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Capitalisme vert

Écologie made in Areva. Pour Macron le nucléaire comme solution à la crise écologique ?

Dans son intervention devant la convention citoyenne pour le climat, Macron a renouvelé ses effets d'annonces creux. Pourtant la semaine dernière, lors de la journée mondiale pour le climat, ce dernier revendiquait le nucléaire comme solution à la crise écologique. Une solution limitée qui cache les intérêts juteux de la France dans le secteur nucléaire.

mercredi 16 décembre 2020

Crédit photo : Laurent Cipriani, POOL/AFP

Ce 14 Décembre, Emmanuel Macron s’est rendu pour la troisième fois devant la Convention citoyenne pour le climat. Outre les échanges correspondant aux propositions faites par la Convention, le chef d’Etat s’est prononcé en faveur d’un référendum visant à introduire la question du climat au sein de la constitution. Une décision qui prend la formes d’une habile manoeuvre d’apaisement au regard de l’offensive sécuritaire et répressive du gouvernement.

De toutes ces décisions, aucune ne touche réellement aux enjeux centraux de la crise écologique. En particulier le nucléaire, qui fait l’objet d’une opposition largement consensuelle dans le mouvement écologiste. Pour Macron le nucléaire serait en réalité une solution à la crise écologique. L’avenir du nucléaire qui avait été abordé le 8 Décembre dernier – Journée Mondiale pour le climat – où Emmanuel Macron s’était rendu sur le site Framatome du Creusot où il y déclare que « Notre avenir écologique et énergétique passe par le nucléaire ». Disposant d’un parc nucléaire produisant environs 70% de l’électricité en France, le gouvernement compte sur cette source d’énergie controversée pour tenter de réguler la crise climatique.

Cependant, le constat posé par le chef d’Etat français semble répondre plus à des intérêts stratégiques pour le capitalisme français plutôt qu’à des intérêts écologiques. D’un point de vue écologique, bien que la fission nucléaire soit un procédé n’entraînant pas une production massive de CO2, elle engrange en revanche nombre de déchets que l’on enfouie sous terre dans de grands complexe de stockage. Solution courtermiste efficace si l’on met entre parenthèses les potentielles retombées que cette stratégie pourrait avoir sur les générations futures.

Mais ce n’est pas tout. Les centrales nucléaires sont des infrastructures complexes nécessitant une vigilance extrême pour éviter la catastrophe. De plus, une centrale doit être disposée en bord de lac, d’étang ou de côte pour y puiser l’eau dont elle a besoin pour fonctionner. Or le réchauffement du globe est la principale cause de la montée des eaux et des évènements climatiques extrême. Pour exemple, la tempête de 1999 qui rompu la digue séparant la côte de la centrale de Blayais en Gironde, inondant une partie des installation de sûreté et qui en cas de panne aurait pu mener tout droit à des conséquences catastrophiques. Potentialité qui fait frémir lorsque l’on repense aux trois accident nucléaire majeur de Three Mile Island, Fukushima et Tchernobyl, dont le dernier fût particulièrement meurtrier.

Les intérêts de l’impérialisme français dans le nucléaire

Derrière les arguments "écologiques" du gouvernement, il est nécessaire de comprendre que le secteur du nucléaire est hautement stratégique pour le capitalisme français.

L’uranium est l’élèment indispensable dans la production d’énergie nucléaire. EDF s’approvisionne ainsi chez Orano (anciennement Areva), dont l’actionnaire principal est l’Etat Français à hauteur de 45,2%. Le prix de l’Uranium dans la période 2007-2008 a explosé, propulsant l’intérêt des entreprises dans le secteur : situation juteuse pour Orano et ses actionnaires, s’il en est.

Lorsque l’on prend en compte les intérêts français dans l’exploitation de la ressource stratégique qu’est l’Uranium, on peut ainsi regarder d’un tout autre oeil la participation de la France dans la guerre au Mali, débutée le 11 Janvier 2013. En effet, Orano dispose de nombreuses exploitations à travers le globe, notamment au Kazakhstan et au Nord du Niger, pays frontalier au Mali. Sous couvert de lutte contre l’Etat Islamique, l’implication de la France au Mali cache en réalité une volonté d’éviter que le conflit ne se propage au Niger et ainsi impacter négativement l’exploitation d’uranium. Ce genre de pratique de protection des ressources stratégiques au sein des pays pauvres est indispensable pour la garantie des intérêts capitalistes français. Entamée sous le quinquennat François Hollande, Emmanuel Macron a largement poursuivi cette intervention militaire. Notamment le 13 Janvier 2020, avec l’envoi de 220 militaires Français au Mali.

De par l’exploitation de l’uranium, la France participe directement à l’exploitation des habitants des pays riches en ressources minières. De plus, l’exploitation d’uranium a des conséquences désastreuses pour l’environnement. Suite à une étude menée par Greenpeace en Novembre 2009, on constate une grande concentration d’uranium dans les sol et l’eau, de gaz radioactif dans l’air et d’objet radioactif en circulation dans les marchés. De la même manière qu’au Kazakhstan, un rapport – désormais introuvable sur le site du ministère des affaires étrangères français – démontre un état de "désastre écologique", notamment dû à la pollution radiocative et qui serait à l’origine de bons nombre de cas de cancer. Si d’après Emmanuel Macron : "L’avenir écologique et énergétique passe par le nucléaire", le nucléaire lui passe par la guerre et l’exploitation de vie humaine.

Le plan de relance « vert » du gouvernement : le capitalisme vert à la française

Le plan de relance « vert » proposé par le gouvernement, dont un des piliers est l’écologie, se retrouve vivement critiqué par les ONG de protection de l’environnement et estimé "insuffisant" par le Haut Conseil pour le climat (HCC).

En effet, les deux autres piliers intitulés "compétitivité" et "cohésion" induisent nombre de mesures en inadéquation totale avec une logique cohérente de réduction d’émission de CO2. On y trouve notamment le financement de recherches d’un avion à hydrogène pour l’horizon 2035, s’élevant à 165 millions d’euros. Un financement alléchant pour l’industrie aéronautique mais complètement illusoire d’un point de vu écologique au regard de la nécessité de réduire immédiatement et durablement les massives émissions de CO2 induitent par le trafic aérien. Des propositions loin d’être exceptionelles qui permettent au gouvernement d’octroyer des cadeaux fiscaux comme le refus de taxer le kerosène, carburant indispensable dans l’aviaton . Cette logique se retrouve notamment dans le plan de relance avec la prime à la conversion. N’est-elle pas finalement qu’une manière de soutenir l’industrie automobile, polluante dans sa production, sous couvert d’écologie et de responsabilisation individuelle... ?

Le gouvernement n’avance pas masqué. Il surfe sur la vague de la prise de conscience écologique en adaptant son discours, justifiant par là-même que la crise se paiera par les travailleurs et au profit des capitalistes.




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