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Politique

Etat d’urgence sanitaire

L’Assemblée Nationale rejette la gratuité des masques, jugée « irrecevable »

Dans la nuit du 8 au 9 mai, un amendement déposé par La France Insoumise proposant la gratuité des masques a été soumis au très liberticide projet d’état d’urgence sanitaire. Un amendement qui a tout simplement été jugé « irrecevable » c’est-à-dire ni soumis au débat ni au vote à l’Assemblée Nationale. Un scandale qui n’a pas fait la Une et qui illustre le caractère toujours plus anti-démocratique de ces institutions. Pendant qu’on vote l’irresponsabilité pénale des élus, la gratuité des masques n’est même pas soumise au débat !

lundi 11 mai

Masques Gratuits pour tous : une nécessité sanitaire impérieuse !

Le port obligatoire du masque dans les transports communs et les lieux publics, décrété par le gouvernement à l’approche du déconfinement qui débutait ce lundi 11 mai, a posé à grande échelle la question de l’accès à ces masques. L’apparition soudaine de stocks de masques dans les principales enseignes de la grande distribution a tout de suite fait scandale du côté des soignants qui pendant plusieurs semaines n’ont cessé de lancer des appels à l’aide face à la pénurie de masques. Le scandale d’Etat des masques, révélant que le stock étatique a été détruit délibérément ces dernières années, l’occultation des stocks de masques par la grande distribution, et les déclarations mensongères du gouvernement sur l’inutilité du port du masque, ont alimenté un mécontentement et une défiance grandissante au sein de la population. La découverte de la multiplication par 10 entre février et mai du prix des masques chirurgicaux mis en vente aujourd’hui, assortie de l’instauration d’une amende de 135euros pour non port du masque dans les transports en commun, a été vécue par beaucoup comme une profonde injustice. Il s’agit en effet d’un véritable scandale à l’heure où de plus en plus de personnes sont confrontées à des difficultés financières, sont privées de revenus, ou encore ne parviennent pas à se nourrir. En mai, faudrait-t-il que ces personnes doivent choisir entre se nourrir et se protéger d’une pandémie ? S’acheter à manger ou acheter des masques pour protéger toute une famille ?

L’amendement présenté par la France Insoumise jugé « irrecevable » par la présidence de l’Assemblée Nationale

Dans la nuit de vendredi à samedi, à l’Assemblée Nationale lors du vote pour le prolongement de la loi d’urgence sanitaire, les députés France Insoumise ont proposé le vote d’un amendement pour la gratuité des masques. « Les masques tombent à mesure que les masques manquent » a entamé Mathilde Panot, députée FI, pour défendre l’amendement en question. Bastien Lachaud de la France Insoumise a également présenté l’amendement en ces termes : « Ils doivent être gratuits et disponibles pour tous et c’est à l’Etat de la garantir. (…) Vous devez décréter la gratuité des masques et organiser leurs distributions. Mais vous vous refusez à le faire ? Pourquoi ? (…) Parce que vous ne réquisitionniez pas les filières textiles, que vous êtes incapables de planifier la production (…) ». L’amendement, ainsi que les deux autres présentés par la France Insoumise, ont été jugés irrecevables, c’est-à-dire qu’ils n’ont été ni débattus ni votés.

En ordre général, un amendement peut être jugé irrecevable pour des raisons financières, matérielles, ou procédurales. Ainsi, selon l’article 40 de la constitution de 1958, tout amendement qui « aurait pour conséquence soit une diminution des ressources publiques, soit la création ou l’aggravation d’une charge publique » est jugé irrecevable. En somme, des institutions dites « démocratiques » qui s’arrogent les droits de modifier la responsabilité pénale des élus, de supprimer l’ISF qui a pourtant des conséquences « financières » mais ne peut ouvrir un débat sur la gratuité des masques. Une illustration s’il en fallait du caractère toujours plus anti-démocratique de l’Assemblée Nationale, et des institutions de la cinquième République.

La gratuité des masques : comment l’obtenir ?

Si la question de la gratuit des masques est un mot d’ordre partagée par la gauche, la question de comment obtenir la gratuité des masques reste ouverte.

Si le terrain parlementaire ne peut être abandonné aux classes dominantes, le combat ne peut se résumer sur ce terrain-là. Or depuis le début de la crise sanitaire, la France Insoumise sur fond d’« union nationale » qu’elle a dans un premier temps adoubé avant de s’en délimiter ne s’oppose pas frontalement au grand patronat comme en témoigne notamment son vote courant mars pour le plan d’aide au patronat de 45 milliards d’euros.

En réalité, la planification de la production et la réquisition par l’Etat des filières textiles, qu’appellent de leurs vœux les députés France Insoumise pour garantir la gratuité des masques, consiste en une planification dans le cadre de l’Etat capitaliste qui ne s’attaque aucunement au profit des grandes entreprises du CAC 40.

Aujourd’hui la question qui est posée est celle de la survie des travailleurs, des plus précaires, des plus opprimés, tant pour des raisons sanitaires qu’économiques, et de qui va payer cette crise. Pour le moment, ce sont clairement les classes populaires, les travailleurs, la jeunesse précaire, qui la payent de leur vie, socialement et économiquement. Pour inverser le rapport de force, des dizaines de milliers d’amendements dans les institutions parlementaires sont clairement insuffisants et illusoires.

Depuis le début de la crise, les travailleurs en première ligne ont montré qu’ils sont celles et ceux qui ont œuvré jour et nuit pour sauver des vies et maintenir la vie, subvenir aux besoins élémentaires, de toute la population. La France Insoumise évoque à juste titre la gratuité des masques. Mais pour l’imposer ce que nous devrions exiger c’est la réquisition par l’Etat des stocks de masques et de la grande distribution, mais sous contrôle des autorités sanitaires et des soignants, c’est-à-dire des travailleurs, de ceux qui sont à même d’évaluer et de contrôler les besoins. Il ne peut pas y avoir de masques gratuits, ni la garantie d’un revenu pour tous et toutes, sans toucher directement aux intérêts du patronat, du CAC 40, aux grandes fortunes, et dont l’argent, les bénéfices, seraient largement suffisants pour produire des masques en suffisamment grande quantité, financer l’hôpital public, ou encore assurer un revenu dans cette période de crise économique qui s’ouvre.




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