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Politique

Le gouvernement sous pression

Les belles paroles de Castaner pour canaliser la colère contre l’institution policière

C’est sous une importante pression que le gouvernement a dû réagir aux mobilisations massives contre le racisme d’Etat et les violences policières. Mis en pression par Macron à la défensive sur la question, Christophe Castaner a dû répondre au discrédit grandissant de l’institution policière. Des déclarations qui, au-delà de leur maigre contenu, sonnent comme des belles paroles qui n’engagent que ceux qui les croient. Pas de surprises pour le maitre d’œuvres de la répression des Gilets jaunes et de l’accentuation de la répression pendant le confinement.

lundi 8 juin

Ce lundi, Christophe Castaner tenait une conférence de presse en direct sur « la question du racisme et de la mise en cause des forces de l’ordre ». Dans un contexte explosif sur ces questions à l’échelle internationale, et en particulier en France, le ministre de l’intérieur – pressé par Emmanuel Macron - a dû prendre la parole ainsi que des premières mesures, pour tenter de répondre à la colère de la forte mobilisation populaire.

La mort de Georges Floyd a réveillé une immense colère populaire contre les violences racistes commises par la police avec des manifestations massives rapidement étendues à l’ensemble des États-Unis et dans le monde entier.

En France, cette colère populaire face aux images de la mort de Floyd a rencontré une tension déjà très forte autour des violences policières, et du racisme de la police. Après une période de confinement qui a mis en lumière ce type de violences dans les quartiers, et l’impunité dont jouissent les forces de l’ordre, la polémique suite aux déclarations de Camélia Jordana avait propulsé cette question sur le devant de l’espace médiatique. Avec le dé confinement, on a vu comment la nouvelle conscience et colère sur ces questions se sont regroupées dans la rue, montrant un terrain explosif, avec plus de 40 000 personnes présentes au rassemblement appelé par le Comité Justice et Vérité pour Adama (et interdit par la préfecture) mardi dernier.

Dans un tel contexte, le gouvernement - sous pression de l’immense mobilisation populaire et des multiples images, messages, audios, vidéos de messages, insultes, ou actes racistes de la part des « forces de l’ordre » - se trouve obligé de réagir. Très en difficulté, Emmanuel Macron a pressé son Ministre de l’intérieur pour qu’il fasse ses « propositions pour améliorer la déontologie des forces de l’ordre ». On voit ainsi une tension au sein même de l’Exécutif pour calmer au plus vite la situation.

Une tension à laquelle répond l’organisation d’une conférence de presse ce lundi après-midi sur ces questions, dans laquelle Christophe Castaner s’est exprimé. Une allocution importante qui, en annonçant les premières mesures qu’il comptait prendre, tentait de réunifier « le peuple français » dans son discours, sur fond d’insistance sur la différence radicale entre les États-Unis et la France et, bien sur, de défense passionnée de la police et de la gendarmerie.

Au centre des mesures annoncées, la dite interdiction de la méthode d’interpellation « dite de l’étranglement », complétée de remarques pratiques : « Par ailleurs, si un policier ou un gendarme doit maintenir quelqu’un au sol lors de son interpellation, il sera désormais interdit de s’appuyer sur sa nuque ou son cou ». Une méthode qui « comportait des dangers », selon Castaner, dans un euphémisme nauséabond au regard de la mort de Georges Floyd, étouffé, suffoquant de longues minutes sous le genou du policier qui l’a tué.

Aux coté de cette interdiction, la promesse d’une réforme de l’IGPN, l’obligation de porter bien visible son RIO pour chaque policier, ainsi qu’un renforcement de la surveillance vidéo lors des interpellations ou contrôles policiers. Autant d’annonces qui pour l’instant restent à l’état de paroles et révèlent une façon pour le gouvernement de calmer les foules, tout en restant des mesures non seulement dont l’application reste à prouver, mais aussi tout à fait minimes.

Au sujet de la dite interdiction de « la méthode de l’étranglement » dont la véracité même de l’annonce reste à prouver, le ministre a par exemple refusé d’interdire au même titre le plaquage ventral, prétextant que cela n’était pas une méthode instituée, enseignée dans les formations des « forces de l’ordre ». Le tout en insistant sur le fait que le plus simple pour interpeller quelqu’un était tout de même de le mettre au sol, les mains dans le dos. Une manière de botter en touche, et de ne pas se prononcer et interdire une pratique extrêmement violente, dont nous avons à l’esprit au moins deux victimes récentes. Cédric Chouviat, mais aussi Adama Traoré sont ainsi décédés, ne pouvant plus respirer, le poids de policiers sur leur dos suite à des plaquages ventraux.

Dans ce sens, le Ministre a fermement ignoré l’interpellation d’un journaliste sur la question de l’enquête et de la justice sur la mort d’Adama Traoré. Alors que mardi dernier le Comité Vérité pour Adama a réuni 40 000 personnes devant le TGI de Paris, Emmanuel Macron a demandé ce lundi-même à Nicole Belloubet de se pencher sur le dossier. Un cas particulièrement épineux pour le gouvernement pour plusieurs raisons. Non seulement par la capacité qu’il a à mobiliser très largement pour obtenir justice, mais aussi car, comme toutes les morts de violences racistes de la part des forces de police, il fissure le vernis fragile du « pays des droits de l’homme », et de l’affirmation répétée dans les bouches de tous les politiques et y compris de Castaner : « La France, ce n’est pas les États-Unis ».

Un invitation que la famille Traoré a refusé en bloc affirmant : « Contrairement à ce qu’affirme certains médias, sans avoir attendu la réponse de la famille Traoré, celle-ci refuse de rencontrer la garde des sceaux pour échanger.Elle demande depuis quatre ans que les gendarmes entre les mains desquelles est mort Adama Traoré soient convoqués devant la justice, interrogés et mis en examen. La famille d’Adama Traoré rappelle qu’elle attend des avancées judiciaires, et non des invitations à la discussion qui n’auraient aucune finalité procédurale. »

Ainsi, malgré la tentative du gouvernement de calmer la mobilisation et de « sauver le système » selon les mots d’Assa Traoré, c’est toujours le même Ministre (celui qui a organisé la répression contre les Gilets jaunes, et celui à la tête des forces de polices qui ont sévi pendant le confinement). Ce même ministre qui durant tout son discours n’a cessé de répéter sa confiance en la police et la gendarmerie, et sa fierté d’être à leur tête, son implication dans le projet d’une « police de la confiance ».

Bien loin des réactionnaires qui voient en ces promesses une soumission du gouvernement aux mobilisations, à l’image de Geoffrey Lejeune de Valeurs Actuelles qui a déclaré en direct sur LCI, « Castaner a cédé à la famille Traoré, une famille de grands délinquants, dont la moitié est en prison pour tentative de meurtre, viol et extorsion de fonds », ce sont autant d’annonces qui, entre deux déclarations sur « la tolérance zéro » vis-à-vis du racisme, ne répondent aucunement aux revendications qui s’expriment dans la rue.

Ce ne sont pas des belles paroles qui convaincront la population et des classes populaires qui se mobilisent aujourd’hui contre les violences policières, pour la justice pour leurs victimes, et contre le racisme de l’État et de son bras armé qu’est la police. Dans le sens du post du comité Adama en réaction à l’allocution, c’est dans la rue que cette bataille continuera à se mener, contre la police - institution intrinsèquement réactionnaire et raciste, qu’aucune réforme ne rendra plus juste ou du côté des classes populaires – et contre le pouvoir qu’elle défend.




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