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Monde

Vague d'extrême droite

Des dizaines de milliers de manifestants après qu’un terroriste nazi ait tué neuf personnes en Allemagne 

Hier, dans la ville allemande de Hanau, un homme d'extrême droite a assassiné neuf personnes dans des bars à chicha. Les médias bourgeois présentent cela comme un crime par un solitaire mentalement malade. Mais il s'agit en fait de l'expression d'une vague de terrorisme d'extrême-droite qui balaie le pays.

samedi 22 février

[Traduction d’un article de Left Voice, du réseau international dont fait partie Révolution Permanente]

Mercredi soir dans la ville allemande de Hanau, un homme de 43 ans, qui avait déjà publié sur Youtube un coup de gueule contre les immigrés, a assassiné neuf personnes et en a blessé au moins quatre autres. Plus tard, la police a trouvé deux autres corps dans un appartement, ceux du terroriste et de sa mère. Les victimes se trouvaient dans deux bars à chicha dans la ville à 24 km de Francfort, où des personnes de toutes nationalités viennent fumer des chichas, en particulier des personnes d’origine turque, kurde, arabe, iranienne et balkanique. Un certain nombre de victimes étaient des Kurdes. 

Tobias Rathjen, le terroriste, a laissé derrière lui une sorte de manifeste dans lequel il écrivait que certaines nationalités doivent être éliminées, car elles ne peuvent plus être expulsées d’Allemagne. Dans leurs premiers rapports, la police a parlé de "fusillade" sans référence à la motivation de droite du tireur. 
Les médias bourgeois présentent cela comme un crime commis par un solitaire mentalement malade. Mais ce n’est pas un incident isolé. L’Allemagne a connu un virage dramatique vers la droite ces dernières années. Récemment, la CDU, le parti conservateur d’Angela Merkel, a voté avec l’AfD (extrême droite) dans l’État de Thuringe pour empêcher l’élection d’un Premier ministre réformiste de gauche de gagner. 

Ce virage politique vers la droite inspire une vague sans précédent de violence raciste. Il y a également eu des centaines d’attaques contre des maisons de réfugiés. Cela fait à peine trois mois qu’un terroriste nazi a attaqué une synagogue dans la ville de Halle. L’année dernière, un politicien de la CDU à Kassel qui s’était prononcé pour la défense des réfugiés a été assassiné par un nazi. Quelques jours seulement avant l’attentat de Hanau, la police a perquisitionné le domicile de 12 personnes se préparant à attaquer des mosquées comme le terroriste de Christchurch. Hanau et l’état environnant de Hesse ont longtemps été un bastion de structures nazies. 

Parfois, il semble que la police allemande soit inactive contre le terrorisme de droite. Mais la réalité est bien pire : l’appareil d’État allemand, et en particulier ses services secrets nationaux, est imprégné de fascistes. Toutes les quelques semaines, de nouvelles cellules nazies sont découvertes dans la police ou dans l’armée. Pendant dix ans, la cellule nazie appelée « National Socialist Underground » (NSU) a pu assassiner neuf migrants. Non seulement la police les a ignorés, mais des agents des « Protecteurs de la Constitution » (ce que l’on appelle l’agence d’espionnage allemande) étaient actifs dans la périphérie de la NSU.

Les « Protecteurs de la Constitution » sont théoriquement responsables de la lutte contre les groupes fascistes. En réalité, cependant, l’agence a été fondée par d’anciens nazis et harcèle plutôt la gauche et même les grèves et manifestations pour le climat. Cela a bien été reflété par Hans-Georg Maaßen, l’ancien chef de l’agence et un politicien de la CDU, qui a réagi à la terreur à Hanau avec un tweet inquiétant : « la logique socialiste : les terroristes sont toujours de droite et les victimes sont toujours de gauche » . Sigmar Gabriel, l’ancien chef du SPD social-démocrate qui est maintenant un lobbyiste, a également souligné sur Twitter que les « extrémistes de gauche » étaient également dangereux car ils mettaient le feu aux bennes à ordures et autres choses similaires. Même face à de tels meurtres racistes, l’establishment allemand dirige son attention vers la gauche. 

Le terroriste de Hanau aurait certes pu planifier lui-même les meurtres. Mais il ne faisait que répéter les théories du complot qui sont présentées à la télévision publique et dans les plus grands journaux. Les membres du parlement allemand de l’AfD parlent d’un « grand remplacement » des Allemands blancs par des immigrés, organisé par des pouvoirs obscurs. Rathjen, l’assassin, était juste en train de mener cette théorie du complot à sa conclusion logique. 

Des dizaines de milliers de personnes se sont jointes aux manifestations antifascistes jeudi soir. Dans le quartier berlinois de Neukölln, par exemple, des milliers de personnes ont manifesté le long de la Sonnenallee, une rue avec de nombreux cafés arabes et des gens du monde entier. Il y a deux ans, l’AfD a commencé à dénoncer les bars à chicha dans les rues comme des lieux mafieux supposés. Le gouvernement local, dirigé par le SPD, a répondu à cette pression de droite en organisant des descentes de police massives dans la rue. Ils n’ont trouvé aucune preuve d’activité criminelle dans les bars - mais ont créé une image publique - que ces types de cafés sont dangereux.

Une véritable réponse à la terreur de droite ne peut être indépendante que des institutions et des partis du régime allemand. Lors de la manifestation de Berlin, la sénatrice sociale de la ville, Elke Breitenbach, du parti de gauche Die LINKE, a évoqué la nécessité d’accueillir les réfugiés. Mais comme l’a souligné l’orateur qui a parlé après elle, Yunus Özgür, du site Web militant Klasse Gegen Klasse (du réseau international dont fait partie Révolution Permanente), le gouvernement de Berlin peut utiliser des slogans contre le racisme, mais il est également responsable de la déportation de personnes chaque jour. 

La classe ouvrière en Allemagne est composée de toutes les nationalités. Et c’est à cette classe ouvrière de s’opposer aujourd’hui à la politique raciste et néolibérale des partis de l’establishment avec un front de classe uni.

Crédits photo : AP




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