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Fermeture de Knorr Duppigheim : face au massacre de l’emploi, imposons l’interdiction des licenciements !

Alors qu'Unilever a réalisé 6 milliards de bénéfices en 2020, le groupe a annoncé la fermeture de l'usine Knorr de Duppigheim en Alsace, licenciant au passage 261 salariés. Contre toute illusion de dialogue social, il faut construire le rapport de force pour imposer l'interdiction des licenciements.

lundi 30 août

Les salariés de Knorr, le 1er mai 2021. Crédit photo : L’Humanité

261 postes supprimés et un CSE signé par la CFTC, la GCC et la CFDT

Unilever avait annoncé le 25 mars dernier la fermeture de l’usine Knorr située à Duppigheim dans le Bas-Rhin. Afin de réaliser toujours plus de profits, la multinationale qui a réalisé 6 milliards de bénéfices nets en 2020, a décidé de délocaliser les activités vers une usine de sous-traitants en Bretagne. Pendant ce temps, la vie des 261 salariés va être détruite, ainsi que celles de dizaines d’intérimaires. Kamel, délégué CGT, dénonce dans Le Parisien : « C’est un crève-cœur. On a tous donné des décennies de notre vie à cette boîte, on a tout donné pendant le Covid. Nous sommes amers, en colère. Si vous rajoutez l’impact de la fermeture sur les fournisseurs, il y a en tout environ 900 postes menacés. ».

Le 10 août, après près de quatre mois de « dialogue social » et une dernière matinée de négociations tendue pendant laquelle une centaine de salariés ont envahi la salle de réunion, les syndicats CFTC, CGC et CFDT ont signé l’accord concernant le PSE, actant du licenciement des 261 salariés et de l’abandon de l’activité sur le site. FO et la CGT ont de leur côté refusé de signer. La CGT dénonce dans un communiqué « un ignoble chantage de la direction qui a conduit à accepter les propositions indécentes conduisant au chômage et à la précarité ». En effet, l’accord consiste principalement à indemniser les salariés à hauteur de six mois de salaires ainsi que 2.000€ par année d’ancienneté au lieu des 1.800 initialement prévus « pour des partants dont la moitié a plus de 50 ans », précise Libération. Une situation d’autant plus dramatique pour les ouvriers que, comme le note encore Kamel, délégué CGT, : « Le Covid change la donne. L’heure n’est pas vraiment aux recrutements dans les boîtes… Nous repartons les articulations éclatées, le dos pété, sans avenir ou presque ». Il y a bien 70 promesses de reclassements... pour les 261 salariés du site, et elles sont toutes hors d’Alsace.

Unilever : un trust mondial aux profits faramineux

L’annonce est d’autant plus insupportable que l’usine Knorr n’a jusqu’à présent pas été une mauvaise affaire pour son actionnaire, le groupe agroalimentaire et de cosmétiques Unilever. Selon un document rapporté par Libération les ventes de soupes sur le marché français ont rapporté près de 140 millions d’euros de profits nets au groupe Unilever. Et si le groupe met en avant un prétendu recul du marché des soupes industrielles dans l’hexagone pour expliquer la fermeture de l’usine, la justification a de quoi surprendre quand dans le même temps le leader du marché, Liebig, a annoncé une progression de ses ventes de 10%. D’autant plus que depuis le rachat en 2014 de Bestfoods Industries par Unilever, la marque Knorr appartient à un gigantesque trust mondial, qui regroupe 400 marques de consommation courante, dont le chiffre d’affaire a atteint en 2020 (et ce malgré la crise sanitaire et économique) 51 milliards d’euros et un bénéfice de près de 6 milliards d’euros, soit une marge nette de 10%.

Ce n’est donc pas l’agent qui manque et le choix de fermer l’usine n’est certainement pas une fatalité liée aux fluctuations du marché hexagonal, au « déclin structurel des ventes de soupes industrielles » ou aux changements d’habitudes des consommateurs comme aimerait nous faire croire le groupe, mais bien une stratégie visant à faire toujours plus de profits. En effet, d’après Libération et les données fournies par le CSE, il apparaît que la fermeture de l’usine va permettre une économie de près de 13 millions d’euros par an avec une délocalisation d’une partie de la production en Roumanie et en Pologne. Dans le même temps, la direction qui ne veut pas se priver des consommateurs français va continuer à produire « français », mais par un sous-traitant implanté en Bretagne. A la clef un coût de production qui passe de 400 euros à 315 euros par tonne de soupe produite. Pour ceux qui imaginent que l’étiquette tricolore garantit l’emploi et les conditions de travail, voilà qui donne à réfléchir…

Ce n’est pas la première fois, et sans doute pas la dernière, qu’Unilever alimente la chronique sociale. Le groupe alimentaire est coutumier du fait. En 2010, le géant décidait déjà de délocaliser son entreprise de thé, thé Eléphant, en Pologne et initiait un conflit de 1336 jours avec les salariés du site de Gémenos (Bouches-du-Rhône). De même, la fermeture du site de Duppigheim commence il y a plusieurs années avec les délocalisations successives, d’abord du service de recherche et développement, puis de l’activité de mixages de légumes lyophilisés pour les soupes en sachet, jusqu’à ce que depuis 2014 l’usine de Knorr ne fabrique en réalité plus que l’emballage.

Face à la crise, les patrons s’enrichissent : imposons l’interdiction des licenciements !

La fermeture Knorr illustre une nouvelle fois cette réalité que les travailleurs ne peuvent en définitive compter que sur eux-mêmes pour nouer un véritable rapport de force. Contre la perspective d’un repreneur et le mirage des reclassement,-agités aux cours de ces mois de négociations- contre le cache-misère que constituent les « gains » d’un PSE, la nécessité de prendre en charge la lutte s’impose et est ici actualisée par l’achèvement de quatre mois de « dialogue social » et l’imminence de la réception des lettres de licenciement. Les travailleurs de Knorr ont à cet égard l’exemple de Thé Elephant à leur disposition, où les salariés ont lutté pendant 1336 jours et par tous les moyens pour faire reculer Unilever et sa filiale française Fralib, jusqu’à faire annuler pas moins de trois plans de licenciements et de créer à l’issue du combat une société coopérative pour reprendre l’outil de production.

Le pire ennemi des travailleurs face aux licenciements et plus généralement face aux fermetures, qui s’accumulent, serait le fatalisme qui finit par s’installer dans les têtes sous le poids des discours ambiants et le défaitisme qui en résulte, y compris chez un certain nombre de responsables syndicaux qui finissent par négocier le poids des chaînes. La démonstration est faite, et Knorr en est un exemple particulièrement éclatant puisque bénéficiaire, que les salariés, qui sont pourtant les seuls producteurs réels, ne sont que des variables d’ajustement destinés à maintenir le profit maximum. Pourtant les salariés voient bien tous les jours que l’usine, l’atelier, ou tout lieu où ils travaillent pourrait fonctionner et parfaitement tourner sans les patrons. Face à l’annonce désormais confirmée de la fermeture, et pour celles qui suivront ailleurs, la question de l’occupation de l’usine et de la reprise en main de l’outil de production pourrait être posée. Cette méthode radicale, constituerait une démonstration immense, celle de la volonté des travailleurs de refuser activement la fermeture et les plans de licenciement, et de faire fonctionner leur entreprise sans, et même contre, ses patrons.

Cela implique d’aller jusqu’au bout des revendications et donc d’imposer, par le rapport de force, l’interdiction les licenciements. De même que face aux patrons qui font faillite et veulent fermer ou délocaliser, il faut imposer la nationalisation de l’usine sous contrôle des travailleurs et sans indemnités pour les actionnaires. L’industrie agroalimentaire et l’économie en général sont quelque chose de bien trop sérieux pour les laisser entre les mains des capitalistes qui ne raisonnent qu’en terme de profits. Une telle perspective constitue en réalité la seule réponse à la hauteur de l’attaque, alors que les PSE et les fermetures d’usines se succèdent en pleine crise économique et sanitaire, à Knorr, après Bridgestone ou encore PSA Douvrin. En ce sens, il faut interpeler les directions syndicales qui cautionnent l’illusion du dialogue social et exiger d’elles un véritable plan de bataille à la hauteur, pour que ce ne soit pas aux travailleurs de payer la crise !




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