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Politique

Shengen, frontières, laicité

Immigration : Macron braconne sur les terres de Marine Le Pen

En conclusion de son long discours devant la presse, Emmanuel Macron a pris comme principal axe la question de l'immigration. Des propos très à droite, reprenant la rhétorique du Rassemblement National et l'extrême droite, et de LR, sur la laïcité et la question des frontières.

jeudi 25 avril

Photo : ERIC FEFERBERG / AFP

Si l’ensemble de la conférence de presse d’Emmanuel Macron a visé avant tout à tenter de regagner son socle du premier tour, tout en essaimant une posture de président respectable, avec une bonne dose d’enfumage, la dernière partie de son long discours a fait une entorse brusque au pseudo discours humaniste entrepris jusque-là. Absent de son discours initial comme l’ont révélées les fuites, Macron a remis au centre de son propos la question de l’immigration, dans l’objectif de braconner toujours plus à droite.

Sur Schengen et les frontières nationales d’abord, Macron a lancé la charge. Reprenant la rhétorique de l’extrême droite adapté à la sauce néo-libérale, le président a ainsi expliqué que « pour être ouvert, il faut avoir des limites. Il faut avoir une maison donc il faut avoir des frontières […] Et aujourd’hui, force est de constater que les choses ne tiennent pas comme elles devraient ». Estimant que les frontières des accords de Dublin « ne marchent plus » avant de charger directement Schengen : « quitte à ce que ce soit un Schengen avec moins d’États [...] Je ne veux plus de gens qui ne veulent pas tenir la frontière commune et sont dans le laxisme ». Tout un programme.

Mais c’est sur la question de la laïcité que Macron est allé encore plus loin. « Aujourd’hui, nous ne devons pas nous masquer. Quand on parle de laïcité, on ne parle pas vraiment de laïcité. On parle du communautarisme qui s’est installé dans certains quartiers de la République. On parle d’une sécession qui s’est parfois sournoisement installée, parce que la République avait déserté ou n’avait pas tenue ses promesses. On parle de gens qui au nom d’une religion poursuive un projet politique, celui d’un Islam politique qui veut faire sécession avec notre République. Et là-dessus, j’ai demandé au gouvernement d’être intraitable ». Eric Zemmour, Jean-Marie Le Pen ou n’importe quel autre ponte de l’extrême droite n’aurait pas dit mieux...

Au final, ce glissement très à droite de Macron pour conclure son discours devant les journalistes vise un double objectif : d’abord, chercher à recentrer le débat politique, polarisé par les questions sociales avec l’irruption du mouvement des Gilets Jaunes, sur la question de l’immigration et du nationalisme franchouillard. Ensuite, l’opération vise à séduire ouvertement l’électorat de Marine Le Pen, ou tout du moins des franges des Républicains en voie de droitisation. Il semble en ce sens que les conseils de Nicolas Sarkozy, que l’on a vu proche de Macron il y a quelques semaines, aient reçu une oreille attentive : il y a plus à gagner à droite, sur l’électorat LR encore en balance, que sur l’électorat de centre-gauche. Ainsi, le signal est on ne peut plus clair : l’ « acte 2 » du quinquennat compte bien se placer sur le terrain de l’accentuation des politiques xénophobes et racistes.




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