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Côte d’Ivoire. Manifestations durement réprimées à Abidjan

Ce lundi, la police réprimait des habitants de Yopougon, un quartier populaire d’Abidjan, alors que ceux-ci manifestaient contre l’ouverture d’un centre de prélèvements de patients suspectés au Covid-19 à proximité de leurs habitations. En Côte d’Ivoire, la méfiance envers la caste politicienne vendue à l’impérialisme et le manque d’accès à la santé provoquent des situations de chaos, auxquelles le gouvernement répond par des mesures répressives.

mardi 7 avril

 Crédits photo : Issouf Sanogo 

Dimanche soir, des habitants du quartier populaire d’Yopougon à Abidjan ont tenté de démanteler un centre de prélèvements en construction dans le cadre de la pandémie de covid-19. Les habitants ont expliqué craindre le transfert de malades à Yopougon, quartier défavorisé de la capitale, et protesté contre l’ouverture du centre, situé à proximité des habitations. Une peur alimentée par la méfiance des classes populaires envers la caste politicienne corrompue et vendue à l’impérialisme, qui -elles le savent- n’a que peu d’intérêt pour la santé de la population.

Lundi 6 avril, des policiers anti-émeutes se sont rendus sur place et ont attaqué les manifestants avec des grenades lacrymogène, procédant à au moins une douzaine d’arrestations. Les habitants du quartier étaient massivement rassemblés dans la rue pour manifester leur inquiétude. « On sait comment se transmet la maladie, donc si on doit installer un hôpital ce sera en dehors de la ville » expliquait ainsi un manifestant sur France 24.

Si l’Afrique de l’Ouest reste pour l’instant moins touchée que les foyers épidémiques européens et étatsuniens, avec 323 cas et 3 décès confirmés en Côte d’Ivoire, la crise sanitaire pourrait y avoir des conséquences dramatiques aussi bien du point de vue sanitaire qu’économique. Le pays dispose en effet d’un peu moins de 80 respirateurs artificiels sur l’ensemble du territoire et d’une cinquantaine de places en réanimation pour une population de 25 millions d’habitants, selon les chiffres du Ministère de la santé et de l’hygiène publique. Une situation catastrophique, lorsque l’on sait que simplement du côté de la population urbaine, 46% d’entre elle vit sous le seuil de pauvreté et manque d’accès au matériel de soin et d’hygiène. La distanciation sociale est également impossible pour les habitants des quartiers populaires, vivants à plusieurs dans de petites surfaces.

Du point de vue économique, la fermeture des lieux de travail aura également des conditions désastreuses sur la population, dont 92% occupe un emploi informel, à savoir non encadré. Comme l’explique l’anthropologue Issiaka Koné « cela va geler le budget familial, le coût sera exorbitant pour la population ». Le gouvernement prévoit une division par deux de la croissance en 2020, passant à 3,6%.

Mais face à l’épidémie, l’exécutif met en place des mesures avant tout coercitives. Le Président Alassane Ouattara a en effet proclamé l’état d’urgence le 23 mars et a appelé à « l’union sacrée » et à « la discipline ». La ville d’Abidjan a été mise en quarantaine et les liaisons avec le reste du pays ont été interdites. Un couvre-feu nocturne a également été mis en place ainsi que la fermeture de certains commerces, des écoles et lieux de cultes. L’Etat d’urgence interdit également tout rassemblement.

Si le gouvernement a annoncé un plan de soutien économique et social de 2,6 milliards d’euros (1 700 milliards de francs CFA) il ne peut masquer la crise du système de santé. Ainsi un médecin d’un hôpital abidjanais déclarait au Monde « Augmenter les capacités : c’est bien, mais il faudrait déjà trouver suffisamment de médecins réanimateurs dans le pays. Aujourd’hui, il n’y a même pas 200 personnes formées à la réanimation, c’est trop peu. Le gouvernement s’y est pris trop tard, il faut absolument accélérer la formation si on veut s’en sortir ».

Dans un hôpital de Bouaké, seconde ville du pays (1,5 million d’habitants) un médecin déplorait que les deux premiers respirateurs aux normes ne soient arrivés qu’il y a quelques jours. Une situation sanitaire et économique catastrophique, dont les pays impérialistes et principalement la France sont responsables, en cherchant à maintenir le continent africain sous leur domination économique, et s’en accaparant systématiquement les richesses.




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