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Politique

Contre la vie chère et l'autoritarisme sanitaire

La mobilisation s’étend en Martinique : les blocages se multiplient après trois jours

Ce mercredi soir, les blocages continuaient de se multiplier en Martinique, impactant fortement l’activité sur l’île. Le mouvement en Guadeloupe fait tâche d’huile, et l’extension et la liaison entre les deux mouvements est centrale pour augmenter le rapport de forces.

jeudi 25 novembre

Crédits photo : Loïc Venance - AFP

Après trois jours, la mobilisation continue en Martinique

Ce lundi, une première journée de grève générale commençait en Martinique à l’appel de vingt organisations syndicales de différents secteurs. Parmi les revendications du mouvement la fin de l’obligation vaccinale et de la suspension des salaires, mais également la lutte contre la vie chère, avec l’augmentation des salaires et des minima sociaux pour faire face, notamment, à la hausse des prix du carburant et du gaz.

Dans ce cadre, dès lundi, plusieurs zones d’activité étaient bloquées telles que celles de Fort-de-France et du Lamentin. Les secteurs de la santé, de l’éducation mais aussi des transports en communs et des taxis étaient particulièrement touchés. De nombreux barrages avaient été mis en place, bloquant très fortement le trafic sur l’île. Le mouvement s’est poursuivi mardi, comme le notait France Info : « La mobilisation de ce mardi 23 novembre 2021 et ses barrages perturbent fortement les activités. De nombreuses entreprises situées dans les zones industrielles n’ont pas pu lever le rideau. Les quelques rares enseignes ouvertes n’avaient guère de clients. » notait ainsi France Info. Dans la nuit de mardi à mercredi, des affrontements ont également eu lieu pour la deuxième nuit consécutive faisant, d’après l’Etat, plusieurs blessés parmi les forces de répression.

Mardi soir, l’intersyndicale annonçait que « compte-tenu de la situation et de l’intrusion de personnes qui ne sont pas de l’intersyndicale à proximité des barrages, il est décidé de lever les barrages dès mardi soir et de réunir nos membres mercredi à 4 heures au stade de Dillon à Fort-de-France ». Le dirigeant syndical précisait : « Nous avons décidé qu’il valait mieux lever les barrages. Que la situation revienne à la normale et qu’elle ne dégénère pas ». Une décision que le préfet Stanislas Cazelles avait évidemment très bien accueilli, saluant sur le plateau de Martinique 1ère « la nouvelle et l’esprit de responsabilité de l’intersyndicale ».

Finalement, l’appel n’a pas été suivi d’effet. Les blocages se sont maintenus, et l’AG tenue au stade Dillon mercredi matin a conduit à un renforcement et une démultiplication de ceux-ci. « Dès les premières heures de la matinée, de nouvelles obstructions ont été mises en place dans plusieurs communes de l’île en sus de celles du début de la semaine. C’est le cas dans le sud, au Marin, au niveau du rond-point de l’avenue Camille Darsière, à l’entrée du bourg. » notait ainsi France Info hier. Mercredi soir, la situation était marquée par une multiplication des barrages sur les principaux axes routiers d’après l’AFP.

Face au mouvement, les autorités veulent ramener l’intersyndicale sur le terrain du dialogue social. Une rencontre devrait ainsi avoir lieu jeudi matin avec le Préfet et le président du conseil exécutif de la CTM. Un choix de l’intersyndicale très problématique, alors que l’heure doit être à la construction et à l’extension du mouvement.

Un produit du mouvement en cours en Guadeloupe

Par ses revendications et ses méthodes de lutte, la mobilisation en Martinique apparaît comme une continuité directe du mouvement en cours en Guadeloupe depuis lundi 15 novembre. Et pour cause, la situation dans les deux îles est très semble. Dans les deux cas, si le mouvement est parti de revendications sanitaires, il exprime une colère plus profonde face à une situation sanitaire et sociale catastrophique. Ainsi, selon Franceinfo, les produits alimentaires, l’alcool et les télécommunications sont 38% plus chers en Martinique qu’en métropole et le taux de pauvreté est de près de 30% selon l’Insee.

À cette situation économique terrible s’ajoute la gestion catastrophique de la crise sanitaire par le gouvernement français : en juillet, alors que la métropole était déconfinée, la Martinique se voyait imposer un nouveau confinement et la Guadeloupe un couvre-feu de 21h à 5h. Dans des territoires où les hôpitaux sont dans un état particulièrement critique, cette situation révélait les conséquences de la domination de l’Etat français sur le territoire.

Si le mouvement semble ainsi continuer à s’étendre en Martinique, d’autres territoires dits « d’Outre-mer » pourraient également entrer dans la danse. Selon France Info une mobilisation des transporteurs en Guyane contre la hausse des prix du carburant bloquait mercredi un important carrefour à l’entrée de Cayenne. En Polynésie, une grève générale a été lancée depuis mercredi suite à l’échec de négociations entre les syndicats et les autorités.

L’extension de la mobilisation partie de Guadeloupe et le renforcement de cette dernière par la solidarité [entre les différentes populations de ces territoires colonisés constitue un cauchemar pour l’État français. C’est dans ce sens qu’il faut continuer à pousser, en refusant toute logique de dialogue social cherchant à canaliser la colère sur le terrain institutionnel. Dans le même temps, la solidarité et la mobilisation de la gauche et du mouvement ouvrier en France métropolitaine est essentielle. En Guadeloupe et en Martinique, les travailleurs et travailleuses en lutte montrent la voie, et il faut être solidaire mais aussi s’appuyer sur leur mobilisation pour construire un grand mouvement d’ensemble pour un plan sanitaire à la hauteur, qui inclue la vaccination comme un élément important, et pour refuser de payer la crise économique et sociale dans un contexte de hausse des prix et de bas salaires.




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