajouter : « cette journée du 13 octobre qui va nous permettre de porter toute ces propositions sur les salaires et de mettre la conférence sociale sous pression. ». Des déclarations qui confirment bien que, non seulement la CGT participera à la « conférence sociale », mais aussi que la journée sans lendemain du 13 octobre s’inscrit dans une stratégie de « pression » institutionnelle sur le gouvernement.

De son côté, Solidaires se distingue en refusant de participer à une « énième conférence » qui « risque fortement d’être une rustine sur la jambe de bois de la catastrophe sociale » et appelle à « être tous dans la rue le 13 octobre ». Une position qui, en l’absence de proposition alternative au plan de l’intersyndicale en cette rentrée sociale, reste cependant impuissante.

L’urgence de rompre avec le « dialogue social » et d’une autre orientation pour nos salaires

En résumé, la position de la CGT et de la CFDT revient clairement à jouer le jeu du gouvernement et à sa tentative d’acheter la paix sociale. Or, s’il y a une certitude, c’est que nous ne pouvons avoir aucune confiance dans le « dialogue social » pour faire émerger des solutions face à l’inflation et la vie chère. Celui-ci n’a en effet cessé de démontrer ces dernières années, qu’il n’était qu’une courroie de transmissions des contre-réformes sociales et un moyen de protéger les profits du patronat. Que ce soit pendant le quinquennat Hollande, notamment dans le cadre de l’Accord National Interprofessionnel qui avait permis de généraliser les accords dits de compétitivité ou plus récemment, à l’occasion de l’offensive sur l’assurance chômage, le dialogue social a toujours agi comme un palliatif à la lutte et désarmé les travailleurs.

En réalité, la colère et les attentes existent, et pourraient être organisées plutôt que déviées dans des stratégies de l’apaisement qui nous promettent de nouvelles défaites. Dans l’optique de préparer très sérieusement une grève reconductible, des rencontres de salariés, avec ou sans étiquettes syndicales, de différentes boîtes et secteurs, pourraient participer à chauffer la température et à la mise en place d’un plan de bataille, qui permettent d’imposer nos revendications en se battant ensemble, sur les salaires mais aussi contre l’offensive autoritaire et raciste du gouvernement, plutôt que d’attendre que celles-ci viennent de négociations entre « partenaires sociaux ». C’est avec cette logique que Révolution Permanente manifestera ce 23 septembre et le 13 octobre prochain. Une perspective pour laquelle il faudra s’organiser nous-même et par en bas, le plus largement et démocratiquement possible. C’est ce qu’a défendu, et continue de défendre, le Réseau pour la Grève Générale tout au long de la bataille des retraites.

C’est à cette condition enfin que pourra émerger une réponse à la hauteur des enjeux d’une précarité qui se généralise. Que les grands patrons montrent la réalité de leurs comptes ! On verra alors à quel point l’augmentation considérable de leurs profits est responsable de l’inflation. On constatera aussi combien nos revendications salariales d’urgence (augmentation des salaires, pensions et bourses d’au moins 400 euros et leur indexation sur l’inflation, aucun salaire ni aucune pension inférieure à 2000 euros) sont immédiatement applicables en s’attaquant à leurs profits. Mais c’est précisément là où le bât blesse. Obtenir de réelles augmentations sur les salaires, c’est rogner sur les profits. Raison pour laquelle aucune négociation pacifique, n’est en mesure de les arracher. Raison pour laquelle aussi, face à la passivité des directions syndicales, il y a urgence à imposer une autre orientation !

Notes


[1Militant PCF, membre du Conseil d’Etat et ex-membre de la Commission exécutive de la CGT. Fervent défenseur du "dialogue social", il siège au Bureau confédéral et défend cette ligne aux côtés de Bernard Thibaut de 1999 à 2009.



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