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Politique

Casse du service public

Grenelle de l’éducation : derrière le coup de com’ de Blanquer, la précarisation des enseignants

Blanquer a annoncé les conclusions du Grenelle de l'éducation. Entre revalorisation salariale on ne peut plus symbolique et néo-management à tout va, le ministre de l’Éducation nationale poursuit sa refonte systémique du service public d'éducation.

jeudi 27 mai

Crédits photo : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

« Revalorisation historique » ou poursuite de la précarisation ?

Blanquer vient d’annoncer les conclusions du Grenelle de l’éducation qui s’était déroulé entre octobre 2020 et janvier 2021 et le moins que l’on puisse dire c’est que, quoi qu’en dise le ministre, le compte n’y est pas. Au menu : une revalorisation salariale symbolique présentée comme une « revalorisation historique » octroyée à la profession et un renforcement du management déjà de plus en plus présent dans les métiers et les établissements. En somme, tout le projet de Blanquer pour l’école se retrouve dans ces conclusions du Grenelle.

Effet d’annonce, Blanquer débloque 700 millions d’euros pour revaloriser la profession. En réalité, seul 400 millions vont aller dans les salaires. Et vu le nombre d’enseignants qui travaillent pour l’Éducation nationale, la revalorisation ne va pas peser bien lourd... Derrière le chiffre mirobolant se cache en réalité l’abandon de la « loi de programmation » qui visait à garantir les augmentations de salaire sur dix ans pour l’ensemble de la profession. Le gel du point d’indice persiste et la profession s’appauvrit. La crise des vocations va continuer et ce n’est pas la promesse d’un salaire à minimum 2000 euros pour un jeune enseignant qui va régler la situation. Comme le laisse entendre le ministre dévoué au programme néo-libéral de Macron ce sont « évidemment des choses qui se réétudieront en 2022, en fonction du contexte politique ».

Le reste du budget octroyé par Blanquer servira à compléter les primes concédée suite au premier confinement pour que les personnels puissent s’équiper en matériels informatique et à favoriser « l’action sociale » auprès des enseignants. Dans tous les cas, la logique est la même : maintenir la précarité en ne revalorisant pas les salaires et instaurer une culture de la prime dans l’Éducation nationale. L’action sociale promise par Blanquer n’est pas à la hauteur du service public d’éducation qui ne dispose même pas d’une médecine du travail.

Renforcement du néo-management made in Blanquer

Sur les aspects concernant l’exercice du métier, les conclusions présentées par Blanquer vont totalement dans le sens d’un renforcement du management dans l’Éducation nationale à tous les niveaux. Blanquer souhaite que les parcours professionnels des enseignants soit plus « personnalisé » pour valoriser les compétences de chacun et ainsi mettre toute la profession en concurrence avec elle-même. Le ministre souhaite ainsi développer « les mobilités internes et les mobilités sortantes » dans le but de détruire l’esprit du service public en l’hybridant avec les logiques public/privé en vogue dans le management et qui est une pièce maîtresse de la casse progressive des services publics.

La flexibilisation des conditions de travail s’appuie également sur l’expérience des cours en distanciel sous la crise sanitaire pour encore mettre plus sous pression les personnels. Ainsi, en cas d’absence d’un enseignant, le chef d’établissement pourra avoir recours à des « heures supplémentaires ponctuelles » ou à des « dispositifs de type « cours en ligne » » qui ne visent qu’à pallier un manque cruel d’embauche de personnels et à la volonté de pressuriser les enseignants à chaque instant. Dans le même temps, le management autoritaire est renforcé dans les établissements par le recrutement de personnels « renforçant le pouvoir décisionnel des chefs d’établissement ».

Tout ce vocabulaire néo-managérial se dit être au service du « bien-être » de la profession qui n’est que l’autre nom d’une gestion plus technocratique des « ressources humaines ». À titre d’exemple, dans l’académie de Lille, la feuille de route pour la gestion des ressources humaines explicite sur un ton on ne peut plus paternaliste la visée de ce prétendue « bien-être » : « Le bien-être au travail passe aussi par la qualité de la relation professionnelle et il convient à ce titre insister sur la culture du « merci » et l’importance de ce mot, de cette attention à l’action de chacun dans ses rapports quotidiens. Un mot simple qui résume en 5 lettres la contribution de chacun et chacune à la réussite de l’ensemble des élèves et qui doit être partie intégrante de la culture managériale académique ». En somme, le bien-être au travail des enseignants est réduit à un « merci » identique dans sa forme et son contenu à celui adressé par le gouvernement aux soignants en première ligne. En attendant, la casse du service public se poursuit.

Le Grenelle entérine une pseudo-revalorisation destinée à flatter une profession profondément hostile à son ministre. Mais elle déroule surtout un programme néo-managérial qui vise à casser le service public d’éducation dans la continuité de toutes les réformes mises en place par Blanquer qui ont profondément remis en cause le système éducatif et précarisé la profession.




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