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Notre classe

300€ d’augmentation pour tous !

Grève à partir du 1er juillet à Roissy : « C’est une mèche qui peut embraser le pays ! »

Après la journée de grève historique du 9 juin qui a réuni l'ensemble des travailleurs de l'aéroport autour du même mot d’ordre de 300 euros d’augmentation pour tous, le mouvement à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle se poursuit avec un appel à la grève le 1er juillet qui pourrait être reconduit les jours suivants.

mercredi 22 juin

Le 9 juin, une grève historique : « On n’avait pas vu de grève comme ça depuis 10 ans »

A Roissy Charles de Gaulle, on n’avait pas vu de grève comme celle du 9 juin dernier depuis longtemps. C’est notamment le caractère interprofessionnel de la grève, qui a réunit les donneurs d’ordre comme Air France et Aéroport de Paris (AdP) avec les sous-traitants qui a fait de cette grève un moment historique. Il faut dire que dans l’aéroport, qui compte près de 100.000 salariés, il y a une myriade de sous-traitants : près de 800 entreprises sont installés sur la plateforme aéroportuaire. Pierre, délégué CGT dans une de ces entreprises, nous confie que « cela fait au moins 10 ans que l’on n’a pas vu de grève comme celle-ci. A l’époque, c’était celle des pilotes d’avion, ou alors celle dans la sûreté ».

En effet, le 9 juin au matin, c’est près d’un quart des avions qui n’ont pas pu décoller de l’aéroport, un véritable premier succès pour les grévistes qui ne peuvent qu’être encouragé, à l’image de Marie, qui expliquait : « Les boîtes commencent à lâcher des miettes, ça veut dire qu’on peut arracher plus ». Car dans certaines entreprises, le patronat commence à proposer des primes, plus ou moins importantes, pour arrêter le mouvement. C’est par exemple le cas chez ACNA, une entreprise de nettoyage, où la direction a proposé une prime de 400€. Mais ces primes, loin de contenter les salariés, sont vus par beaucoup comme le signe que le patronat de l’aéroport peut lâcher plus, et notamment des augmentations de salaires. C’est ce que Karim*, lui aussi syndiqué à la CGT, rappelle à ses collègues : « Les primes ne sont pas reconductibles. C’est une seule fois dans l’année. Aujourd’hui, avec tout qui augmente, on a besoin d’une augmentation générale de nos salaires. Et cet argent que l’on réclame, c’est le nôtre, c’est nous qui faisons tourner l’aéroport ! »

Une nouvelle journée de grève le 1er juillet, avec en ligne de mire une grève reconductible

Après la journée du 9 juin a été décidé une nouvelle échéance le 1er juillet. Le but, pour les militants combatifs de l’aéroport qui font le tour des entreprises pour discuter et mobiliser tout le monde, est de monter en pression et de construire le rapport de forces. C’est pourquoi, contrairement au 9 juin, les préavis de grève déposés courent maintenant sur trois jours, pour donner la possibilité aux grévistes de reconduire la grève sur plusieurs jours. Selon Nordine, délégué syndical chez Transdev Aéropiste, et membre de l’union locale CGT, ce second temps de mobilisation devrait être encore plus suivi : « Certaines boîtes qui n’avaient déposé de préavis pour le 9 juin sont en train de le faire pour le 1er juillet. On est en train d’aller chercher ceux qui n’étaient pas là le 9 juin ». Car pour étendre le mouvement, de nombreux délégués syndicaux vont d’entreprises en entreprises pour organiser des Assemblées Générales là où les traditions de mobilisations sont parfois inexistantes. Et force est de constater que, petit à petit, ce travail semble porter ses fruits, donnant de l’espoir à beaucoup de syndiqués. S’adressant à d’autres syndicalistes, l’un d’entre eux explique à quel point la grève à Roissy est importante au-delà de l’aéroport lui-même : « Roissy est un lieu de concentration ouvrière incroyable qui, s’il se met en grève, est une mèche qui peut embraser le pays ! ».

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Autre symptôme de cette journée qui devrait être plus importante : chez City Service, une entreprise spécialisée dans l’accueil des voyageurs à l’embarquement et au débarquement, alors que les salariés n’avaient pas fait grève depuis une dizaine d’année, le dépôt d’un préavis de grève et les échanges avec les militants d’autres entreprises ont permis de lancer le mouvement dans cette boîte, avec plusieurs dizaines de salariés qui se sont d’ores et déjà déclarées grévistes pour le 1er juillet. Nicolas Pereira, de l’Union Locale CGT de Roissy, dans une réunion entre syndicalistes, le rappelle à tous ses camarades : « on obtiendra satisfaction, à la condition qu’on fasse des AG dans toutes les boîtes ».

Contre les manœuvres patronales, l’unité des grévistes et l’unité syndicale imposées par en bas

L’une des préoccupations centrales des syndicalistes depuis le début du mouvement, et encore ce lundi, c’est la question clé de l’unité. Face au risque de voir une grève s’ancrer dans une concentration de près de 100 000 salariés, la direction tente ainsi de négocier boîte par boîte, en proposant de maigres primes, afin de signer l’arrêt du mouvement en le divisant. En ce sens, afin de préserver l’unité dans cette myriade d’entreprises, nombreux sont les syndicalistes qui mettent l’accent sur la nécessité de se coordonner autour de la revendication consensuelle des 300€ d’augmentation de salaires pour tous et toutes.

Plus généralement, l’un des aspects forts du mouvement, c’est le grand nombre de secteurs mis en grève, mais pas encore suffisant pour Tayeb, délégué chez SUD aérien, qui explique : « Il faut penser à tous les salariés de l’aérien. On a besoin d’une intersyndicale plus forte, afin de fédérer tous les salariés de l’aéroport et de faire converger les luttes. Il y a beaucoup de choses qu’on peut revendiquer comme de meilleures conditions de travail, l’embauche de tous les intérimaires, le retrait de la loi Diard, ou encore une convention unique pour tous ». L’ordre du jour est donc encore à l’extension, par tous les moyens, du mouvement.

La grève du 1er juillet, préparée sur le terrain de manière acharnée par un certain nombre de militants combatifs de l’aéroport, toutes entreprises confondues, sera une étape clé dans la construction du rapport de forces. Lors de cette journée, comme le rappelaient certains syndicalistes, l’ensemble des grévistes auront la tâche de continuer de construire l’auto-organisation du mouvement à la base, en discutant entre grévistes au-delà des entreprises et des étiquettes syndicales, pour décider eux-mêmes des suites à donner à cette journée de grève afin de préparer son élargissement et sa reconduction, sans lesquels l’obtention d’une véritable augmentation des salaires sera difficile à arracher. Si ce mouvement se développe et se renforce à Roissy, il pourrait agir comme une véritable traînée de poudre dans le pays, où de nombreux secteurs se mettent en grève pour les salaires, dans le contexte d’un gouvernement affaibli à l’issue de cette séquence électorale et d’un prochain quinquennat qui s’annonce explosif.

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