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Grève à la SNCF

Les aiguilleurs du Bourget en grève : « Si on s’arrête de travailler, les trains ne roulent pas »

Face à l’inflation et la casse des transports les aiguilleurs SNCF du triage du Bourget, dans le secteur de Paris Nord, se sont mis massivement en grève reconductible sur les heures de pointe pour réclamer de meilleurs salaires et conditions de travail. Laura et Anasse Kazib, cheminots et syndicalistes à SUD-Rail, ont répondu à nos questions.

Noah Rapa

7 décembre 2022

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« Les salaires des agents SNCF sont gelés depuis 8 ans »

« Il y a un ras le bol général qui s’exprime chez les cheminots » introduit Anasse. Alors que la fuite en avant des prix des produits de première de première nécessité et des factures n’en finit plus et que les conditions de travail des aiguilleurs du Bourget (qui travaillent en horaires décalés, weekend et jours fériés) continuent de se détériorer, les travailleurs et les travailleuses du triage du Bourget ont décidé de se mettre en en grève pour réclamer de meilleurs salaires et conditions de travail.

Ce n’est pas une première pour le secteur cette année. Celui-ci avait déjà menacé de se mobiliser en mai dernier dans le cadre d’un appel à la grève nationale convoqué par une intersyndicale Sud-Rail, Unsa ferroviaire et CFDT Cheminots. La direction de la SNCF, avant même le premier jour de grève, avait alors décidé de lâcher 1000 euros de prime.

Ces dernières semaines, la colère est redevenue vivace, et alors que de nouvelles journées de grève se préparent échelle nationale dans le secteur de l’aiguillage pour les derniers weekends de décembre, les cheminots du Bourget ont décidé de relever la tête. « Dans notre liste de revendications, on demande une prime « pouvoir d’achat » de 2000 euros, une indemnité journalière de 15 euros pour les agents de la circulation, qui sont les seuls à ne pas avoir de prime métier par rapport aux autres secteurs de la SNCF, et des lignes de réserve supplémentaire pour palier au sous-effectif. » raconte Laura. A cela s’ajoutent d’autre primes ponctuelles et surtout la revendication d’une augmentation générale des salaires de 400 euros et de leur indexation sur l’inflation. Des mots d’ordre qui font écho aux grèves en cours dans d’autres secteurs du monde du travail comme à Sanofi, mais aussi au sein même de la SNCF, comme celle des contrôleurs, organisée par la base et qui a su paralyser le réseau voyageur, ou encore à la maintenance RATP, en grève depuis le 18 octobre dernier.

« La grève continue et on voit la pagaille s’installer »

Pour arracher ces revendications, beaucoup de cheminots ont compris que le rapport de force par la grève était central. La grève des raffineurs a motivé et inspiré largement dans cette voie.

Depuis près de deux semaines, les aiguilleurs ont décidé de faire 59 minutes de grève chaque jour, sur les heures de pointe. « Un des points positifs de cette modalité de grève c’est que les aiguilleurs voient en direct l’impact de leur grève. Ne serait-ce que pour commencer notre heure de grève, il y a une multitude de procédures qu’on doit faire pour assurer en toute sécurité la cessation de notre service. Ensuite, quand on reprend le travail, on voit les retards de train qui s’accumulent et même parfois des supressions avec un énorme impact. Dernièrement, ce sont les travaux du Grand Paris qui ont été impactés ! On sait également que notre grève a des conséquences dans d’autres régions, où le transport des marchandises est fortement impacté en raison des retards et suppressions des trains suite à notre mouvement. Cela rend visible pour tous les collègues le fait que la SNCF tourne grâce à notre travail ! » raconte Anasse.

Pour l’heure, la direction joue la montre en espérant que le mouvement s’essouffle avant les vacances de Noël. « Au début, on nous a dit que notre grève n’allait avoir aucun impact. Mais la direction a été forcée de se rendre à l’évidence sur le fait que lorsqu’on fait grève, cela a des conséquences. maintenant ils ont changé de discours et essayent de se dédouaner de leur responsabilité en expliquant aux grévistes qu’ils n’auraient aucun pouvoir pour faire advenir nos revendications, et que seule la direction nationale aurait ce pouvoir. Ce qui est évidemment faux au regard de ce qu’on demande sur notre secteur, les collègues et la direction le savent » nous raconte Laura.

Et la cheminote d’insister « la direction pense qu’on va s’essouffler, mais on est prêt à continuer encore, d’autant plus que chaque travailleur participe à la construction de cette grève ». En effet, si SUD-Rail a déposé un préavis de grève, c’est bien les cheminots eux-mêmes qui ont pris part à la construction de ce mouvement : « c’est tous ensemble que nous avons décidé des revendications par exemple, nous avons fait de nombreuses tournées pour aller voir les collègues, discuter, voir les problématiques et faire une liste de revendications. Ensuite, nous avons consulté tous les agents, tout le monde a pu se prononcer sur les revendications et les modalités de la grève. Donc cette grève elle vient d’en bas, même si nous en tant que militants nous avons mis notre outil syndical à disposition des cheminots, ce sont les cheminots qui décident. La grève appartient aux grévistes. La direction fait semblant de ne pas comprendre, mais la détermination est grande et elle va devoir nous recevoir tôt ou tard,
et nous irons avec une délégation des grévistes, syndiqués et non syndiqués ».
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Anasse Kazib d’ajouter : « La grève donne des idées pour les aiguilleurs des autres secteurs et risque de faire tache d’huile si la direction s’entête à jouer le pourrissement. Rien que sur la région de Paris Nord (qui comprend les postes d’aiguillage de la gare du Nord à l’Oise) les aiguilleurs qui sont sur la ligne du RER B, RER D et transilien ligne H et K regardent avec attention notre grève et beaucoup nous sollicitent pour voir comment faire pour la rejoindre. ». De quoi faire écho au combat d’autres secteurs de l’entreprise du ferroviaire, notamment la grève des contrôleurs et la formation d’un collectif national de plus de 3000 contrôleurs nées d’une auto-organisation à la base.

Contre la réforme des retraites et pour des augmentations de salaires pérennes, il nous faut un plan de bataille »

« On regarde attentivement ce qui se passe aussi à la RATP, où de nombreux agents de la maintenance ont entamé un bras de fer qui se durcit au fil des semaines. Si on se coordonne, le poids de nos grèves prend une autre dimension. » ajoute Laura. « Il est hors de question pour nous de nous cantonner uniquement à notre secteur d’activité. On veut donner envie aux autres de nous rejoindre, de se battre ensemble. Il faut se coordonner avec les autres secteurs de la SNCF, pour commencer, mais pas seulement, pour un meilleur rapport de force. » poursuit la cheminote.

Alors que la direction de la SNCF continue de proposer « des miettes », quand bien même les salaires sont gelés à la SNCF depuis 8 ans, ce qu’il faudrait « ce sont des réelles augmentations de salaires, et surtout pérennes, d’un minimum de 400 euros net par mois pour tous et toutes. On n’a pas envie que la prochaine lutte soit uniquement et à chaque fois pour rattraper l’inflation. C’est pour ça que l’indexation des salaires sur l’augmentation des prix est importante à revendiquer. C’est à dire que lorsque les prix augmentent, nos salaires doivent suivre ! Ce n’est pas à nous de payer cette crise. » abonde Anasse.

Un combat qu’il faudra lier à celui contre la réforme des retraites pour le cheminot. Sur ce terrain, il se fait critique de la politique des directions syndicales. « On l’a tous vu, le dialogue social, ça ne marche jamais. Dès à présent, il faudrait travailler à la construction d’un mouvement capable de fédérer le plus largement possible, autour d’une plan de bataille qui, d’une part, porte la revendication du retrait total de la réforme des retraites, mais qui pose aussi la nécessité de combiner cette bataille la question de l’augmentation des salaires et de leur indexation sur l’inflation. Allier ces revendications à un véritable plan de bataille pour construire une grève reconductible, et non pas des journées de grève isolées, ne peut que donner plus de force à la mobilisation, et donner surtout envie de se battre. C’est la meilleure manière de leur montrer que nous ne paierons pas leur crise. » conclue le cheminot.


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