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Politique

Annonces de Castaner

Les syndicats de police font pression pour continuer les interpellations violentes

Christophe Castaner a annoncé un certain nombre de changements dans la police, notamment en termes de méthodes d'interpellation. Ces déclarations, assez maigres et peu engageantes, ont pourtant fortement déplu aux syndicats de police, qui exigent de pouvoir continuer à interpeller violemment en toute impunité.

mardi 9 juin

 Crédits photo : Le Parisien/Olivier Boitet 

Ce lundi, Christophe Castaner a annoncé plusieurs changements au sein de la police. Dans un contexte explosif sur la question des violences policières racistes à l’échelle internationale et en en France, le ministre de l’intérieur a été forcé de prendre la parole, annonçant quelques mesures pour tenter de répondre à la colère de la forte mobilisation populaire. Au centre des mesures annoncées, l’ « interdiction » de la méthode d’interpellation de la clé d’étranglement. Aux cotés de cette soi-disant interdiction, dont on peut douter qu’elle sera appliquée dans la réalité, la promesse d’une réforme de l’IGPN, l’obligation de porter bien visible son numéro de matricule RIO pour chaque policier, ainsi qu’un renforcement de la surveillance vidéo lors des interpellations ou contrôles policiers.

Ces mesures sont minimes, ne comportent garantie quant à leur application réelle, et ne comportent même pas l’interdiction du plaquage ventral, qui est pourtant celle qui a tué Adama Traoré, Mohamed Gabsi ou encore Cédric Chouviat. De plus, certaines mesures ne sont pas vraiment des nouveautés : le port du numéro de matricule RIO était déjà obligatoire ; et les policiers étaient déjà équipés de « caméras piéton ». De plus, de manière générale, dans l’institution policière, ceux qui transgressent les règlements restent très souvent impunis ; et aucune confiance ne peut être accordée à ce gouvernement pour mettre fin à ces pratiques.

L’objectif du gouvernement, avec ces déclarations assez minimes, est avant tout de donner à voir un visage soucieux d’adresser le problème du racisme et des violences ; et ainsi apaiser la mobilisation populaire massive de ces derniers jours. Mais ces mesures semblent être déjà beaucoup plus que ce que les syndicats policiers ne peuvent supporter. En réaction aux annonces de Castaner, les déclarations de responsables de syndicats de police se sont multipliées.

La plupart s’inquiètent de la disparation de la clé d’étranglement, qu’ils semblent considérer comme la meilleure méthode – en dépit des morts que celle-ci a pu causer. LCI relate quelques-unes de ces déclarations policières. « Yves Lefebvre, secrétaire général du syndicat Unité SGP Police, décrivant cette technique comme "efficace et malgré tout protectrice de l’individu intercepté", fait part dans les colonnes de Libération de la même perplexité. "Demain, comment va-t-on faire pour interpeller une personne qui prend la fuite, refuse d’être maîtrisée et menottée ?" »

Même discours chez Alliance Police, toujours relaté par LCI : « "Dès lors qu’elle est faite dans un court instant, [la clé d’étranglement] c’est la seule technique qui permette aux agents de maîtriser un individu dont le poids est supérieur", observe [Frédéric Lagache, délégué national du syndicat des gardiens de la paix, Alliance] . "Sinon, on en sera réduit au combat de rue ou à l’utilisation du taser", ajoute-t-il ».

Selon FranceInfo, Yves Lefebvre de Unité SGP Police « aurait souhaité "que Christophe Castaner réaffirme que l’immense majorité des policiers ne sont pas racistes et sont républicains. (...) J’ai l’impression qu’on se sert de nous comme une variable face à l’opinion publique." "Il y a les annonces politiques et le réalité du terrain. On dirait que l’on vit dans un monde de Bisounours, où tout le monde est gentil, sauf les policiers qui sont méchants", a raillé de son côté le secrétaire général de l’Unsa-Police, Philippe Capon ».

Pour tenter de rassurer ses troupes, Christophe Castaner aurait prévu rencontrer les syndicats de police le jeudi 11 juin. Selon les informations du Parisien, le ministère de l’Intérieur va en échange « généraliser la dotation du pistolet à impulsion électrique » – autrement dit, du Taser – et l’annoncera lors de cette rencontre. Les déclarations du secrétaire général du syndicat Unité SGP Police semblent déjà préparer la voie à ce que ces nouvelles règles ne soient pas respectées : « il faudra des mois, voire des années avant que tout le monde y soit formé ».

Le pistolet à impulsion électrique est par ailleurs une arme également très dangereuse et possiblement létale : en 2017, Reuters révélait après une enquête de grande ampleur que les pistolets de la marque Taser étaient à l’origine de plus d’un millier de morts au cours des dernières décennies aux États-Unis. Au-delà de cette probable annonce, ce qui est certain, c’est que le gouvernement, s’il marche sur une ligne de crête car il est fragilisé de tous les côtés, finira toujours en dernière instance par protéger sa police et perpétuer ce système.

Les « syndicats » de police jouent ici leur rôle à plein : celui de groupe de pression, de « lobby » de la répression. Le syndicat Alternative Police CFDT va même jusqu’à menacer de se mobiliser encore davantage qu’en 2016, où de nombreux policiers avaient manifesté, de nuit et en portant leur arme de service pour certains. FranceInfo relate un extrait d’un communiqué du syndicat : « "La révolte policière est sur le point d’éclater comme elle n’a jamais éclatée en France depuis 2001. Les événements de 2016 sont de la rigolade par rapport aux différents retours que nous avons du terrain", prévient le syndicat, qui appelle tous les syndicats policiers "à une concertation en vue d’une mobilisation massive" ».

Les policiers, via leurs groupes de pression, cherchent à préserver leur impunité et leur permis de violenter, allant parfois jusqu’à tuer, ceux qu’ils considèrent comme suspects. Cette situation dévoile un peu plus le rôle réel de la police : réprimer, dans la violence s’il le faut, tous ceux et celles qui contreviennent à l’ordre établi. Pour l’appareil répressif d’État, contrevenir à la loi mérite de risquer la mort – surtout pour les personnes racisées.




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