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Guerre aux pauvres

« Mixité sociale » : Borne veut priver les plus précaires de logement dans les quartiers populaires

Vendredi dernier, Elisabeth Borne a annoncé demander aux préfets de ne plus attribuer de logements dans les quartiers prioritaires aux plus précaires et de stopper la création de places dans les centres d’hébergement d’urgence. Des annonces anti-pauvres.

Léo Stella

2 novembre 2023

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« Mixité sociale » : Borne veut priver les plus précaires de logement dans les quartiers populaires

Crédits photo : Aron Urb

Ce vendredi 27 octobre, suite à l’annonce des mesures répressives suite aux révoltes contre les violences policières, la première ministre s’est attaquée au droit au logement pour les plus précaires. Dans le cadre du plan « Quartiers 2030 », Elisabeth Borne a annoncé qu’elle demandait aux préfets de ne plus attribuer de logements dans les quartiers prioritaires de la ville (QPV) aux familles les plus précaires, reconnues par le droit au logement opposable (DALO).

En plus de cela, Borne a aussi annoncé vouloir interdire la création de nouvelles places d’hébergement d’urgence pour les sans-abris dans les mêmes quartiers. Le tout, justifié par un honteux prétexte de «  mixité sociale  » alors que les propositions de logement alternatives restent quasi-inexistantes et ne répondent en rien à l’appauvrissement général des quartiers populaires. Ces politiques sont désastreuses en pleine crise de logement, affectant particulièrement l’accès aux logements sociaux et, par conséquent, les plus précaires et les étrangers. Suite au plan sécuritaire « anti-émeutes » annoncé la veille, le gouvernement poursuit donc la punition des quartiers populaires sur le terrain social.

Une offensive désastreuse et raciste envers les plus précaires

Aujourd’hui, l’accès aux logements sociaux est déjà catastrophique pour les ménages les plus précaires, ayant « droit au logement opposable » : 93 000 sont en attente, et seuls 5% des logements sociaux attribués annuellement sont destinés aux ménages reconnus au titre du DALO. Avec l’annonce de Borne, c’est un tiers du parc HLM qui sera rendu indisponible pour les personnes ayant le statut DALO.

Rien que l’année dernière avec l’accentuation du taux de pauvreté, ce sont 35 000 ménages qui ont obtenu le statut DALO. Des chiffres qui risquent de s’accentuer au vu de la crise sociale qui s’aggrave et de l’inflation qui perdure. Alors que 90% des ménages en attente le sont en dehors des délais légaux, l’annonce de Borne vient priver encore un peu plus les plus précaires du droit élémentaire au logement.

La première ministre a aussi annoncé vouloir stopper la création de nouvelles places d’hébergement d’urgence, destinées aux personnes sans domicile, dans ces mêmes quartiers. Alors qu’aujourd’hui il y a plus de 330 000 personnes sans-abris dans l’hexagone et que le nombre d’expulsions locatives explosent, le gouvernement continue sa politique anti-pauvres en refusant de créer de nouvelles places d’hébergement dans les quartiers populaires.

Là encore, la « mixité » sert de prétexte. « Toutes les difficultés ne peuvent pas être rassemblées au même endroit. La mixité est une chance » s’est justifiée la cheffe du gouvernement. Dans une future circulaire du ministre du logement, les maires et les préfets devront être incités à accueillir des ménages pauvres sur leur contingent - une mesure minime et peu contraignante. Pour l’heure, alors que la crise du logement déjà drastique risque de s’approfondir avec la hausse des prix cette hiver, l’annonce de Borne va surtout aggraver la situation des plus pauvres. Sous prétexte de «  mixité sociale  » le gouvernement propose tout simplement de laisser un plus grand nombre de personnes à la rue.

Derrière la « mixité sociale », la punition des quartiers populaires

Pour justifier ces attaques, présentées un jour après la présentation de mesures sécuritaires « anti-émeutes », la première ministre a introduit son point sur le logement en rappelant que la présence policière sera renforcée dans les quartiers populaires. En effet, la veille de ses annonces sur le logement, Borne présentait d’autres mesures ultra-répressives à l’encontre de la jeunesse des quartiers populaires : augmentation des pouvoirs policiers municipaux, multiplication par cinq des amendes forfaitaires, peines de travaux d’intérêts général pour les parents des jeunes jugée, proposition d’envoyer « les délinquants » à l’armée….. Ces mesures n’ont qu’un seul but : renforcer l’étau sécuritaire et policier sur la jeunesse des quartiers populaires.

Agitant la nécessité de « rétablir la tranquillité », les appels de Borne à «  une action déterminée pour enrayer les phénomènes de concentration de la pauvreté et des difficultés dans les quartiers.  » masquent mal des mesures qui vont dégrader encore la situation des plus précaires et des quartiers populaires. Dans le plan du gouvernement, le volet répressif comme le volet prétendument « social », appelant à la « mixité », sont ainsi étroitement imbriqués.

Ainsi, la Fondation Abbé Pierre a dénoncé les potentielles conséquences de cette mesure avancée par le gouvernement. Sur France Info, Christophe Robert, délégué général de la Fondation a parlé d’une « fausse bonne idée qui pourrait avoir des conséquences lourdes » et a même alerté « c’est double-peine : vous êtes mal logés, on reconnaît le fait que vous avez des difficultés, mais les logements les moins chers, ceux qui pourraient être disponibles dans ces territoires, vous ne pourrez pas y avoir droit. Ça va réduire la capacité à mettre en oeuvre le droit au logement ».

Des mesures auxquelles doivent s’opposer toutes celles et ceux qui ont dénoncé la violence d’État inouïe qui s’est déchaînée en juin dernier, et la répression de toute contestation sociale depuis le début de l’année plus largement. Face à la politique anti-sociale et raciste du gouvernement, il faudra s’organiser pour refuser de payer la crise du logement : alors que 3,1 millions des logements sont vides, c’est un plan de bataille à la hauteur de toutes les offensives austéritaires qu’il faudra construire afin d’obtenir leur réquisition, et de refuser la ségrégation raciste et répressive des quartiers populaires.


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