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Edito

Mise en scène bonapartiste : Macron mime la force pour cacher la crise

Le « rendez-vous avec la nation » annoncé en décembre s’est résumé à une conférence de presse clinquante, où le style bonapartiste cherche à masquer la crise et les contradictions d’un macronisme à bout de souffle.

Paul Morao

17 janvier

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Mise en scène bonapartiste : Macron mime la force pour cacher la crise

Macron derrière son bureau, devant un parterre de journalistes et les membres de son gouvernement, sagement assis pour écouter le chef. Ce mardi, le président s’est offert un exercice dans le plus pur style cinquième républicain rappelant, si c’était nécessaire, combien dans ce régime anti-démocratique l’exécutif est le centre et l’origine du pouvoir. Pendant plus de deux heures, Macron a ainsi cherché à mimer une reprise en main de la situation, marquée ces derniers jours par la crise autour de la ministre de l’Éducation, qu’il a fini par soutenir.

Ancré très à droite, saturé de références à « l’ordre », « la nation », le « réarmement civique » et « démographique », à l’objectif que « la France reste la France », le discours a essentiellement réaffirmé le cap des derniers mois. En ce sens, il a égrainé des annonces contre l’école (généralisation de l’uniforme d’ici 2026, du SNU en seconde, cérémonies de remise de diplômes, réforme de la formation des enseignants), le monde du travail (relèvement des seuils de déclenchement des obligations, nouvelle loi Macron, augmentation du coût des médicaments) ou les chômeurs (nouveau durcissement de l’accès à l’assurance-chômage).

A travers cette série d’attaques, Macron tente de simuler un nouvel élan « jupitérien », insistant sur la volonté de « briser certains tabous » et sur la « radicalité ». Un retour au macronisme triomphant, mais sans les artifices « progressistes » du début, réduits à l’agitation de vagues formules sur « l’égalité des chances ». Une mise en scène qui cache cependant mal la fragilité profonde du pouvoir, comme l’a montré l’ampleur prise par la polémique autour de Amélie Oudéa-Castéra, où crise politique et crise de régime s’entremêlent.

Dans ce contexte, qui ouvre la voie à l’extrême-droite, c’est l’absence de réponse du mouvement de masse qui permet momentanément à Macron de se tenir debout et de semer l’illusion d’un pouvoir fort. Alors que les directions syndicales poursuivent leur logique de conciliation avec le pouvoir, comme en témoigne l’ouverture d’un cycle de dialogue sur « l’emploi des séniors » avec le patronat sous la houlette du gouvernement mais aussi la tonalité de l’appel à la manifestation du 21 janvier, c’est un retour en force de cet acteur qui pourrait rompre l’illusion actuelle, qui laisse le champ libre à des offensives déconnectées de l’état réel du rapport de forces.

Face aux attaques en séries qui se préparent, il y a urgence à rompre avec un logiciel qui a largement laissé passer l’attaque de la loi immigration, mais aussi les brutales réformes du RSA ou de l’assurance-chômage. Cela implique non seulement de rompre avec la politique conciliatrice de dialogue social, mais également d’en finir avec le logiciel étroitement revendicatif qui refuse de voir le mouvement ouvrier comme un acteur politique à part entière, qui doit faire entendre sa voix aussi bien sur les salaires que sur la Palestine, le durcissement du régime, ou la loi immigration, mais surtout opposer une réponse par ses propres méthodes, celles de la lutte de classes. Si les travailleurs, la jeunesse et l’ensemble des opprimés retrouvaient ce chemin, il y a fort à parier que la pièce de théâtre d’hier soir pourrait difficilement se poursuivre.


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