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Hausse des prix

« J’en ai pour 200 euros par mois à la pompe » : face à la hausse des prix, une aide à domicile témoigne

Nathalie travaille comme auxiliaire de vie pour une société de service à la personne et milite dans un collectif d’auxiliaire de vie. Avec la hausse du prix du carburant, elle et ses collègues font face à l'angoisse grandissante de pouvoir finir les mois alors que la pression se fait de plus en plus forte sur leur budget.

jeudi 21 octobre

Crédits photo : AFP/Pascal Guyot

Nathalie travaille comme auxiliaire de vie pour une société de service à la personne et milite dans un collectif d’auxiliaire de vie, Force invisible. Elle est donc au quotidien aux domiciles de personnes en perte d’autonomie, âgées et moins âgées. Chaque jour de travail, elle fait des kilomètres en voiture pour passer du domicile d’un bénéficiaire à un autre. Avec la hausse du prix du carburant, elle et ses collègues font face à l’angoisse grandissante de pouvoir finir les mois alors que la pression se fait de plus en plus forte sur leur budget.

Lorsque nous l’interrogeons sur ses frais kilométriques, leur calcul et leur remboursement, on comprend vite comment la hausse du prix à la pompe va impacter son budget :

« Avant on faisait tout à la main, maintenant nos frais kilométriques sont calculés par un algorithme qu’on comprend même pas. Avant on était remboursé 22 centimes du kilomètre. L’algorithme, il calcule nos frais, mais on a aucune vision sur la manière dont il le fait. Puis il prend pas en compte les embouteillages, les accidents... Au final ta déclaration de frais kilométriques ne correspond plus au réel, et t’es perdant. Ça fait que les salariées sont dans une misère noire, parce que ces métiers là ça rapporte pas. Donc sans prime d’activité, sans augmentation et avec la hausse des prix, tu te retrouve sur la paille  ». Elle ajoute que le « premier et dernier trajet pas pris en compte dans le remboursement des frais kilométrique, c’est l’arnaque complète  ». Généralisant à toute sa profession, elle ajoute que « dans les grosses associations, [Nathalie travaille pour une entreprise privée] les auxiliaires se retrouve dans le même cas que nous ».

Elle continue, rentrant dans le détail de son budget : « J’en ai pour 200 euros par mois à la pompe. Environ 22 centimes du kilomètres remboursé, et je fais 200 et 300 km par semaine. Donc par mois, au bon vouloir de mon employeur, je me retrouve avec un remboursement de 60 ou 80 euros, pas beaucoup plus, et quand tu vois qu’il te manque des kilomètres, ils te disent qu’ils ont pas de trésorerie pour te rembourser. Et je suis pas la seule dans ce cas là. Avec le collectif Force invisible, je rencontre beaucoup de collègues dans les Hauts-de-France, et j’en vois certains qui parfois pendant deux ou trois mois ne sont pas remboursés de leurs frais kilométriques.  »

Elle évoque alors la crise sanitaire, et les efforts et les risques qui lui ont été demandés de prendre lors de cette crise : « On était ultra-mobilisées pendant la crise sanitaire, dans des conditions de travail presque moyen-âgeuse. Les mensonges du gouvernement vis à vis des masques a créée encore plus de difficultés. Puis les pénuries de matériels nous ont empêché de faire notre travail lors des hospitalisations à domicile, on pouvait rien faire face à des bénéficiaires avec des pathologies lourdes. Ça crée de la souffrance chez le malade, et chez le salarié. Comment on nous remercie ?  »

Lorsqu’on lui demande son avis sur le potentiel chèque énergie du gouvernement, Nathalie ne fait montre d’aucune illusion sur les miettes proposées par le gouvernement pour pallier la hausse des prix. « C’est un cache-misère. Cette situation va exploser, ça peut pas perdurer dans le temps. Il y a de la rancœur un peu partout contre le gouvernement et ce qu’il nous fait vivre. J’étais parmi les premières gilets jaunes, je recommencerais si il le faut. Mais ça peut plus tenir comme ça, on en peut plus. »

« Avec mon salaire, au 15 ou 16 du mois je me retrouve dans le rouge. J’ai même certains collègues qui dorment dans leur voiture tellement ils en peuvent plus. Moi j’ai de la chance j’habite en centre-ville, mais d’autres collègues qui habitent à la campagne me disent qu’ils vont pas réussir à s’en sortir avec cette hausse. »

Quand on lui demande enfin comment elle voit les choses évoluer, elle prédit : « Ceux d’en haut ça va ils se dorent la pilule mais ceux d’en bas ils creusent leurs tombes. Un truc comme ça peut pas continuer, ça va exploser  ».




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