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Investiture : Boric présente son plan sans préciser comment il compte l’appliquer

Samedi dernier, le nouveau président, Gabriel Boric Font, est apparu au balcon du palais de La Moneda pour entamer son discours d'investiture. Dans une atmosphère chargée par de lourdes attentes, il a cherché à réaffirmer ses engagements de campagne sans toutefois donner des précisions sur la manière dont il entend parvenir à mettre en œuvre ce programme.

lundi 14 mars

Après avoir prêté serment sur la Constitution Pinochetiste de 1980 en jurant être le dernier président à le faire, Gabriel Boric est retourné à Santiago pour faire son entrée solennelle en tant que président en exercice au palais de La Moneda. À son arrivée, après avoir salué les milliers de personnes qui l’attendaient sur la Plaza de la Constitución, il a reçu les honneurs de l’armée et de la garde présidentielle des Carabineros (institution militaro-policière chilienne).

Ces gestes symboliques étaient associés à d’autres symboles de respect de la part des institutions de l’État et de ses forces répressives. Boric semble confiant dans sa capacité à maintenir un équilibre entre les demandes de la population pour des améliorations substantielles en matière de santé, de logement, d’éducation et de pensions et les demandes de la classe capitaliste pour garantir la croissance, la responsabilité fiscale et la préservation de ses profits. Le gouvernement entrant a fait de sa stratégie, au moins pour sa première année de mandat, de cultiver de bonnes relations entre "Dieu et le diable".

Le difficile casse-tête politique auquel il a dû recourir après les résultats des élections législatives, où Apruebo Dignidad, malgré son vote important, s’est retrouvé en minorité au Congrès, il a choisi d’ajouter à son gouvernement les forces vaincues de la Concertacion, l’ancien groupe dirigeant, auquel a cédé certains des principaux ministères, comme les Finances et la Défense. Des alliés peu fiables qui ont démontré pendant ces 30 dernières années que leur rôle était d’approfondir l’héritage de la dictature.

Pendant la période d’installation de la Convention, alors que la droite augmentait le ton de la confrontation, la Concertación argumentait que les idées de Boric n’étaient pas réalisables ou même fiscalement responsables. Le futur ministre des Finances, Mario Marcel, proche du PS, a déclaré à plusieurs reprises que des mesures telles que la suppression du Crédito con Aval del Estado (CAE, mécanisme de financement des étudiants) ne seraient pas "justes si elles étaient pour tout le monde" ou encore que les 40 heures devaient être "étudiées de manière responsable".

Cette modération du programme a également généré des frictions au sein des partis Apruebo Dignidad, dont les militants ont d’énormes attentes, pensant que ce gouvernement et la Nouvelle Constitution pourraient signifier la fin de la misère et des pillages dans un Chili marqué par le néolibéralisme.

Dans ce contexte, M. Boric a choisi de faire un geste envers la base militante de la coalition et les attentes de la population, en affirmant ce qu’il déclarait déjà lors de sa campagne. Les principaux points de son discours étaient les suivants : en matière de santé, s’attaquer aux listes d’attente, poursuivre la stratégie de vaccination du dernier gouvernement et prendre en charge les problèmes de santé mentale.

Dans le domaine de l’éducation, il a souligné le retour aux cours en présentiel. En ce qui concerne l’économie, il a parlé de reprise avec une croissance durable, de la fin des zones sacrifiées, de l’accent mis sur la croissance des PME et de la création d’"emplois décents". Sur la sécurité : lutter contre l’insécurité, réformer la police.

Il a également parlé de "réparer les blessures de l’explosion sociale", ce qui, comme le gouvernement l’avait déjà annoncé, implique le retrait des poursuites concernant la loi sur la sécurité intérieure de l’État, des réparations pour les victimes et aussi pour les hommes d’affaires qui ont perdu leurs entreprises, mais sans se prononcer sur l’amnistie.

En ce qui concerne la crise migratoire, il a mis l’accent sur la coordination avec les gouvernements d’Amérique latine. Concernant les affrontements à Wallmapu, il a commencé par le droit à l’existence du peuple mapuche, rejetant tout type de violence et soutenant toutes les victimes, pas seulement les Mapuches. Il a également réaffirmé la promesse de réduire la journée de travail à 40 heures.

Mais au-delà des gros mesures déjà connus, on ne sait pas comment il compte les mettre en œuvre, dans quel délai, avec quel financement et comment il parviendrait à concilier les intérêts des hommes d’affaires et des banquiers, qui refusent de perdre les ressources juteuses que l’État verse aux banques grâce au CAE, ou encore de réduire la journée de travail, déclarant que la crise économique ne le permet pas, dans le "cadre des institutions démocratiques".



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