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Du Pain et des Roses

La lutte paie

L’Équateur cède le droit à l’avortement en cas de viol... et la lutte continue !

Après des années de lutte pour l’accès à l’avortement en Équateur, la Cour Constitutionnelle vient d’accorder la dépénalisation de l’IVG en cas de viol. Un petit pas en avant qui prouve que pour arracher les droits les plus fondamentaux, il est nécessaire de continuer à occuper les rues.

vendredi 30 avril

Crédit photo : AFP

Mercredi 28 avril, La Cour Constitutionnelle d’Équateur a statué la dépénalisation de l’avortement en cas de viol. Une décision historique dans un pays qui jusqu’à présent requiert 3 ans de prison en cas d’interruption volontaire de grossesse sauf en cas de danger pour la femme enceinte ou de handicap mental.

La session de la Cour a été marquée par un rassemblement de diverses organisations et collectifs féministes qui luttent par ce droit élémental depuis des années. En criant haut et fort le slogan « Niñas, no madres » (filles, pas mères) qui a fait le tour de l’Amérique latine, les féministes équatoriennes ont rappelé des chiffres effrayants qui montrent qu’en Équateur, plus de 2000 filles par an sont contraintes d’accoucher, soit plus de 6 filles par jour.

Mais pour que cette avancée législative ait un effet réel, et permette à toutes les filles, adolescentes et femmes victimes de viols de décider de leur propre corps et de leur propre projet de vie, l’organisation et la continuité de la lutte des femmes sont indispensables pour que ce droit soit garanti. En effet, la dépénalisation de l’avortement ne protège pas réellement les femmes qui veulent y recourir ; elle enlève la peine de prison encourue jusqu’à aujourd’hui, mais ne garantit pas la possibilité d’avorter dans des conditions sanitaires dignes et sans dangers pour leurs vies.

Une décision historique grâce au mouvement des femmes dans la rue

En effet, sans la lutte inlassable des féministes équatoriennes, ce premier pas vers la dignité et la justice pour les filles et les femmes n’aurait pas été possible. Cela s’est traduit mercredi par des cris de joie, des étreintes collectives et des chants accompagnés de batucadas devant la Cour.

La lutte pour l’accès à l’avortement en Amérique latine est un combat historique qui prend de plus en plus de l’ampleur. Le 30 décembre 2020, après de nombreuses années de lutte, les féministes argentines gagnaient le droit à l’avortement grâce au mouvement des foulards verts, et 3 semaines après, un texte de loi sur la dépénalisation de l’avortement commençait à être examiné par le Congrès chilien, après que le foulard vert pour le droit à l’avortement ait inondé l’énorme rébellion contre l’héritage pinochetiste.

Mais les femmes savent très bien que chacun de leurs droits, même les plus fondamentaux, comme le droit de décider de leur propre corps, serait remis en question à la moindre occasion. On peut citer par exemple le cas de la France, où le Sénat a rejeté systématiquement l’allongement du délai pour l’avortement jusqu’à la 14e semaine de grossesse, une mesure cependant fondamentale, surtout dans le contexte de pandémie qui impose non seulement la fermeture des frontières empêchant les femmes qui le peuvent d’avorter dans un autre pays, mais affecte aussi les centres IVG, démantelés bien avant la crise sanitaire.

En Équateur, ce premier pas marque le début de l’avancée pour le droit à l’avortement. Après ce 28 avril, les femmes équatoriennes ne sont que plus fortes pour crier avec plus de conviction que l’organisation est la voie, et que le combat est dans les rues, pour obtenir le droit à un avortement légal, gratuit et accessible à toutes sans conditions.




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