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Politique

#Anasse2022 à Bordeaux

Marie-Laure Charchar : « nous demandons la nationalisation du secteur de la santé sous contrôle ouvrier »

Nous reproduisons ici l'intervention de Marie-Laure Charchar, buandière à l'hôpital de Bordeaux, secrétaire générale CGT de la blanchisserie du CHU et militante à Révolution Permanente, lors du meeting de lancement de la campagne #AnasseKazib2022 à Bordeaux.

mercredi 1er décembre 2021

Crédits photo : Bourgeonphoto

Je me présente, je m’appelle Marie-Laure Charchar, je travaille au sein de la blanchisserie du CHU de Bordeaux depuis plus de 15 ans. J’ai 34 ans, deux enfants, et suis Secrétaire Générale du syndicat CGT Blanchisserie. J’ai rejoint Révolution Permanente à la suite de la crise sanitaire.

Comme vous le savez, la pandémie a été extrêmement violente pour nous tous, et pour nous – hospitaliers – elle a été extrêmement épuisante. Nous n’avons pas connu le confinement, à l’image de millions de travailleurs précaires, comme les salariés de la distribution, des transports, de l’entretien, indispensables au fonctionnement de la société, et qu’on a vu s’entasser dans des bus et des métros au péril de leur vie pour aller travailler. Ce soir, à l’heure où l’épidemie est en train de repartir pour une 5ème vague, c’est à tous ces travailleurs de la première ligne que nous rendons hommage.

Mais nous rendons également hommage aux milliers de morts et à leurs proches. Au niveau des patients, les respirateurs étaient insuffisants, obligeant les soignants à faire le tri afin de décider quel patient allait être sous oxygène et pas l’autre. Tout cela dans un pays riche, la 5ème puissance mondiale, pays dans lequel on a fermé 100 000 lits en vingt ans. Combien de morts aurions nous évité aujourd’hui, si l’hôpital n’avait pas été gouverné par une logique de rentabilité ces dernières décennies ?

Au sein de l’hôpital, il y a plus de 140 métiers, c’est une ville à l’intérieur de la ville. Évidemment on connait les soignants mais il y a également des cuisiniers, des logisticiens, des jardiniers, des préparateurs en pharmacie… Je ne vais pas tous les citer. Et il y a les buandiers comme moi. La blanchisserie, c’est comme une usine, mais au sein de l’hôpital. On traite le linge de l’ensemble des sites du CHU : les draps des patients, les vêtements du personnel, etc. Cela représente treize tonnes de linge par jour, dans une ambiance bruyante (autant de décibels par jour qu’en discothèque). Il fait chaud, on vit dans l’insécurité : comme les machines ne sont pas assez nettoyées par manque d’agent d’entretien, il arrive que la poussière s’accumule et que cela flambe. En cinq ans, on a déjà eu deux départs de feu !

Notre journée est faite de gestes répétitifs. Beaucoup de collègues ont développé de l’asthme à cause de la poussière, ont des problèmes aux articulations comme des tendinites ou de l’arthrose, qui ne sont pas reconnus comme maladie professionnelle.

Nous avons aussi eu beaucoup de dépressions et de burn-out à cause de méthodes de management tyranniques, qui ont même mené une collègue jusqu’au suicide ! Elle allait voir son fils les mercredi, seul jour que le tribunal lui avait accordé et on lui refusait ses mercredi à chaque fois.

Je ne vous cache pas que ces conditions de travail ne se sont pas améliorées avec la crise sanitaire. Bien que les hospitaliers aient été qualifiés de héros, médaillés lors du 14 juillet, les remerciements sont vite retombés. A la suite des mobilisations du mois de juin 2020, le gouvernement a été obligé de manœuvrer et a créé le Ségur de la santé, qu’on pourrait aussi appeler « mascarade de la santé » : 183 euros d’augmentation et encore, pas pour tout le monde !

Au niveau du CHU, on est le seul service dans lequel tout le monde a eu la prime, parce qu’on s’est battus, on a fait grève, malgré qu’on ait été assignés. C’est une particularité du service public : on a plein d’entrave au droit de grève, comme des assignations pour nécessité de continuité de soin. Mais la réalité est que nous sommes tellement en sous-effectif, que nous travaillons déjà au service minimal, donc impossible de faire grève et de se battre pour défendre nos conditions de travail et un service public de qualité pour les usagers !

Malgré tout, M. Véran a encore dit récemment qu’il faudrait nous enlever « le loisir de faire grève ». Il pense que perdre de l’argent et se faire gazer et éborgner par les flics ça nous amuse ! Non, Monsieur ! On se bat pour des embauches, pour que vous ne puissiez plus fermer un seul lit !

Mais si on a obtenu que des miettes comme je disais, ce n’est pas par manque de combativité des soignants, mais par la politique de négociation de la misère qu’ont menée les directions syndicales. Parce que ces directions sont plus préoccupées à organiser les élections professionnelles qu’à préparer la lutte sur le terrain pour arracher de meilleures conditions de travail et un service public de qualité.

Depuis le 15 septembre, plusieurs milliers de travailleurs et travailleuses de la santé sont suspendus par la non présentation d’un schéma vaccinal complet. La gestion catastrophique de la pandémie a eu un réel impact qui a poussécertains hospitaliers à ne pas vouloir se vacciner. A cause de cette mauvaise gestion, nos collègues sont donc sans salaire depuis deux mois.

Face à cela, nos collègues de Guadeloupe, entourés de l’ensemble des travailleurs, on démarré une grève générale dans l’Ile pour s’opposer à la politique autoritaire du gouvernement sur le volet sanitaire mais aussi sur des questions sociales, car aux Antilles, le problème de la vie chère est toujours d’actualité, et ce depuis la grande grève génarale de 2009. Aujourd’hui c’est aussi la Martinique qui s’embrase et nous ne pouvons qu’être solidaires de leur combat et souhaiter que ce vent de révolte finisse par faire contagion ici en Métropole !

Les raisons de se révolter ne manquent pas. Alors que Macron se ventait dans sa dernière allocution d’avoir réalisé 19 milliards d’euros d’investissement dans la santé, soi-disant le montant le plus haut depuis l’invention de la Sécu en 1945, ce qu’il a omis de dire c’est que ces 19 milliards ne sont pas juste des investissements, mais prennent en compte les dépenses liées à la crise sanitaire : c’est un mensonge total !

Au contraire, il y a quelques semaines seulement, une enquête révélait que 20% des lits étaient fermés dans les CHU et les CHR fautes de personnel !

Cela fait des années que les scientifiques alertent sur le risque de développement d’épidémie, notamment respiratoires, les gouvernements successifs ont préféré continuer à réduire les budgets dans les hôpitaux.

Même chose en ce qui concerne la vaccination : à l’heure où l’épidémie repart, nous devons exiger la levée des brevets pour que dans tous les pays du monde les populations puissent avoir accès au vaccin. Il n’est pas normal qu’en temps de pandémie mondiale, la santé de millions d’individus notamment dans les pays pauvres soit soumise à la concurrence et aux intérêts commerciaux d’une poignée de labos pharmaceutiques.

Parce que nous n’avons aucune confiance dans ceux qui marchandent notre santé, nous demandons la nationalisation sans rachat de tout le secteur de la santé et de l’industrie pharmaceutique… et cela sous contrôle des travailleurs et travailleuses qui sont les seuls, avec les usagers, à connaitre la réalité des besoins.

Jusqu’ici je vous ai parlé de mon lieu de travail, l’hôpital. Comme si nous, femmes travailleuses n’avions qu’un seul lieu de travail... Pendant qu’une petite poignée de directrices d’entreprise sortent de leurs bureaux le soir et rentrent chez elles pour se consacrer à de vrais loisirs (piscine, salle de sport, théâtre…) nous sommes des millions de travailleuses qui, lorsque nous rentrons chez nous, devons nous occuper des tâches domestiques, des enfants, parfois d’un proche invalide.

Après une journée entière de travail, nous continuons à travailler gratuitement pour pouvoir nous-mêmes et nos maris aller bosser le lendemain, et que nos enfants soient en bonne santé pour aller à l’école et se préparer à être les travailleurs de demain. Malgré qu’il soit indispensable au fonctionnement de la société, ce travail n’est pas rémunéré. Nous voulons avoir plus de temps nous aussi, pour nos enfants, nos familles et pour nos loisirs !

Voilà pourquoi nous présentons la candidature de notre camarade Anasse, un travailleur issu des quartiers populaires, parmi tous ces candidats soutenus par des milliardaires.

Anasse est quelqu’un de toutes les luttes. Contre la loi travail en 2016. Celle contre les violences policières, aux côtés des gilets jaunes, en défense de nos retraites...

Nous voulons en 2022 un candidat qui ait notre visage, celui de nos luttes. Pour pouvoir exprimer lors de ce moment d’élections la voix de celles et ceux qui n’ont pas de voix. Mais cette candidature ce n’est pas simplement 2022 : nous voulons construire un parti révolutionnaire des travailleurs, et des syndicats combatifs qui refusent de négocier des miettes avec le gouvernement.

Une organisation indépendante des travailleurs et travailleuses, des femmes doublement exploitées et de la jeunesse qui nous permettra de défendre nos acquis,mais aussi de lutter pour une société sans exploités ni exploiteurs où ce soit nous, les travailleurs qui décidions. C’est ce que porte la candidature d’Anasse et c’est la raison pour laquelle on vous invite à prendre part à cette campagne à nos côtés.




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