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Jeunesse

Anti-démocratie universitaire

Examens au Mirail. Conseils centraux et pandémie : toujours pas de traces de la démocratie !

La question des examens va être étudiée en CFVU ce matin au Mirail. Face à la précarité qui touche de nombreux étudiants, il est urgent de se battre pour le 10 améliorable. Mais face aux intérêts des étudiants se dresse l’anti-démocratie universitaire.

mercredi 29 avril

Lors du conseil d’administration (CA) du 28 avril, les élus étudiants ont interrogé la présidente, Mme Emmanuelle Garnier (SGEN-CFDT) sur une question simple : « Lors du vote qui aura lieu demain en CFVU, agirez-vous comme Georges Haddad, président de Paris 1, qui a décidé illégalement de refuser ce vote et de refaire passer la décision en CA [si 16 étudiants sont élus en CFVU, leur nombre passe à 6 en CA où siègent par ailleurs 8 personnalités extérieures, non élues par les travailleurs et usagers des universités] ? ». La Présidente, qui cherche, depuis son élection, à maintenir un illusoire « dialogue social », pour éviter les déboires de ses prédécesseurs, pratique un sport dans lequel elle est passée experte : se défausser de toute responsabilité sur les questions d’envergure en se cachant derrière l’autorité de l’Etat ou d’une quelconque autre institution.

Aujourd’hui ce serait le rectorat qui menacerait de nous attaquer au Tribunal Administratif si une modalité du genre 10 améliorable était adoptée. Il est ici prétexté une certaine illégalité de la mesure que personne n’est pourtant capable de nous prouver : ni la Présidente, ni les représentants que le rectorat envoie justement à cet effet de surveillance et de potentielle réprimande dans les conseils. Mais la légalité est à la discrétion de ceux qui sont aux affaires et ses voies sont, pour le commun des étudiants et des travailleurs, souvent impénétrables. En réalité, il ne s’agit que de pressions et de menaces de la part du pouvoir et de ses différents relais (des interventions de la ministre, en passant par les présidences, jusqu’au professeur zélé qui se fait le défenseur bénévole d’un ordre qui ne lui jettera pourtant même pas un os), effrayé de voir l’ordre universitaire fait de sélection sociale et de précarité remis en cause de la moindre des manières et ce peu importe la situation. La légalité n’est jamais que la cristallisation d’un rapport de force, couché sur papier.

Ce matin a lieu, la CFVU qui doit statuer sur les modalités d’examens au Mirail. Pour avoir toutes les informations, suivez la page Révolution Permanente Toulouse et n’hésitez pas à nous contacter.

L’année dernière sur la question de l’augmentation à plusieurs milliers d’euros l’année des frais d’inscription pour les étudiants hors-UE (qui introduit le loup de la sélection par les frais d’inscription dans la bergerie universitaire en ravivant au passage une concurrence sur des motifs nationaux selon les canons progressistes du gouvernement actuel), la Présidente a choisi l’option du bricolage quitte à se passer la corde autour du cou que l’Etat aura tout loisir de resserrer les prochaines années en contraignant les universités qui auraient contourné la mesure à l’appliquer plus durement sans quoi elles risqueraient l’asphyxie budgétaire. Pourtant, cette mesure avait fait scandale dans de nombreuses sphères universitaires, toutes corporations confondues. Même chez certains présidents d’université (certes, pas toujours pour de bonnes raisons), la mesure était un pari osé pour le gouvernement. Mais pouvait-on attendre des présidences d’université autre chose que la soumission ? En réalité, ces hauts-fonctionnaires que sont les Présidents d’université ont précisément ce rôle. La LRU, loi qui approfondissait un cycle de contre-réformes universitaires, sous Sarkozy en 2007, leur taillait un poste, aux pouvoirs importants, justement comme « stratège » à la « gouvernance claire », accompagnant les réformes à venir et garant de la gestion de la misère au quotidien. Ces postes, en fonction des services rendus, peuvent être dûment rétribués, pour ne prendre que l’exemple du Mirail, dont le prestige n’est pourtant pas celui des grandes facs parisiennes, un de ses anciens présidents, Daniel Filatre (2006-2012) est aussi celui qui a rédigé le rapport éponyme qui a servi de base à la loi ORE de 2018 qui a instauré ouvertement la sélection à l’université et mis en place ParcourSup.

En ces temps de pandémie, avec un semestre amputé de deux mois d’enseignement et, pour ne pas rester étroitement sur les questions universitaires, une pandémie à laquelle plus de 20.000 personnes ont succombé en France (et autant en Espagne ou en Italie) et qui a fait, à ce jour, autour de 200.000 victimes dans le monde, une crise économique dont la seule comparaison possible est celle de 1929 et qui promet des lendemains difficiles pour les classes populaires - +7% de chômage en mars, du jamais vu depuis que ces statistiques sont enregistrées... - rien ne change sous le soleil de l’université ! Au contraire, ces tendances à l’autoritarisme de l’Etat et de leurs auxiliaires, les présidences, va même s’accentuer. C’est le sens des déclarations de plusieurs Présidents de fac, comme celui de Paris 1 que nous avons déjà mentionné ou à l’Université de Lorraine dont le Président a déclaré qu’elle n’était « pas l’école des fans » pour refuser des aménagements comme le 10 améliorable.

La dynamique actuelle est bien celle d’un désengagement financier de l’Etat, pour autant celui-ci ne se désengage évidemment pas d’une institution aussi importante que l’Université : importante en termes de reproduction de la main-d’oeuvre mais aussi d’une idéologie méritocratique et adaptée au monde tel qu’il est, au travail tel que le patronat a besoin qu’il soit ; un monde qui montre toute sa faillite face à la situation actuelle. Ainsi, les pouvoirs régaliens de l’Etat sont renforcés, que ce soit par le recours de plus en plus courant à la police pour évacuer toute résistance sur les campus, à la menace des mises sous tutelles en cas de « mauvais vote » ou d’évaluation non-conforme aux souhaits de Vidal. Celle-ci arrivait, dans un exercice de jonglerie d’une rare habileté, à concilier dans une récente interview à 20Minutes, la « liberté pédagogique » des universités et le rôle de « régulateur » de l’Etat. Une liberté à l’image de la démocratie universitaire, bien entamée.

Aujourd’hui, le 10 améliorable et la bataille pour un aménagement des examens par le rendu de dossier plutôt que par des partiels en ligne à un « moment T » sont essentiels pour des milliers d’étudiants qui vont devoir poser des congés pour passer leurs examens, qui effectuent des semaines de 40 heures ou plus, en première ligne face au Covid et toujours, cette maladie n’est pas nouvelle, face à la précarité. C’est le cas également de tous les étudiants qui ont passé cette période de confinement à chercher de maigres sources de revenus après les avoir perdues au début du confinement. Face à la crise économique en cours, peut-on vraiment croire que la rentrée sera semblable à la dernière ? Non ! La concurrence pour trouver un travail pourri sera accrue. Les potentiels tournants austéritaires à l’université pour faire rembourser par les étudiants, les enseignants-chercheurs et les personnels administratifs les milliards déversés pour renflouer les boîtes du CAC 40 (Air France reçoit 7 milliards en même temps qu’elle prépare des plans de départ ! ), accentueront cette concurrence jusque dans les salles de cours. Cela, sans évoquer même le fait d’une potentielle deuxième vague qui empêcherait une rentrée physique à l’université.

Finalement, en période de crise ce qui ressort dans cette bataille ce sont deux conceptions de l’université : une université de classe, au service et à l’image de la société qui l’engendre, dont les enfants des classes populaires sont de plus en plus exclus, et où ceux qui ont pu y accéder sont gentiment invités à en sortir, où le rôle central est l’évaluation et la conformité avec les exigences pratiques et idéologiques du patronat ; ou bien une université au service du plus grand nombre, ouverte aux enfants d’origine populaire, à leurs parents aussi à quelque âge de la vie que ce soit, qui produise et transmette un savoir émancipateur au service du plus grand nombre, qui mette la recherche au service de la lutte contre les pandémies qui touchent les plus précaires à échelle internationale (au-delà du Covid, parlons par exemple du sous-financement de la recherche face au VIH qui fait des ravages dans les pays les plus appauvris de la planète), les sciences sociales non pas au service des managers ou des DRH et autres « chief hapiness officier » mais au service de ceux qui vont lutter pour leurs emplois, pour leurs conditions de vie, pour la santé au travail. La crise du coronavirus dévoile crûment l’irrationalité de la gestion universitaire, comme elle dévoile l’irrationalité de la gestion capitaliste de la crise. La présence dans les tops tendances sur Twitter de #HonteUnivFrance, #HonteUnivLorraine, #HonteUnivP1 ou encore de #HonteUnivEvry sont autant d’exemples du remous lancé par ces décisions autoritaires des présidences d’université. En ce sens, elle peut être un point d’appui pour discuter du rôle de l’université dans la société capitaliste, et pour penser ce que pourrait être une « université » dans une société alternative et les luttes pour y parvenir.

Par-delà l’urgence immédiate d’empêcher l’exclusion brutale de dizaines de milliers d’étudiants des universités, c’est là le sens, en germe, du combat qui commence à se mener. Il ne se limitera évidemment pas au terrain universitaire, il faut prendre le taureau par les cornes et refuser que la jeunesse soit la variable d’ajustement des entreprises et serve à tirer les conditions de travail vers le bas pour l’ensemble des travailleurs. Les batailles qui sont devant nous et qu’il faut commencer à mener aujourd’hui, en parallèle du terrain universitaire sont celles pour l’interdiction des licenciements, le maintien à 100 % du salaire des étudiants malgré les crises sanitaires et économique et des allocations, payées par un impôt sur les grandes fortunes, pour l’ensemble des étudiants sans revenus !

Si toi aussi tu refuses cette situation et souhaites aujourd’hui t’organiser pour y faire face, pour discuter de la situation, pour se battre pour une issue favorable aux jeunes, aux précaires, pour que nous n’ayons pas à payer leur crise, contacte-nous pour rejoindre les comités virtuels Révolution Permanente !

Crédits photo : compte Twitter du CAMé




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