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International

Non à la répression des Kurdes

Explosion à Istanbul : le régime turc accuse le PKK qui nie toute responsabilité et condamne l’attentat

Un attentat à la bombe a eu lieu dimanche à Istanbul. Le gouvernement turc accuse le PKK, qui rejette et condamne fermement l'attentat. Le déroulement des événements soulève des questions quant à la version du gouvernement turc.

jeudi 17 novembre

Crédits photo : YASIN AKGUL / AFP

Cet article est une traduction d’un article initialement paru sur Klasse Gegen Klasse, le journal frère de Révolution Permanente en Allemagne.

Dimanche 13 novembre, à 16h20, une bombe a explosé dans la rue commerçante Istiklal à Istanbul. Selon le gouvernement turc, six personnes ont été tuées et 81 autres blessées. Bien que personne n’ait encore revendiqué l’acte, le gouvernement turc a déjà présenté un coupable : le PKK.

En même temps que l’information selon laquelle l’organisation de libération kurde PKK serait à l’origine de l’attentat, une coupable a été présentée. Il est frappant de constater qu’elle a pu être retrouvée et arrêtée en un temps record - en l’espace de quelques heures - et qu’elle aurait prétendu dans ses déclarations non seulement avoir agi sur ordre du PKK, mais avoir été envoyée de manière très ciblée depuis le Rojava.

Le PKK, quant à lui, nie être responsable de l’attentat. Dans un communiqué, le PKK condamne les actions militaires qui visent directement les civils. Cela correspond à la ligne du PKK depuis plus de dix ans et peut donc être considéré comme crédible. D’autant plus que le PKK n’aurait aucun intérêt, dans la situation actuelle avant les élections, à renforcer politiquement la position du gouvernement par un nationalisme accru et un renforcement du régime de répression.

Depuis l’attentat, les médias turcs, largement contrôlés par des capitalistes proches du régime d’Erdogan, mènent une campagne systématique contre les Kurdes et les hommes politiques kurdes. Le parti ultranationaliste et fasciste MHP demande à nouveau l’interdiction du parti parlementaire de gauche et pro-kurde HDP.

L’attentat de dimanche n’est pas le premier à jeter le doute sur la version officielle des autorités turques. En 2015, un massacre a été perpétré à Suruç, au nord du Kurdistan occupé par la Turquie, lorsqu’une délégation de la Fédération des associations de jeunesse socialiste, qui s’apprêtait à partir pour aider à la reconstruction de Kobanê, a été attaquée par un kamikaze. Trente-deux militants ont trouvé la mort et plus de 100 autres ont été blessés. Etant donné qu’aucune police n’était présente lors du rassemblement, contrairement à la procédure habituelle, et que l’aggravation du conflit au Kurdistan, déclenchée par l’attentat, était dans l’intérêt du gouvernement AKP, dont l’agitation anti-kurde a été essentielle à son succès électoral en novembre 2015, il est de bon sens, pour une partie de la gauche turque, de considérer le gouvernement turc comme impliqué dans l’attentat de l’époque.

Il en va de même actuellement, car un attentat et donc une menace extérieure tombent à point nommé pour le régime AKP. L’annonce faite aujourd’hui que Şırnak Güçlükonak, politicien local du MHP (partenaire de coalition de l’AKP), a été en contact avec l’auteure de l’attentat le jour de celui-ci et a donc été entendu par la police, donne un nouvel élan à la théorie selon laquelle le régime turc pourrait être impliqué dans l’attentat. Dans les tendances électorales actuelles, il manque 10 % à l’AKP par rapport aux dernières élections de 2018 et les spéculations vont bon train sur le fait qu’une alliance électorale autour du CHP kémaliste pourrait remporter les prochaines élections. La crise économique générale frappe la Turquie de plein fouet, avec des taux d’inflation atteignant par exemple 70 pour cent au printemps. L’un des moyens utilisés par Erdoğan et l’AKP pour garder le contrôle est la démagogie anti-Kurdes et la poursuite de la guerre contre les régions kurdes contrôlées par le PYD et le PKK en Syrie et en Irak. Depuis le début de l’année, il ne se passe pas un mois sans que des frappes aériennes et des attaques de drones soient menées, et le régime turc n’hésite pas à utiliser des armes chimiques et des armes nucléaires tactiques présumées pour gagner la population turque à sa cause grâce à ses succès en politique étrangère.

Alors que la communauté internationale ignore largement qu’un pays de l’OTAN mène une guerre d’une brutalité inouïe, le mouvement de libération kurde attire de plus en plus l’attention dans le cadre des protestations en Iran, où le slogan kurde "Jin - Jiyan - Azadi" (Femmes - Vie - Liberté !) constitue l’une des expressions centrales du contenu du mouvement. Un attentat contre des civils dans la plus grande ville turque n’est donc pas seulement un bon moyen de pousser la population à suivre la ligne du régime dans une situation de menace, mais aussi un gage pour Erdoğan lors de son voyage au sommet du G20 en Indonésie à partir du 15 novembre, afin d’y exiger de nouvelles répressions contre le mouvement kurde et de justifier sa guerre au niveau international. Face à cette situation, il n’est pas exclu que le régime turc lui-même ait pu mettre en scène l’attentat pour l’imputer au PKK.

Face à cette situation, il est urgent pour la population de Turquie mais également des pays impérialistes de dénoncer le gouvernement d’Erdogan mais plus généralement des intérêts qu’il défend. Même si le CHP remporte les élections contre Erdoğan et l’AKP, cela ne signifie pas qu’une politique moins chauvine suivra. Les racines sanglantes du kémalisme et les déclarations des dirigeants du CHP, comme son président, pour qui le seul mot « Kurdistan » est désagréable, ne permettent pas d’espérer cela. Au contraire, en Turquie aussi, la classe ouvrière organisée doit ébranler le régime par des grèves et des blocages et finalement le faire tomber.



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