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Impérialisme

Macron en Afrique. Changer la forme, garder l’essentiel de la Françafrique

Emmanuel Macron tente une nouvelle fois de se présenter comme le président qui « tourne des pages » d’oppression et d’exploitation de l’impérialisme français. Encore une farce, bien évidemment.

Philippe Alcoy

28 février

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Le président français n’aime plus parler de « bases militaires » en Afrique, mais il n’entend en fermer aucune. Pour lui se référer au « pré carré de la France » appartient au passé, mais il entend défendre comme jamais les intérêts des capitalistes français sur le continent africain.

Le discours de lundi dernier prononcé par Emmanuel Macron, à la veille d’une tournée africaine de plusieurs jours, avait pour objectif de montrer que le gouvernement français était décidé à changer sa politique africaine. Inquiétés par la monté du « sentiment antifrançais », les responsables politiques de l’impérialisme français tentent des pirouettes discursives pour essayer d’amadouer les « opinions publiques » africaines. Une opération qui cache mal les reculs et échecs français en Afrique et la politique désespérée de son impérialisme pour la protection de ses intérêts dans un contexte de concurrence acharnée contre des puissances rivales : la Chine, la Russie et la Turquie, certes, mais aussi d’autres puissances européennes et les Etats-Unis.

Quelques éléments se dégagent du discours du président français. Le premier est celui qui touche aux questions militaires. E. Macron promet ainsi une réduction de la présence militaire française sur le continent qui « sera visible ». Aucun chiffre ni précision n’ont été avancées, bien évidemment. Ces déclarations font écho aux échecs des dernières années en Afrique de l’Ouest, notamment la fin de Barkhane, le départ forcé des troupes françaises du Mali et du Burkina Faso, mais aussi de la République Centrafricaine. Les troupes et les bases militaires françaises servent également à alimenter des « campagnes de désinformation » menées par des puissances hostiles à la France, selon le président.

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Cependant, si le président français n’a pas donné de chiffres précis sur cette fameuse réduction de la présence française en Afrique, il a bien expliqué que la France ne se retirait nullement militairement de l’Afrique et qu’elle n’allait fermer aucune base. Comme on peut le lire dans Le Monde, « le chef de l’Etat a en effet assuré que Djibouti – plus grande base française à l’étranger avec quelque 1 500 hommes – ne serait pas concernée [par cette réduction d’effectifs militaires], celle-ci étant un relais indispensable pour les projections de forces vers l’Indo-Pacifique qu’il compte justement accentuer (…) Aucune base ne devrait donc être fermée, même si cette option a été sérieusement étudiée, notamment pour des questions budgétaires, à l’heure où les armées peinent à boucler leur future loi de programmation militaire ».

Donc, pas de fermeture de bases militaires. Plutôt des changements de noms, des changements de missions, des changements de statuts. Mais pas de changement au fond : protection des intérêts économiques et politiques français sur le continent par l’armée. Le militarisme est un pilier en effet de l’impérialisme français ; et l’empreinte militaire française en Afrique est l’un des facteurs qui permet à l’impérialisme français de s’assoir à la table des grandes puissances mondiales. Pour l’impérialisme français, la présence française en Afrique représente un enjeu vital. C’est en ce sens qu’il s’agit pour Macron et son gouvernement de promouvoir des changements sémantiques pour préserver l’essentiel du fond. N’oublions pas non plus que la France, même en cas de fermeture de ses bases africaines garderait une présence militaire importante dans le continent grâce à ses positions dans ses colonies de l’Océan Indien.

Mais le voyage d’E. Macron comporte aussi des volets politiques et économiques. En effet, le président l’a exprimé clairement : il veut tourner la page focalisée sur les questions sécuritaires et développer les partenariats économiques tout en essayant d’améliorer l’image de la France auprès des « opinions publiques » sur le continent. Mais là aussi Macron essayera de faire illusion. Il a ainsi choisi de se rendre dans des pays où l’image de la France est moins en crise que dans d’autres parties du continent comme l’Afrique de l’Ouest. Ce n’est pas un hasard si Macron entame sa tournée au Gabon, fief d’une dynastie françafricaine mafieuse, la famille Bongo, au pouvoir depuis 1967 et grande « amie » de l’impérialisme français. Au Congo, Macron se réunira avec le président Denis Sassou Nguesso, au pouvoir depuis 43 ans. Puis, comme on peut le lire dans le JDD, « il se rendra dans la foulée en Angola, où les intérêts français se confondent pour beaucoup avec ceux de l’industrie pétrolière. Des représentants de Total seront d’ailleurs de la visite à Luanda ».

L’Afrique est devenu un continent très convoité par l’ensemble des puissances mondiales et représente un enjeu central de la concurrence géopolitique des prochaines décennies. Et cela que ce soit en termes de richesses naturelles, de potentiel démographique, de potentiel de développement des marchés mais aussi d’industrialisation. L’impérialisme français a vu ses parts de marché diminuer ces dernières décennies et en même temps il a reculé en termes d’image et a connu des déroutes militaires importantes. C’est une inquiétude importante des capitalistes français de ne pas reculer davantage sur le continent et au contraire de bien se positionner face à d’éventuelles opportunités.

Les « éléments de langages » des gouvernements français, et pas seulement celui de Macron, tentent de faire croire que les travailleurs et les classes populaires en France auraient les mêmes objectifs et intérêts que les capitalistes français en Afrique. Or c’est tout le contraire. Plus l’impérialisme français arrive à exploiter les populations africaines, plus il est fort pour exploiter la classe ouvrière en France. Tout revers de l’impérialisme français en Afrique, et ailleurs, renforce la position relative des travailleurs dans leur lutte contre la bourgeoisie française. Il s’agit donc, pour le mouvement ouvrier, les classes populaires, la jeunesse et les secteurs opprimés de la société française, de dénoncer les crimes et les agissements de l’impérialisme français en Afrique et de s’opposer à ceux-ci. Par conséquent, aussi bien en Afrique qu’en France, la classe ouvrière ne doit croire à aucune de ces « belles paroles » du président de l’impérialisme français.


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