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Politique

Opération séduction répression

La police va jusqu’à démarcher les jeunes dans la rue

La police se lance dans une grande opération séduction, principalement destinée aux jeunes, avec l'objectif de recruter largement. Une démarche qui n'a d'autre but que de tenter de redorer l'image des forces de l'ordre, engagées depuis six mois dans une répression extrêmement violente du mouvement des Gilets Jaunes.

vendredi 17 mai

Les forces de l’ordre semblent ne jamais pouvoir être à court de moyens quand il s’agit d’augmenter les effectifs. Alors que le nombre de policiers en France doit revenir à son niveau de 2007, avant les réductions d’effectifs décidées sous le mandat de Nicolas Sarkozy, ce sont 7.500 postes qui vont être créés d’ici 2022. Le tout dans un contexte de nombreux départs à la retraite. Depuis 2012, François Hollande puis Emmanuel Macron ont en effet décidé de renouveler le contingent de policiers.

En quête de candidats au concours de recrutement, la police s’est donc lancée cette semaine dans une large opération de séduction à destination des jeunes. Cette semaine, c’est à Paris, place de la République, que tout a commencé. D’ici le 29 mai, ce sont au total quatorze villes partout en France qui seront concernées par ces « rencontres » entre les policiers et les potentielles futures recrues. Un calendrier qui est loin d’être anodin puisqu’il correspond à la période d’inscription pour le concours de « gardien de la paix ».

Dans les faits, les participants pourront s’immerger dans le quotidien de différents secteurs de la police pour découvrir les différentes facettes du métier. Le tout grâce notamment à des vidéos 3D projetées à l’intérieur d’une structure dédiée, qui s’apprête donc à faire le tour de France. Il y a toutefois fort à parier que les vidéos proposeront plutôt de se mettre dans la peau d’un agent de circulation que d’un C.R.S aux abords d’une manifestation de Gilets Jaunes ces derniers mois.

Car ce vaste coup de com’ s’inscrit dans le contexte d’une répression sans précédent exercée par les forces de l’ordre. Cela fait désormais six mois tout pile que le mouvement des Gilets Jaunes a débuté. Six mois que des dizaines de milliers de personnes défilent chaque samedi pour crier leur colère contre l’ensemble des politiques ultralibérales et anti-sociales d’Emmanuel Macron. Vingt-sept semaines que les forces de l’ordre n’ont de cesse de renforcer la répression envers ce mouvement, aboutissant à plusieurs dizaines de blessés graves, que ce soit du fait des LBD-40 ou des grenades de désencerclement GLI-F4.

Un mouvement qui a fortement mis à mal l’image de l’institution policière qui apparaît réellement pour ce qu’elle est, un organe répressif au service des dominants et de leur gouvernement, pour réprimer les grèves, les révoltes et mener une tactique d’harcèlement dans les quartiers populaires. Une image qu’elle souhaite sans conteste redorer, ce qui passe par ce type d’opérations, qui permet de mettre en scène de façon complètement idéaliste les missions confiées aux policiers. D’autant que c’est chez les jeunes, et plus particulièrement les 18-24 ans, que la police bénéficie de la perception la moins favorable. C’est pourtant dans cette même tranche d’âge qu’elle doit aujourd’hui tenter de recruter largement pour répondre aux objectifs gouvernementaux. Une tranche d’âge qui est aussi la plus exposée au chômage et pour laquelle, le gouvernement n’a qu’une seule réponse : deviens flic ou militaire !

Une volonté de créer 7.500 postes de fonctionnaires uniquement dans un but répressif qui interpelle, au moment où de nombreux secteurs du service public sont laissés à l’abandon. On sait Macron très porté budgétairement sur l’armée et le renouvellement de stocks de grenades pour la police. Pendant ce temps les suppressions de postes s’accumulent dans la santé ou encore l’éducation, où la réforme Blanquer – rejetée par une large partie des enseignants – va encore faire chuter la qualité de l’enseignement public et créer de graves disparités, fondées sur des inégalités géographiques, sociales, mais surtout économiques. Les conditions de travail dans ces différents secteurs, où l’Etat refuse d’investir le moindre budget, s’aggravent de manière dramatique. Mais que les hospitaliers et les professeurs se rassurent, quand ils descendront dans la rue pour crier leur colère face à cette situation, le maintien de l’ordre sera parfaitement assuré par des effectifs tout fraîchement renouvelés.




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