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Droit d'asile

Derrière la condamnation de la Hongrie par la justice européenne, l’Europe forteresse

La Hongrie a été condamnée par la Cour de justice européenne pour avoir violé le droit européen en matière d’asile, en mettant en place de « zones de transit » à la frontière serbe. Dans le même temps l’Europe forteresse se consolide, avec notamment Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes

jeudi 17 décembre 2020

Crédit photo : AFP/ Istvan Bielik

Dans un communiqué, la Cour de justice européenne explique la condamnation de la Hongrie du fait de : « la limitation de l’accès à la procédure de protection internationale, la rétention irrégulière des demandeurs de cette protection dans des zones de transit ainsi que la reconduite dans une zone frontalière de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, sans respecter les garanties entourant une procédure de retour, constituent des manquements au droit de l’Union ».

« La Cour estime que la Hongrie a manqué à son obligation de garantir un accès effectif à la procédure d’octroi d’une protection internationale (...) ». Il est notamment question des camps d’enfermement, pudiquement appelés « zones de transit », de Röszke et Tompa. Ces deux camps sont le long de la frontière avec la Serbie. Les deux camps sont équipés de 324 conteneurs habitables et sécurisés par de hautes clôtures, des tours de guet et des patrouilles armés.

En mai, la Cour de justice de l’UE avait déjà exigé la libération des demandeurs d’asile enfermés dans les camps car ils étaient retenus sans motif valable. Sous peine d’amende, la Hongrie doit avec cette décision de justice changer sa politique migratoire. Si la justice a condamné le gouvernement réactionnaire de Orban, c’est une décision quelques peu hypocrite au vu de la gestion globale des migrants par l’UE.

Orban et son gouvernement réactionnaire font une chasse aux migrants décomplexée. Dès 2015, avec la crise migratoire, la Hongrie n’a pas hésité à installer des clôtures barbelées le long de sa frontière avec la Serbie et avec la Croatie. Mais il serait trop simple de juste dénoncer Orban. L’Union européenne a fait une Europe forteresse. La barrière de Ceuta construite par l’Espagne et financée par l’UE en est la preuve. Si les migrants tentent leur chance par la méditerranée en risquant leur vie dans des embarcations de fortune c’est à cause de ce genre de pratique de l’Union européenne.

Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, est régulièrement pointée du doigt par les ONG. Depuis 2015, Frontex est déployée en Hongrie dans le cadre de l’opération « Flexible Operational Activities on Border Surveillance/ Border Checks ». En gros, cela consiste à envoyer des officiers de coordination des garde-côtes et de garde-frontières composées d’agents de pays membres et pays associés à l’espace Schengen. Mais il est également question de fournir des véhicules à caméras thermiques, des véhicules patrouilleurs, des aéronefs, des hélicoptères, et des chiens. Les hommes comme les matériels sont placés sous contrôle de la Hongrie.

Bien évidemment le matériel est utilisé pour chasser les migrants. Et les hommes de Frontex mettent parfois la main à la pâte. Ainsi l’hebdomadaire allemand Der Spiegel et des médias néerlandais, britanniques, allemands et japonais ont révélé en octobre dernier disposer de vidéos montrant des agents de Frontex procéder à des « pushbacks », c’est à dire des refoulements, de migrants pour les empêcher d’atteindre le sol européen. Ce qui est illégal. Dans une de ces vidéos on peut y voir un bateau de l’agence bloquer une embarcation de migrants puis la dépasser à grande vitesse provoquant des vagues qui auraient pu faire chavirer l’embarcation.

Dans Libération, un policier hongrois témoigne des agissements de Frontex « Ils font le même travail que nous, à l’exception de la règle des 8 kilomètres. Dans cette zone, ils nous aident à attraper les migrants et ensuite ils nous les confient afin que nous prenions les mesures nécessaires, à savoir les reconduire derrière la barrière. »

Il est plus facile pour la Cour de justice européenne de condamner la Hongrie mise au banc de l’UE que de s’attaquer à la France. Le justice française vient de relaxer en appel des membres de Génération identitaire, groupuscule d’extrême droite, qui avaient patrouillé dans les Alpes pour chasser les migrants. Certains auraient livré des migrants aux forces de police. Ces forces de répression avaient montré en novembre dernier une fois encore leur caractère réactionnaire et raciste en réprimant durement les migrants à République.

La gestion des migrants par la Hongrie est l’une des plus réactionnaires d’Europe mais l’UE est tout autant responsable de cette situation, entre la répression dans les pays membres, les reconduites forcées à la frontières, l’enfermement dans des camps. N’oublions pas que l’Europe paye à coup de millions le régime autoritaire d’Erdogan pour gérer le flux migratoire. Un flux migratoire qui s’est accentué ces dernières années à cause des interventions impérialistes en Afrique et au Proche et Moyen-Orient. C’est pourquoi, ce vendredi, il faut être nombreuses et nombreux dans les différentes villes de France pour la journée internationale des migrants. Ouvrons les frontières ! Refugees Welcome !




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