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Grève à EDF : privatisation, réforme des retraites, la nécessité d’une convergence

Ce jeudi sera marqué par une journée de mobilisation contre le plan Hercule qui vise à accélérer la privatisation d'EDF. Si ce combat rejoint en de nombreux points la question de la lutte contre la réforme des retraites et contre le gouvernement, il reste inscrit dans un calendrier éclaté. Une situation qui souligne la nécessité de construire la convergence au plus vite.

jeudi 19 septembre

Crédit photo : Karine Pierre/Hans Lucas/AFP

Ce jeudi sera marqué par la lutte des salariés d’EDF contre le plan Hercule qui vise à diviser l’entreprise en deux entités. Comme le résume Reuters, une partie « bleue » renationalisée réunirait « le nucléaire, les actifs hydrauliques, et le transport d’électricité (RTE) » tandis qu’une partie « verte » avancerait dans la privatisation, avec une ouverture plus grande de son capital, et regrouperait « les énergies renouvelables (éolien et solaire), le commerce, le réseau de distribution Enedis et les services à l’énergie Dalkia. »

La stratégie employée à EDF rappelle très nettement celle appliquée à la SNCF avec le Pacte ferroviaire. Pour mémoire, EDF est passée, en 2004, du statut d’entreprise publique à celui de société anonyme dont l’Etat est actionnaire majoritaire à 83,7%. Depuis, ce sont 5 000 postes qui ont été supprimés rappelle la CGT, tandis que les tarifs de l’électricité ont augmenté de 35%, alors même que le service s’est dégradé et que les inégalités face à l’énergie se sont accentuées.

Une journée de grève inter-syndicale contre la privatisation d’EDF

C’est donc une première journée d’action inter-syndicale contre le plan qui aura lieu aujourd’hui. La grève devrait être relativement suivie. Par ailleurs, EDF ne sera pas seule car d’autres entreprises du secteur de l’énergie, concernées par les mêmes problématiques, pourraient se mobiliser. Pour l’occasion, si la Préfecture de Paris a refusé aux syndicats l’organisation d’une manifestation entre Wagram et le Ministère de l’Ecologie, dans le sillage des interdictions des manifestations des Gilets Jaunes dans ce quartier de Paris, l’intersyndicale appelle à un rassemblement devant le ministère en question.

Une privatisation anti-sociale et anti-écologique téléguidée par l’Elysée

Evidemment, cette journée de grève prend une importance particulière dans le contexte actuel, celui d’une rentrée sociale chargée, et d’une colère importante des travailleurs contre le projet de réforme des retraites et le gouvernement, ce dont témoigne les taux de grévistes historiques de la mobilisation RATP du 13 septembre dernier.

Si la journée de grève EDF peut apparaître comme distincte des mobilisations contre les retraites, il convient de noter les nombreux éléments communs avec ces mobilisations.

Tout d’abord, comme la réforme des retraites, le Plan Hercule est une commande de l’Elysée. Dès 2016, Emmanuel Macron évoquait l’hypothèse d’une dissociation entre les activités nucléaires et le reste du groupe. Ensuite, derrière le Plan Hercule se cache une logique de destruction des conquêtes du mouvement ouvrier, telles que le statut des électriciens et gaziers, au profit d’une dégradation de l’emploi, dans le même sens que la réforme des retraites et la suppression des régimes spéciaux qu’elle doit permettre d’opérer.

Enfin, s’il fallait une raison supplémentaire de s’opposer à ce plan, notons son caractère totalement anti-écologique. Interrogé par Reporterre, le ministère de la Transition écologique et solidaire n’a pas hésité à décrire le futur plan en ces termes : « à la demande du président de la République, dans le cadre de la PPE [programmation pluriannuelle de l’énergie], EDF a été invitée à proposer une nouvelle structure, plus adaptée aux enjeux de la transition énergétique. »

Or avec la privatisation des énergies renouvelables ainsi que des fonctions de distribution, c’est tout l’inverse qui va se produire. Comme l’explique Anne Debrégeas, chercheuse au Centre de recherche d’EDF et syndiquée à SUD-Energie, à Reporterre : « Nos études montrent que pour éviter le déséquilibre entre l’offre et la demande d’électricité, qui peut entraîner un black-out en quelques minutes, il est bien plus efficace et meilleur marché d’avoir un acteur intégré qui organise une complémentarité très fine entre les moyens de production, plutôt que des acteurs aux intérêts concurrents coordonnés par un marché. » Un enjeu qui devient encore plus brûlant lorsque la crise écologique commande d’opérer une transition énergétique radicale.

Une convergence encore à construire pour mener l’offensive contre le gouvernement

Si la lutte contre le plan Hercule a donc tout pour s’inscrire dans un grand mouvement contre les politiques du gouvernement, qui permette de faire tomber la réforme des retraites mais aussi de mettre en avant les enjeux sociaux et écologiques brûlants - à l’image de la convergence qui s’esquisse entre écolos et Gilets jaunes pour le 21 septembre – force est de constater que le plan de bataille des directions syndicales est encore totalement insuffisant.

Ainsi, les directions syndicales qui appellent à la journée de demain inscrivent leur action dans une division générale des dates qui affaiblit les diverses mobilisations dont les revendications et les objectifs se rejoignent pourtant largement. A ce titre, le fait que la mobilisation à EDF soit prévue pour ce jeudi, tandis que la journée de grève lancée par les sous-traitants des centrales nuclaires pour leurs conditions de travail et de sécurité ait eu lieu la veille est un exemple de division qui affaiblit l’ensemble des travailleurs alors qu’ils travaillent pourtant au même endroit.

De même, le mouvement contre la réforme des retraites reste encore éclaté à ce jour, avec des dates éparpillées par secteurs et par syndicats, et des dirigeants syndicaux qui entendent se maintenir sur le terrain des négociations. Pourtant, la grève massive à la RATP a montré que la colère et la détermination existent à la base, mais aussi que lorsque les travailleurs se mettent massivement en grève, ils sont capables de paralyser la société. Or le projet de réforme Macron-Delevoye menace le régime de retraite des salariés d’EDF qui vient compenser la pénibilité du travail, la dangerosité pour les interventions sur le réseau, ainsi que le travail en horaires décalés et les semaines d’astreinte, comme les 41 autres régimes spéciaux à la RATP et ailleurs.

De nombreux travailleurs ont conscience que cette stratégie de grèves sectorielles et éclatées est pensée par les directions syndicales uniquement pour négocier et non pour imposer le retrait pur et simple du projet de loi, à l’instar des nombreux salariés de la RATP grévistes, syndiqués ou non, qui réclamaient la semaine dernière une grève « illimitée », en opposition à la direction de l’UNSA et de la CGT. Cette possibilité pourrait en effet changer toute la situation et mettre le feu aux poudres. La classe dominante en a conscience et redoute le retour d’un mouvement de type 1995.

Mais, c’est également le risque d’une convergence, d’un « tous ensemble » qui lui fait peur. Cette perspective d’une mobilisation inter-syndicale, inter-professionnelle, capable d’agréger des secteurs tels que la jeunesse, les quartiers populaires, les écolos et les Gilets jaunes autour de revendications communes est pour le moment empêchée par la stratégie de négociation secteur par secteur des directions syndicales. C’est pourtant vers cela qu’il faudra aller.




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