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Argentine

La conjuration des imbéciles et la construction d’une réponse ouvrière au plan de guerre de Milei

Alors que Milei et l'opposition « dialoguiste » conspirent au Parlement et en dehors, Milei s'emporte contre le socialisme à Davos. Eduardo Castilla et Fernando Scolnik reviennent sur la situation en Argentine et l'enjeu de construire une réponse ouvrière à l'offensive en cours.

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La conjuration des imbéciles et la construction d'une réponse ouvrière au plan de guerre de Milei

Il se passe quelque chose d’étrange. L’assemblée plénière des commissions du Congrès national débattait de la Loi Ómnibus - un projet d’une énorme importance et extraordinairement vaste - mais la salle était à moitié vide. Les intervenants et intervenantes parlaient presque sans être écoutés. C’est alors que Nicolás del Caño prit la parole et interpella l’auditoire : « Je me demande pourquoi nous avons invité autant de représentants de la société, si ce n’était pour les écouter et prendre en compte leurs propositions ». Sa collègue Myriam Bregman a complété la critique : « On voit des réunions dans l’immeuble d’en face, où ils discutent d’un plan d’entente avec l’opposition amie, et Caputo et Posse (respectivement ministre de l’économie et chef de cabinet des ministres d’Argentine, NdT) se réunissent de leur côté avec le FMI pour leur rendre des comptes, ce qui n’est pas discuté ici non plus ».

En ce mois de janvier atypique, le Congrès national connaît une véritable hyperactivité. On y discute de la blitzkrieg - offensive éclair - du nouveau gouvernement, qui cherche à changer le pays par un shock de mesures en faveur des secteurs du pouvoir économique et contre la grande majorité de la population. Mais tandis qu’on s’échange des arguments dans les réunions parlementaires, les véritables lieux de décision se trouvent ailleurs, dans le très mondain Hôtel Savoy ou dans les couloirs du parlement. Cela se fait, comme toujours, dans le dos de l’immense majorité de la population.

Ces conspirations ont gagné en intensité ces derniers jours. Accélérant les négociations, les blocs de la soi-disant « opposition orientée vers le dialogue » (PRO, UCR et Hacemos Coalición Federal) se sont rapprochés du gouvernement pour tenter de proposer une version amendée de la Loi Omnibus à la Chambre des députés et au Sénat. Cependant, rien n’est certain et l’accord espéré n’est non seulement pas encore conclu, mais semble rencontrer des difficultés.

Au cours de ce week-end, des négociations fébriles ont lieu, dont les détails ne sont pas encore officiels. Les médias n’en parlent pratiquement pas. La prolongation des sessions extraordinaires jusqu’au 15 février, annoncée vendredi dans la nuit, montre que le projet du gouvernement de tout boucler en janvier et de le faire voter ensuite dans les deux chambres était exagéré. On ne peut pas exclure des retours en arrières, des rebondissements ou de nouvelles crises. Un communiqué publié ce vendredi par la Convention nationale de l’UCR qui rejette le projet de loi, s’opposant à l’une des factions de ce parti, a semé de nouveaux doutes au cours des dernières heures.

Dans ce nœud de manœuvres politiciennes, différents groupes parlementaires cherchent un compromis entre le projet pharaonique de La Libertad Avanza (le parti de Javier Milei, NdT) et les limites que d’autres blocs veulent lui imposer, soit par souci de défendre les intérêts bourgeois affectés par la loi (ceux des entrepreneurs de la pêche, des producteurs agricoles, ou simplement des gouverneurs de province), soit pour éviter de faire mauvaise figure devant leur propre base électorale, ou bien par souci de préserver la « gouvernabilité » susceptible d’être remise en cause par une telle attaque-choc. Bien que les blocs qui collaborent avec Milei soient d’accord sur l’essentiel de l’attaque contre les travailleurs et sur la mise en œuvre nationale de la Loi Omnibus et du DNU, ils s’écharpent sur la portée de ces attaques et sur les secteurs capitalistes qui en bénéficieront le plus.

En termes de discours, certains collaborationnistes présentent ces négociations comme un « frein » contre Milei. D’autres, plus à droite, disent qu’il s’agit d’un moyen de lui donner des « outils pour gouverner », tout en fixant des limites raisonnables. Tout cela est de l’enfumage. Les « concessions » que feraient le pouvoir exécutif, et il reste à voir si elles seront suffisantes pour conclure l’accord ou s’il devra en faire davantage dans les prochains jours compte tenu de sa faiblesse parlementaire, n’affecteraient qu’une partie du programme libéral-facho de Milei, laissant intactes d’importantes parties de celui-ci. Si ses projets sont finalement adoptés, ils affecteront les travailleurs, les retraités, l’éducation, la santé et la culture.

De même, ces amendements n’empêcheraient pas le méga DNU de passer, laissant seulement au très réactionnaire pouvoir judiciaire le dernier mot pour trancher. Rappelons que le Congrès national a pourtant le pouvoir d’annuler le DNU s’il le rejette dans les deux chambres, mais qu’il n’y a aucune volonté politique de le faire. En outre, l’« opposition » collaborationniste discute de la possibilité de garantir au président une sorte de délégation de pouvoirs, faisant de lui un quasi-monarque pendant toute la durée de son mandat. Le DNU, le « Caputazo » et la Loi Omnibus forment un bloc commun d’attaques, qui constituent un plan de guerre contre les travailleurs et les classes moyennes.

La négociation en cours met toutefois en lumière l’une des contradictions de l’administration Milei. Si l’on fait abstraction des chiffres de la présidentielle, les 30% obtenus aux élections d’octobre en ont fait un gouvernement reposant sur une minorité au Parlement. C’est de cette faiblesse d’origine que découlent à la fois la tentative d’accord avec l’opposition collaborationniste - ce qui a contraint à laisser de côté une partie des articles de la Loi Omnibus - et la tentative bonapartiste de gouverner le plus possible en contournant le Congrès et en réprimant la contestation sociale. Cette tentative s’exprime aujourd’hui dans la demande de délégation de pouvoirs, dans le méga-DNU, dans le protocole répressif de Bullrich et dans la menace de continuer à publier d’autres décrets au cas où les lois proposées ne seraient pas adoptées, avec en toile de fond une tentative de trouver une issue à la longue crise argentine en façonnant davantage le pays dans l’intérêt des grandes entreprises.

Pour ceux d’en bas il y a une bonne nouvelle, sur laquelle nous reviendrons plus tard : les frictions relatives entre ceux d’en haut, et les difficultés à finaliser l’accord, contribuent à un climat politique de « dénouement ouvert » qui montre les faiblesses du gouvernement et renforce les possibilités de renverser ces plans réactionnaires par le biais des méthodes de la lutte des classes.

Ces prochains jours pourraient révéler un fait important dans cette conjuration des imbéciles : tous les parlementaires d’origine « radicale », qui ont parlé pendant des années de républicanisme, vont-ils finir par enterrer leurs bannières. Le vieux parti de Leandro N. Alem se rendra-t-il, pliera-t-il et se désagrégera-t-il ?

Mais ce n’est pas tout : dans les jours qui restent avant le traitement de cette loi clé au Congrès national, il sera important d’observer si le silence assourdissant de Cristina Kirchner et de Sergio Massa se poursuit. Dans le péronisme, il y a pour l’instant des leaders qui disent qu’ « il faut attendre ». Le fait est qu’entre-temps, les plans brutaux d’appauvrissement avancent. Nous reviendrons sur cette question plus loin.

Rêves d’été (capitalistes)

Parfois, la distance permet de réfléchir plus calmement, loin du vertige quotidien et des nouvelles qui se succèdent minute par minute. En Argentine, la réalité allait déjà à mille à l’heure, mais quelqu’un a trouvé un environnement favorable à la réflexion qui lui trottait dans la tête. Il se trouvait dans un luxueux hôtel cinq étoiles avec casino, restaurants et salles de réunion. Face à lui, derrière les grandes baies vitrées, il apercevait la plage de Punta del Este (ville d’Uruguay) où, malgré la crise profonde que traverse le pays voisin, la saison bat son plein. Dans ce contexte, Cristiano Rattazzi a dressé le bilan du premier mois du gouvernement de Javier Milei : « Quand les syndicats posent problème, ce que j’ai expliqué à l’équipe de Milei, c’est qu’il faudra gagner une bataille. Comme lorsque Margaret Thatcher a gagné contre les syndicats de mineurs, ce qui a pris presque un an, ou comme lorsque Ronald Reagan a gagné la bataille contre les contrôleurs aériens. »

L’ancien PDG de Fiat rumine encore l’amertume laissée par le gouvernement de Mauricio Macri. Admirateur de Carlos Menem et de Domingo Cavallo, il estime que le fondateur de PRO s’est empêtré dans les toiles d’araignée du gradualisme et n’a pas fait ce qu’il devait faire. Aujourd’hui, il est l’un des grands représentants du pouvoir économique qui s’enthousiasme pour Javier Milei et l’encourage à profiter de la popularité de son gouvernement pour aller jusqu’au bout. Le jeu, il le sait, se joue sur le terrain de la lutte des classes. Il n’y a pas de place pour les ballons jaunes ou pour une révolution de la joie. La crise, d’ailleurs, est désormais beaucoup plus grave.

Rattazzi répond aux désirs des grands patrons. Quelques jours après l’investiture officielle de Milei, l’Association des entreprises argentines (AEA) a publié un communiqué définissant le nouveau gouvernement comme « une opportunité historique ». Au bas du texte figuraient les noms du pouvoir économique le plus concentré : Techint, Clarín, Arcor, entre autres. C’est en partie ce qui explique le « consensus » que cherchent à trouver les blocs collaborationnistes au Congrès. Au-delà des mots, la politique capitaliste est ordonnée en fonction des intérêts centraux des grandes entreprises.

Lorsque Ratazzi prononce ces mots à Punta del Este, le protocole de Bullrich avait déjà été remis en cause le 20 décembre, les coups de poing avaient déjà eu lieu et les assemblées de quartier commençaient à se répandre. De plus, la grève nationale appelée par la CGT et le CTA pour le 24 janvier approchait à grands pas. La situation est encore loin d’être comparable à la grande lutte des mineurs britanniques ou à celle des contrôleurs aériens américains. Mais l’analogie, malgré ses limites, est utile. Elle indique qu’il y aura des résistances si l’on veut vraiment tout faire basculer en faveur des plus puissants. Mais elle permet surtout de voir qu’il y a des secteurs du grand capital prêts à une guerre totale et que, s’ils s’y préparent, nous devons en faire autant.

La comparaison avec les batailles fondamentales de la lutte des classes contre le néolibéralisme au Royaume-Uni et aux États-Unis n’est pas fantaisiste. Le président de La Libertad Avanza se vante souvent de ses succès dans la bataille culturelle pour les idées de liberté, mais la vérité est que le monde a été rempli, ces dernières années, d’exemples qui montrent que ce qui permet de gagner des élections ne fonctionne pas nécessairement une fois au pouvoir. C’est encore plus vrai lorsqu’il s’agit de récits populistes, qui articulent des intérêts électoraux qui se révèlent ensuite contradictoires à l’heure de la vérité. Dans le langage quotidien de la rue, cela commence à avoir une traduction plus simple face aux premières mesures du gouvernement : « En fin de compte, la caste c’est nous ». Bien que l’expérience en soit encore à ses débuts (à peine quarante jours après son entrée en fonction), la tendance générale de la situation est au choc entre les attentes de millions de personnes et le projet de Milei de redessiner le pays à travers un shock d’ajustement et de réformes structurelles.

Dans un livre très intéressant, Chavs. The demonisation of the working class, Owen Jones a étudié - il y a un peu plus de dix ans - comment, au Royaume-Uni, seul un grand triomphe capitaliste dans la lutte des classes contre les mineurs pouvait donner naissance non seulement à une économie néolibérale - qui a marqué le monde entier pendant des décennies - mais aussi ouvrir la voie et s’entrelacer avec son corrélat idéologique et culturel rongé par l’individualisme, les aspirations consuméristes et la perte des valeurs de solidarité. L’expérience « libertarienne » de Milei - admirateur de Thatcher et de Reagan – est confrontée seulement à la difficulté de se dérouler à un moment de crise du néolibéralisme, mais aussi au fait que ses principales batailles pour consolider son projet sont encore devant elle. Le ménémisme - également admiré par l’actuel président - n’a pu voir le jour que sur la base de la défaite des grandes luttes ouvrières contre la privatisation au début des années 1990. Rattazzi a raison. Milei n’a encore rien gagné, si ce n’est une élection. Ce n’est pas rien. Mais l’issue reste ouverte et l’histoire s’écrit au présent.

De Punta del Este à Davos

Mercredi, Milei semblait un peu nerveux avant de prendre la parole devant les dirigeants réunis à Davos. Mais après 23 minutes, pendant lesquelles il n’a pratiquement pas levé les yeux de son pupitre, lisant mot pour mot son discours, il est reparti avec la satisfaction d’avoir dit ce qu’il voulait dire. Presque immédiatement, les éloges ont commencé à pleuvoir, notamment de la part du méga-milliardaire Elon Musk. Milei s’est aussitôt auto-célébré sur X (ex Twitter), tout comme le vice-président Manuel Adorni ou le député de La Libertad Avanza, Alberto Benegas Lynch (h).

C’est vrai : plus d’un secteur du pouvoir économique a apprécié ce qu’il a dit au Forum de Davos (Suisse), où l’élite économique mondiale et les dirigeants politiques influents du monde entier se rencontrent chaque année. Toutefois, d’autres opinions, assez répandues, ont été exprimées. « Stupéfaction et étonnement », « délire absolu », « bizarre » ou « réprimande contre les dirigeants » sont quelques-uns des titres que l’on pouvait lire dans de nombreux journaux du monde entier.

Les attentes et la curiosité à l’égard de Milei se sont transformées en stupéfaction en entendant des déclarations dirigées contre de nombreuses personnes présentes, telles que « l’Occident est en danger parce que ceux qui sont censés défendre les valeurs occidentales sont cooptés par une vision du monde qui mène inexorablement au socialisme ». Cette affirmation absurde se heurte à la réalité : c’est sous le capitalisme actuel que les cinq hommes les plus riches du monde ont doublé leur fortune en trois ans, tandis que cinq milliards de personnes se sont appauvries.

La méfiance du grand capital n’est pas seulement liée aux diatribes de Milei contre ce qu’il appelle le « socialisme ». En arrière-plan, des doutes émergent quant à la viabilité du projet de La Libertad Avanza et de ses aspirations messianiques et refondatrices pour l’Argentine selon les lignes directrices qui découlent de son apologie du capitalisme de libre entreprise et en faveur de la « liberté » du marché. Les déclarations démagogiques conviennent peut-être à Tik Tok, mais les dirigeants capitalistes les plus conscients savent que « c’est plus complexe » et que le monde d’aujourd’hui traverse de multiples crises résultant de l’échec de différents projets, dont le néolibéralisme.

Des plages de Punta del Este aux discours en Suisse, nous devons réinvestir l’un des champs de bataille en Argentine : la rue.

La CGT et la grève nationale

Il est resté muet pendant presque tout le premier mois de l’administration Milei. Mais ce jour-là, il est venu les rencontrer. Il est réapparu pour leur dire que la grève convoquée pour le 24 janvier était une mesure « hâtive ». La modération de M. Massa n’a pas surpris Héctor Daer, Pablo Moyano (dirigeants de la CGT, NdT) ni les autres personnes présentes lors de cette rencontre. Ce commentaire de Massa coïncide avec la politique de silence de Cristina Kirchner. La vice-présidente sortante a choisi de ne pas critiquer la politique d’ajustement féroce de Milei. Pariant sur l’usure politique due à cette politique et à la crise, elle semble se tourner vers le lointain scénario électoral de 2027. Une « stratégie » électorale à long terme qui facilite, d’ici là, l’avancée des mesures de Milei.

L’offensive brutale de Milei a réussi le miracle de faire sortir la CGT d’une passivité sidérante. Malgré l’appauvrissement et l’inflation croissante, la centrale syndicale a été un soutien constant de l’administration dirigée par Alberto Fernández et Cristina Kirchner elle-même ces dernières années. Aujourd’hui, à l’ère de la présidence Milei, elle a demandé une place à la table des négociations. Elle ne l’a pas obtenue. Les promesses faites lors des tractations secrètes avec le ministre de l’Intérieur Guillermo Francos ont été rejetées par le pouvoir exécutif. Cependant, la stratégie de la CGT n’est pas entièrement opposée à la demande de Massa. Ce qui pourrait être une mesure énergique contre l’ajustement violent proposé par Milei et les grands patrons est limité par les directions bureaucratiques elles-mêmes.

En premier lieu, par la décision de garantir le fonctionnement quasi normal des transports, une mesure qui limite la participation de millions de personnes, tant à la grève qu’à la mobilisation convoquée au Congrès. Dans une telle situation, non seulement les travailleurs des transports eux-mêmes ne peuvent pratiquement pas s’arrêter, mais les travailleurs sans couverture syndicale ou ceux du secteur informel ne le peuvent pas non plus. La stratégie des directions syndicales mise sur une mobilisation de masse « fonctionnelle » pour l’ouverture de négociations, mais pas sur une paralysie totale du pays qui montrerait le pouvoir social de la classe ouvrière. La bureaucratie travaille pour cet objectif, avec l’ensemble du péronisme. A partir de cette action, elle s’engage à ouvrir des voies de dialogue avec le gouvernement.

Si la CGT voulait garantir la pleine force de la grève, elle devrait élaborer un plan spécifique qui ne maintiendrait que les transports vers et depuis le rassemblement. Cette proposition a été faite par des secteurs militants des travailleurs du transport et par des dirigeants et des responsables du Frente de Izquierda (Front de Gauche).

Il est très probable que, malgré tout, la journée du 24 janvier soit une manifestation importante du mécontentement ouvrier et populaire face aux attaques de Milei. Il faut profiter des jours qui restent pour renforcer la mobilisation à partir de chaque lieu de travail et de chaque quartier, en la prenant en main par le bas, sans aucune confiance dans la bureaucratie syndicale. Cependant, la dureté de l’État et des grandes entreprises - telle que celle présentée par l’industriel de l’automobile Ratazzi - nous oblige à proposer une autre perspective, plus élevée. Faire de la grève et de la mobilisation de mercredi prochain la première étape d’une lutte générale visant à mettre en échec tout le plan de Milei et des grands patrons, en commençant par discuter dès maintenant de la continuité de la lutte, en proposant d’appeler à une grève et à une mobilisation vers le Congrès national, avec des piquets, le jour où la loi sera votée à la Chambre des députés.

Affronter et vaincre les mesures d’austérité de Milei : la voie de la grève générale

Les 40 jours du gouvernement de Milei n’ont pas seulement montré un ajustement économique féroce. Ils ont également montré le début d’une résistance exprimée par des mobilisations, des assemblées populaires et des actions menées par différents secteurs. Une résistance dont le secteur culturel est l’un des principaux protagonistes. La grève de la CGT et du CTA, même avec ses limites, s’inscrit dans ce scénario de rejet naissant des mesures de Milei.

La gauche défend le développement d’une perspective qui mettrait en mouvement toutes les forces de la classe ouvrière, des pauvres et des classes moyennes affectées. Cette perspective est capable de réveiller l’activité de centaines de milliers ou de millions de personnes désireuses de lutter pour la défaite totale d’un projet réactionnaire et régressif tel que celui mené par Milei, le FMI et l’élite économique.

Pour avancer dans cette direction, il est essentiel de promouvoir activement l’auto-organisation dans chaque quartier, sur chaque lieu de travail, dans chaque lieu d’étude. Il est nécessaire de développer la coordination et l’unité entre les différents secteurs, en surmontant les divisions corporatistes imposées par le contexte et, dans de nombreux cas, également imposées par les dirigeants politiques et syndicaux.

Un plan d’austérité aussi sauvage ne peut être affronté et renversé que par une grève générale qui se poursuivra jusqu’à ce que l’offensive de Milei soit vaincue. Cette ligne de conduite implique de paralyser l’activité économique du pays, de frapper le pouvoir capitaliste et le gouvernement lui-même. Mettre en scène la force sociale de la classe ouvrière. La force des grands secteurs industriels, capables de paralyser la production de biens dans différentes parties du pays. La force de la classe ouvrière dans les services tels que l’électricité, le gaz et l’eau. Celle des travailleurs des transports, qui peuvent perturber toute la circulation de l’économie. Permettre le développement de la mobilisation de la jeunesse militante, du mouvement des femmes et des organisations de défense des droits de l’homme.

Cependant, pour déployer cet énorme pouvoir, la classe ouvrière doit être organisée. Elle doit avoir ses propres centres d’organisation qui, fonctionnant démocratiquement, garantissent la continuité de la grève sans qu’elle se retourne contre la lutte. C’est dans ces organisations démocratiques, qui peuvent être créées dans chaque entreprise, lieu de travail ou quartier, que seront discuté comment et combien les travailleurs des transports doivent travailler pour ne pas nuire à la classe ouvrière elle-même. Comment et combien il faut produire pour garantir les produits de première nécessité et les soins médicaux aux grévistes.

Les expériences passées montrent qu’une telle perspective est possible et que, lorsqu’elle est réalisée, elle défie non seulement les plans des capitalistes, mais ouvre également un nouveau questionnement, celui du pouvoir politique. C’est pourquoi la classe ouvrière, dans son opposition à ce projet radical de refonte du pays en faveur des puissants, doit déployer sa force de frappe mais aussi un programme pour un ordre nouveau, différent de l’histoire des échecs successifs des gouvernements qui nous ont conduits là où nous sommes. Une perspective qui commence par les revendications minimales et élémentaires face à la crise, comme la défense des revenus populaires et de l’emploi face aux attaques, parmi tant d’autres ; qui se poursuit par des mesures fondamentales comme le non-paiement de la dette aux spéculateurs et la rupture avec le FMI, la nationalisation des banques, du commerce extérieur et des leviers stratégiques de l’économie du pays sous le contrôle des travailleurs ; et qui culmine avec la perspective d’un nouvel ordre, un nouvel ordre qui n’est pas seulement le résultat de la crise, mais aussi le résultat de la lutte contre les puissants ; et qui culmine avec la perspective d’un gouvernement ouvrier de transition vers le socialisme, dans lequel les moyens de production ne sont pas la propriété privée pour le profit de quelques-uns et la pauvreté et l’exploitation de millions, mais sont en fonction d’un plan démocratiquement discuté d’en bas pour la satisfaction des besoins sociaux, en harmonie avec la nature.

Dans un monde marqué par la « polycrise » - instabilité économique, crise climatique, rivalité et confrontation entre les puissances - qui donne également lieu à des phénomènes aberrants tels que le populisme de droite, le discours absurde de Milei à Davos ouvre la porte à un débat nécessaire et urgent sur le fait que le seul avenir possible pour l’humanité ne viendra ni du capitalisme de libre entreprise, ni d’un renforcement de la régulation étatique - qui ont tous deux déjà échoué - mais d’une perspective de socialisme révolutionnaire par le bas, afin d’éviter la catastrophe et d’ouvrir la voie à une société sans exploitation ni oppression.


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