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Monde

Les « fillonneries » de la famille royale d’Espagne

Détournements de fonds : De la prison ferme pour le mari de Cristina d’Espagne

Il n’y a pas qu’en France que les « fillonneries » sont à l’ordre du jour. Ce vendredi 17 février, Inaki Urdangarin, époux de Cristina, la sœur du roi d’Espagne, vient d’être condamné à de la prison ferme pour détournement de fonds. Si le tribunal des îles Baléares a finalement relaxé l’infante, cela reste un coup dur pour la famille royale qui avait toutefois pris soin de prendre ses distances avec le couple quelques années après le début du scandale révélé sous le nom de l’affaire Nóos.

vendredi 17 février 2017

Les faits


Entre 2004 et 2006, Inaki Urdangarin, ancien champion de handball, présidait l’institut Nóos, une société de mécénat qui avait en charge d’organiser des événements sportifs. Sauf que, grâce à son statut de gendre du roi Juan Carlos, il lui a été très facile d’obtenir différentes subventions et des marchés publics pour son institut, par les gouvernements régionaux des Baléares et de Valence, alors sous la houlette du Parti Populaire (PP). Ainsi, ce n’est pas moins de 6 millions d’euros qu’Urdangarin a détourné, notamment par l’intermédiaire d’une société qui appartient au couple. A cela s’ajoute un système de surfacturation comme avec un congrès Tourisme et Sport de deux jours estimé par Urdangarin et consorts à 1,2 million d’euros, somme qui selon l’accusation est complètement disproportionnée.

Le début de la chute


C’est en 2011 que le scandale éclata, c’est à dire au moment où l’Etat Espagnol commençait à subir les effets dévastateurs de la crise économique amenant le taux de chômage à plus de 24% en mars 2012. Le lundi 2 juin 2014, le roi Juan Carlos décida d’abdiquer la couronne au profit de Felipe des Asturies en invoquant un besoin de « renouveau » et de « nouvelles énergies » pour relever le pays. Mais personne ne s’y trompe : si Juan Carlos a été poussé vers la porte de sortie c’est surtout en raison des différents scandales dans lesquels il est impliqué : sa partie de chasse à l’éléphant au Botswana, et un gendre qui ne se prive pas pour piquer dans la caisse.

Urdangarin et sa femme, exilés depuis 2009 à Washington puis à Genève, ont ainsi été soigneusement écartés de la famille royale jusqu’à leur procès qui aura duré plus de cinq mois.

Des peines largement inférieures à celles requises


Ainsi, si le parquet a requis 19 ans et six mois d’emprisonnement à l’encontre d’Urdangarin, celui-ci n’a été condamné finalement qu’à six ans et trois mois de prison ferme pour détournement de fonds, fraude et trafic d’influence et d’une amende de 512 000 euros. Quant à Cristina, outre le reniement familial et le discrédit populaire, l’issue de cette affaire lui est plus favorable. En effet, alors que le juge d’instruction tenait à ce qu’elle soit poursuivie pour complicité de fraude fiscale, le Trésor public et le parquet en ont décidé autrement soutenant qu’elle n’avait commis aucun délit. C’est donc uniquement en vertu d’une plainte formulée par un collectif de défense des contribuables, « Mains propres », que l’infante a été jugée. Mais ce collectif, vraisemblablement d’extrême droite, a été lui-même dans le collimateur de la justice, puisque son dirigeant a été incarcéré pour avoir organisé un vaste système d’extorsion de fonds.

Ayant toujours prétendu qu’elle n’était pas au courant des activités frauduleuses de son mari et avec la discréditation de Mains propres, l’infante a finalement été relaxée mais condamnée quand même à payer une amende de 265 000 euros au titre de responsabilité commune avec son mari.

A bas cette justice de classe !


Il est difficile de croire, toutefois, qu’elle n’ait pas vu la couleur de ces 6 millions d’euros… d’autant plus que, même si la justice a prononcé de la prison ferme pour Urdangarin, parler de « responsabilité commune » c’est bien reconnaître la culpabilité de l’infante. Pourtant, elle va rester libre alors qu’elle a, elle aussi, spolié des milliers d’espagnols qui, parfaitement conscients de cette justice de classe au service d’une caste de privilégiés, ont mis la pression sur les accusés et les juges en revendiquant, à l’extérieur du tribunal, que le couple soit jugé « comme n’importe quel citoyen ». Alors que le peuple espagnol subit le chômage de masse et la précarisation, que certains se voient condamnés à trois mois de prison ferme pour avoir volé une bûche de chèvre dans un supermarché (à Toulouse), Cristina ne connaîtra pas la vie derrière les barreaux et n’aura qu’à débourser un 1/23e de ce qu’elle et son mari ont détourné.

Cette affaire est un nouvel exemple de cette justice de classe scandaleuse qui, en France comme dans l’Etat Espagnol, sait toujours se montrer clémente avec les puissants qui mènent la grande vie avec l’argent public.




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