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Notre classe

Victoire judiciaire des salariés

Licenciements et augmentation des cadences : la direction de Neuhauser condamnée par le Tribunal judiciaire

Ce jeudi 1er septembre, les salariés de Neuhauser avaient donné rendez-vous à leur direction devant le Tribunal judiciaire après l'annonce en juin d'un projet de réorganisation impliquant suppressions d'emplois et licenciements pour les uns, augmentation des cadences pour les autres. Le délibéré est tombé vendredi : Neuhauser est condamné et les salariés disposent d'au moins trois mois pour préparer leur bataille !

lundi 5 septembre

Augmentation des cadences et dégradation des conditions de travail

En juin, soit quelques mois à peine après le rachat de Neuhauser par Invivo, géant de l’agroalimentaire, la direction annonçait son projet de réorganisation. Objectif : augmenter les profits en licenciant les salariés du site de Saint-Quentin (Nord) et en imposant une augmentation spectaculaire de la production aux travailleurs du site de Furst (Est). Dans le premier cas, et après avoir bénéficié de plusieurs années de chômage partiel de l’État, la direction souhaite tout simplement fermer l’établissement et licencier les 30 ouvriers qui y travaillent.

Dans le cas de Fürst, le projet consiste à rouvrir deux lignes de production, fermées en 2014, et appartenant à un autre établissement, lui aussi fermé en 2019 à l’issue d’un « plan social » ayant mené à 185 licenciements. Prenant prétexte d’un prétendu « sureffectif », la direction prévoit de transférer 27 salariés de l’établissement sur les deux nouvelles lignes pour augmenter drastiquement la production en quelques années : passer de 800 tonnes en 2022/2023 à 7200 tonnes en 2023/2024 puis à 15.000 tonnes en 2024/2025. Pourtant, elle affirme très clairement qu’elle n’embauchera personne. Autrement dit, c’est aux salariés de l’établissement Furst d’absorber cette charge de travail colossale en augmentant leurs cadences à un rythme intenable.

En octobre dernier, la société avait déjà tenté d’augmenter la production sans embaucher et avait été condamnée par le Tribunal. Les salariés avaient alors imposé à leur direction le recrutement d’une trentaine de salariés en CDI. La preuve s’il en fallait que le site n’est pas en « sureffectif » et que ce n’est pas aux travailleurs d’assumer les augmentations de production décidées par le patron.

Résistance patronale et victoire ouvrière

Ce projet de réorganisation n’a pas manqué d’inquiéter les salariés. Conformément aux pratiques patronales, la direction s’est efforcée de lancer le projet en plein milieu de l’été, pariant sur les congés pour agir vite et dans le secret le plus total. Pourtant, les élus ont su réagir et ont utilisé les droits dont ils disposent : faire appel à un expert pour saisir l’entièreté des implications du projet, demander des documents importants relatifs au volume de production attendu, etc. L’objectif des travailleurs était simple, vérifier par eux-mêmes les chiffres invoqués par la direction et se faire leur propre avis.

Mais les élus se sont heurtés à une résistance inouïe. Malgré les multiples courriers de relance de leurs avocats, la direction n’a pas répondu à une seule de leurs sollicitations : « un mépris intolérable » dénoncent à la barre Elsa Marcel, avocate du CSE, et Amandine Michaud, avocate du cabinet d’expert.

C’est face à ce silence que les salariés ont finalement saisi la justice pour exiger la suspension du projet, l’octroi d’un délai supplémentaire de trois mois et la communication de documents sous astreinte de 1000 euros par jour de retard. La direction qui, bien entendu, ne s’est pas déplacée pour le procès a laissé leur avocate seule tenter d’expliquer pourquoi cette rétention d’information. Finalement, le tribunal de Sarreguemines a donné raison sur toute la ligne aux travailleurs de Neuhauser.

« Il s’agit au moins de sanctionner ces méthodes patronales qui consistent à imposer, en plein milieu de l’été, des réorganisations aux conséquences désastreuses pour les salariés, en pariant, à tort, sur leur inertie » a indiqué Maître Elsa Marcel. De son côté, Christian Porta, Délégué syndical CGT se félicite : « ce nouveau délai va nous permettre de préparer un plan de bataille à la hauteur des enjeux. Après un été en sous-effectifs, l’inflation qui grimpe et les salaires qui stagnent, nous nous préparons dans l’usine à une grève de grande ampleur. »



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