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Politique

Islamophobie

Menace de dissolution du CCIF et de BarakaCity : le gouvernement instrumentalise Conflans à des fins islamophobes

Après le crime abominable de Conflans, le gouvernement en plein discrédit suite à l’annonce de son couvre-feu, cherche à reprendre la main sur le terrain islamophobe. Dans la droite lignée de la « lutte contre le séparatisme », Darmanin annonce son souhait de dissolution des associations liées à la défense des musulmans.

lundi 19 octobre

Credit Photo : Martin Bureau. AFP

Le CCIF, Collectif contre l’islamophobie en France, et BarakaCity sont deux associations qui défendent les musulmans. La première lutte contre l’islamophobie sur un terrain juridique, tandis que la seconde vient en aide, sur un plan plus humanitaire, aux musulmans en France et dans le monde (de la Syrie au Congo en passant par la Palestine). Elles sont aujourd’hui dans le viseur du ministre de l’intérieur qui, appliquant le « deuxième pilier » de la loi contre le séparatisme présenté par Macron ce 2 octobre qui permet au gouvernement de « dissoudre des associations dont il est établi qu’elles portent des messages qui contreviennent à nos lois et nos principes ».

Le prétexte ? Une « rumeur » qui enfle sur les réseaux sociaux selon laquelle le CCIF aurait diffusé la vidéo du parent d’élève qui dénonçait Samuel Paty. Une affirmation qui suffit aujourd’hui au gouvernement pour établir un lien quasi-direct avec le crime de Conflans et justifier la dissolution de l’association. Pourtant comme l’affirme le journal Le Monde « impossible, en tout cas, de retrouver la moindre trace sur Internet et les réseaux sociaux d’un message du CCIF en ce sens ou de la publication de la vidéo du père de la collégienne traitant l’enseignant de « voyou » sur son site ou ailleurs. La direction du collectif l’affirme au Monde : ‘’Aucune information n’a été relayée sur nos réseaux ou par tout autre moyen.’’ »

Communiqué du collectif du 10 novembre

#SoutienCCIF

Publiée par Collectif du 10 novembre Contre l'Islamophobie sur Lundi 19 octobre 2020

Mais il semble que ce ne soit qu’un prétexte puisque de ce point de vue, pour ce qui concerne Baraka city, un autre mobile est utilisé : « Cette association est déjà sous les yeux du ministère de l’Interieur depuis quelques semaines (...) Je souhaite qu’elle soit proposée à la dissolution », a indiqué Darmanin précisant, précisant qu’Emmanuel Macron a réclamé dimanche soir, lors du conseil de défense, une accélération des actions contre "l’islamisme rampant", comme le pointe Le Monde. Quelques jours auparavant, une perquisition avait eu lieu au siège de BarakaCity, interpellant le président de l’association, pour « harcèlement moral » et « vol de documents ». Une offensive qui faisait suite à des tweets dans lesquels le président de l’association dénonçait le discours islamophobe et sécuritaire de Zohra Bitan et Zineb El Rhazoui et par extension leurs déclarations qui n’ont cessé d’appuyer le discours du gouvernement en pleine campagne contre le « séparatisme », qui avaient conduit à une plainte de la première.

En somme, tous les prétextes sont donc bons pour dissoudre des associations qui ont un lien avec la religion musulmane, et participent à lutter contre l’islamophobie. Par ces menaces de dissolution, le gouvernement opère un saut supplémentaire dans la droite lignée de la loi « séparatisme », instrumentalisant par-là même le crime de Conflans pour accentuer son offensive islamophobe.

Le gouvernement fait montre encore une fois de sa capacité à instrumentaliser des drames comme celui de l’attentat de Conflans pour durcir et entériner l’islamophobie d’état. « On va continuer d’agir, avec le projet de loi contre le séparatisme, on va amplifier » a confié Gabriel Attal au micro de BFM, et ainsi, accentuer son offensive autoritaire, contre ces associations qui défendent les droits de la communauté musulmane. Une offensive contre les droits démocratiques qui vise aussi à un donner un signal à toutes les organisations du mouvement social qui combattent l’islamophobie, le racisme antimusulmans.

Contre ces menaces de dissolution, il est indispensable que les organisations du mouvement ouvrier, comme les organisations de la gauche politique et sociale à commencer par celles qui ont une responsabilité particulière du fait de leur position dans l’échiquier politique et qui se revendiquent du mouvement social comme la France Insoumise, et le PCF, de dénoncer avec force ces menaces de dissolution de la part d’un gouvernement. Des dissolutions qui visent en définitive à remettre en question notre droit à dénoncer le racisme antimusulmans comme toute forme de racisme.




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