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Politique

Un taux de mortalité fulgurant

Dans le 93, les travailleurs en première ligne meurent, pendant que les riches profitent du soleil

En Seine Saint-Denis le taux de mortalité dû au covid-19 est très élevé, l’occasion pour le gouvernement et les médias dominants de stigmatiser les habitants et de légitimer une répression ciblée dans ces quartiers. Alors qu’une grande partie des travailleurs en première ligne sont issus du 93.

lundi 6 avril

Ludovic MARIN / AFP

Une saturation des services hospitaliers et une sur-mortalité inquiétante.

«  Je ne laisserai personne dire qu’il y a eu du retard sur la prise de décision s’agissant du confinement  », le samedi 28 mars le premier ministre Édouard Philippe se défend d’une mauvaise gestion de la crise. Pourtant en île de France, comme avant dans l’Est de la France, les hôpitaux ne peuvent pas faire face à l’afflux de malades du Covid-19 et les équipes soignantes doivent se résoudre à trier les patients. D’après les données de Santé Publique France, il n’y a en Seine-Saint-Denis plus aucun lit de réanimation disponible pour les malades atteints par le coronavirus. Quoi de surprenant quand l’on sait que le département et l’un des moins bien dotés en lits d’hôpitaux et compte par exemple trois fois moins de lits de réanimation que Paris.

Ce surmenage des hôpitaux et des personnelles soignant se traduit dans les chiffres de la mortalité : la hausse des décès dans le département entre la semaine du 14 mars et celle du 21 mars est de l’ordre de 63 % . La plus forte hausse hebdomadaire du pays devant la Haute-Marne (+ 54 %), le Val-d’Oise (+ 47 %) ou encore la Moselle (+ 45 %). Toujours d’après les chiffres de Santé publique France, 285 personnes sont décédés des suites du Coronavirus en Seine-Saint-Denis (1,6 million d’hab) entre le 1er mars et le 2 avril. Cela reste moins qu’à Paris (455 morts pour 2,3 millions d’hab) et dans le Val-de-Marne (211 décès pour près de 1,4 million d’habitants), mais plus que dans l’Essonne (80 morts pour 1,3 million d’hab). La récente hausse de la mortalité est la donnée la plus inquiétante, les structures de santé publics de Seine Saint-Denis sont clairement insuffisantes, cette situation est le résultat de la case des services publiques par les gouvernements successifs. La situation est telle que cinq communes ( Saint-Denis, Stains, L’Île-Saint-Denis, Aubervilliers et Bondy) ont attaqué l’État pour demander une indemnisation pour réparer les manquements et les insuffisances d’investissement dans la santé dans leur département.

Un département en première ligne face à la précarité et au virus.

A partir de ces chiffres, on assiste à une offensive médiatique de la part d’éditocrates et de politiciens qui stigmatisent les habitants du 93. Ces polémistes professionnels attribuent de manière totalement décomplexée et cynique la surmortalité dans le département au fait que des jeunes issus de quartiers populaires respecteraient moins les mesures de confinement qu’ailleurs. Alors que ce département est un de ceux où vivent le plus de travailleurs obligés à continuer le travail parce qu’ils occupent des postes nécessaires au fonctionnement de la vie du pays (caissiers, infirmières, livreur, aide-soignant agents d’entretiens, travailleurs des transports, éboueurs et tant d’autres) mais aussi parce que le gouvernement a fait le choix politique de privilégier les profits des actionnaires plutôt que la vie des salariées.

La question des conditions de confinement et aussi central puisque ce département, le plus pauvre de France métropolitaine, est confronté à un problème structurel de manque et d’insalubrité des logements. Il n’est pas rare de voir des familles contraintes de vivre serrées dans des logements de quelques dizaines de mètres carrés. Des conditions de confinement autrement plus dures que celles de la bourgeoisie parisienne partie se réfugier dans ses maisons secondaires !

Cette promiscuité, bien plus qu’une soi-disant indiscipline, pose un risque de contagion important au sein même des familles. Dans un entretien accordé au journal Le Monde Romain Dufau, chef du service des urgences de l’hôpital Jean-Verdier de Bondy explique les difficultés d’une population confrontée au confinement et à l’épidémie : « Le confinement y est plus complexe, et donc le risque de contamination plus élevé. Il n’est pas rare de voir des familles de six dans des appartements de 45 mètres carrés. Très vite, les plus jeunes n’y tiennent plus et se retrouvent dehors.
Toutes les personnes qui ont un emploi non déclaré sont aussi obligées de se déplacer pour travailler et garder un revenu.
 ». Le médecin relève aussi les différences dans l’offre d’approvisionnement entre les villes du 93 et la capitale : «  la population est plus dense et n’a pas d’alternative, les services de livraison ne s’aventurent pas dans les cités. ». Réanimateur au seul CHU du département, Yacine Tandjaoui fait le même constat sur Médiapart, « Je rejoins l’hôpital à vélo, je traverse des quartiers difficiles. Il n’y a personne dans les rues. Une chose est certaine : il y a de plus forts risques de transmission, à l’intérieur de la famille, quand on vit à huit dans 60 mètres carrés.  »

Discours et politique répressive, comme cache misère de la faillite de l’état.

Le discours stigmatisant de certains médias qui fait de l’indiscipline supposée des jeunes de banlieue la cause de la propagation du coronavirus sert en fait à justifie la répression policière que subissent les habitants de ces quartiers et n’est pas sans rappelerles propos nauséabonds du préfet de police de paris Didier Lallement. Ce dernier accusait sans aucune honte les personnes atteintes du coronavirus d’encombrer les hôpitaux parce qu’il n’avaient pas respecté le confinement. Les images de violences policières en banlieue parisienne nous rappellent régulièrement le niveau et l’impunité de la violence exercé par la police dans ces territoires et avec le coronavirus ces politiques de répressions ont trouvé une nouvelle justifications qui interroge sur le risque d’une épidémie sécuritaire dans la foulé de la crise liée au Covid-19. Il s’agit aussi d’une stratégie de communication qui vise à occulter, derrière un discours martial, les causes profondes à l’origine de l’ampleur de la crise sanitaire en Seine Saint-Denis. A savoir l’abandon par l’État de ce département et de sa population, notamment en cassant systématiquement le service publique et ces financement au nom de politiques néo-libérales.

Face l’inaction criminelle du gouvernement, il faut impérativement investir massivement pour restaurer les services publics de santé pour un accès égal à toute la population à un service gratuit de qualité.




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