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Politique

8EME, 9EME ET 10EME DEMISSIONS AU GOUVERNEMENT

Griveaux et Mahjoubi démissionnent : la mairie de Paris, un refuge pour qui veut fuir la Macronie ?

Comment survivre (politiquement) au discrédit du gouvernement Macron ? Pour son porte-parole, Benjamin Griveaux, et pour le secrétaire d’Etat en charge du numérique, Mounir Mahjoubi, la solution semble se trouver à la mairie de Paris. Après Nathalie Loiseau, ministre des Affaires Européennes, tous deux devraient poser leur démission prochainement.

mercredi 27 mars

Mounir Mahjoubi et Benjamin Griveaux à la sortie du Conseil des ministres, à l’Elysée, le 25 octobre 2017. — VILLARD/SIPA

Des démissions avancées

« Je serai candidat [à la mairie de Paris] dès que le processus de désignation sera ouvert » avait confié Mounir Mahjoubi, dans un entretien au Parisien le 6 mars dernier. Or, selon des informations d’Europe 1, il semble que le secrétaire d’Etat en charge du numérique ait décidé de précipiter sa décision et doive poser sa démission dès vendredi prochain. Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, s’apprêterait également à démissionner. Il a déclaré son intention de concourir au poste de candidat La République En Marche pour la mairie de Paris, dans le cadre des élections municipales de 2020. Ce qui, avec le député Cédric Villani, porte à trois le nombre de candidats potentiels LREM à la mairie de Paris. La bataille risque d’être serrée…

C’est très certainement la démission de Nathalie Loiseau, ministre chargée des Affaires Européennes, qui a ouvert la vanne. Elle a officiellement quitté son poste mercredi 27 mars pour se lancer dans la campagne des élections européennes, annonçant, de fait, un prochain remaniement. Même s’il reste encore un an avant les élections municipales de 2020, Griveaux et Mahjoubi semblent vouloir saisir cette opportunité pour anticiper leur prise de distance avec le gouvernement et trouver une porte (et un poste) de sortie.

Echec du grand Débat et « sauve-qui-peut »

Ce sont donc les 8ème, 9ème, et 10ème membres du gouvernement Philippe qui démissionnent depuis le début du quinquennat Macron. Et comme chaque vague de démissions (Nicolas Hulot, ex-ministre de la transition écologique puis Gérard Collomb, ex-ministre de l’intérieur, pour les plus importantes), cette dernière est symptomatique de la fragilité et de l’isolement du pouvoir en place.

Griveaux et Mahjoubi sont des « marcheurs » de la première heure. Proches d’Emmanuel Macron lorsqu’il était ministre de l’Economie du gouvernement Hollande, ils font partie de ces socialistes qui ont participé à la fondation du mouvement « En Marche », devenu la République en Marche après son élection en 2017. Deux pivots du parti présidentiel.

Ils ont également été au cœur de l’organisation et de la promotion du Grand Débat National dont dont l’échec a été sanctionné par la radicalité de l’acte 18 des Gilets Jaunes et par le tournant ultra-répressif adopté par le gouvernement pour l’acte 19. Aveu d’impuissance, constat d’échec, leurs démissions annoncées, c’est aussi l’expression du « sauve-qui-peut », à quelques mois de l’échéance des élections européennes.

Effectivement, rester proche du gouvernement, c’est désormais prendre le risque d’être contaminé par son discrédit politique, de voir ses ambitions politiques brisées. A l’instar de Gérard Collomb, se retrancher derrière les élections municipales apparaït comme la meilleure porte de sortie. Au risque de se livrer à une guerre intestine. Car avec Benjamin Griveaux et Mounir Majhoubi, en plus de Cédric Villani, ils seraient trois candidats LREM à avoir déclaré leurs ambitions pour la mairie de Paris. Mounir Majhoubi a beau chercher à justifier ces candidatures multiples par des arguments présentés en termes d’offre politique - « Nous n’incarnons pas la même chose. Certains sont sur une promesse de sécurité, d’ordre, d’efficacité. D’autres sont davantage sur une vision de progrès  » – on s’oriente bel et bien vers une bataille entre candidats LREM rivaux sur Paris, une ville où la forte présence d’un électorat très favorisé économiquement et socialement rend une conquête par le parti présidentiel encore envisageable.

Le remaniement, imminent, va être d’autant plus difficile pour l’exécutif que les candidats à la succession des démissionnaires ne se bousculent pas. Le ministère des affaires Européennes pourrait être confié à Jean-Yves Le Drian, déjà ministre des Affaires Etrangères, dans un gouvernement un peu plus resserré, au risque de renforcer son isolement politique.




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