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Jeunesse

Mouvement étudiant

Mobilisations : le gouvernement s’effraie du réveil étudiant et condamne les « violences »

La jeunesse est profondément choquée et meurtrie après qu'un étudiant se soit immolé par le feu. Pourtant, du côté du gouvernement et des politiques, malgré l’ampleur du drame, c’est surtout la condamnation des mobilisations étudiantes qui se fait entendre depuis hier.

mercredi 13 novembre

Crédit photo : PHILIPPE DESMAZES / AFP

Hier, dans de nombreuses villes la jeunesse s’est mobilisée contre la précarité. La plupart des étudiants la connaissent : travailler à côté de ses études (au risque de les louper), se contenter de bourses médiocres, d’un appartement minuscule, voler parfois de la nourriture, renoncer à se soigner, voilà la réalité de la jeunesse aujourd’hui. Nous étions donc nombreux hier dans les rassemblements devant les Crous de nombreuses villes de France pour dénoncer cette situation. Nombreux à vouloir nous faire entendre, et bien décidés à ce que les choses évoluent.

À Caen les étudiants ont ainsi organisé une opération Crous gratuit pour dénoncer cette précarité. À Lille, la salle dans laquelle François Hollande devait présenter son nouveau livre intitulé (c’est ironique) "Répondre à la crise démocratique" a été envahie. À Paris les manifestants se sont rassemblés devant le Crous avant de partir en manifestation sauvage devant le ministère de l’enseignement supérieur, enfonçant sa grille. Et ce ne sont que des exemples des nombreuses mobilisations qui ont eu lieu partout en France.

Face à cette situation, le gouvernement a choisi de dépolitiser l’acte de l’étudiant lyonnais, et d’attaquer cette contestation étudiante, sans dire un mot sur la situation de la jeunesse. Pour le gouvernement la grille d’un ministère semble valoir plus que la vie d’un étudiant.

Ainsi, Sibeth Ndiaye porte-parole du gouvernement a déclaré « Le gouvernement n’est pas inactif en matière de lutte contre la précarité des étudiants » avant d’expliquer « il a effectivement laissé un message sur les réseaux sociaux qui semble désigner un geste qu’il qualifierait peut être lui de « politique », je pense qu’il est aussi important de regarder le contexte psychologique d’ensemble de cet étudiant. »

C’est pourtant totalement faux ! Outre la baisse des APL ou l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers que le gouvernement a déjà à son palmarès, la réforme de l’assurance chômage va entrainer plus de précarité pour les jeunes, particulièrement concernés par les contrats courts. La réforme des retraites, elle, en augmentant le nombre de personnes sur le marché du travail, risque fort d’augmenter le nombre de chômeurs. Surtout, le gouvernement semble désireux de dépolitiser l’acte du militant en n’hésitant pas à mettre en question son état psychologique pour réfuter l’évidence.

Amélie de Montchallin, secrétaire d’État aux Affaires Européennes, a quant à elle déclaré « Je ne pense pas qu’on puisse dire que ce soit un acte politique. Ce que je trouve dangereux c’est que [...] certains groupuscules, militants, se servent de cet événement ». C’est, ici encore, un pur mensonge puisque c’est l’exact inverse de ce que dit la lettre laissée par l’étudiant. Des mensonges aussi gros ne peuvent pas être tolérés et doivent être dénoncés !

Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur est tout aussi indécente. Alors que depuis 5 jours elle s’était tue, elle ne sort de son silence que pour déclarer « Je condamne fermement les violences et les dégradations qui ont eu lieu aujourd’hui. Le geste tragique commis par un jeune homme vendredi dernier suscite une émotion légitime, mais la violence n’a pas sa place à l’université. » Confirmant à ceux qui en douteraient encore que pour le gouvernement la grille d’un ministère vaut plus que la vie d’un étudiant.

Du côté de Les Républicains le son de cloche est sensiblement le même. Xavier Bertrand déclarait aujourd’hui : « Ce qui est arrivé à Lyon est un drame. La précarité étudiante est une réalité, mais on ne peut pas forcer les grilles d’un ministère ou empêcher un ancien Président de la République de s’exprimer. » Et si ici Les Républicains peuvent se permettre d’ajouter un petit mot sur la précarité, c’est uniquement parce qu’ils ne sont pas au pouvoir. Les inventeurs, entre autres, du statut d’auto-entrepreneur font évidemment partie des responsables de la précarité actuelle des étudiants.

Porteur du même discours hypocrite sur la précarité étudiante, le candidat à la marie de Marseille pour le Rassemblement National Stéphane Ravier a quant à lui mis l’accent sur les forces politiques qui manipuleraient la mobilisation. « Ce sont toujours les militants de gauche, d’extrême gauche, anarchistes, qui sévissent à chaque fois dans les facs ou ailleurs, et qui jouissent d’une totale impunité ! » a-t-il expliqué, fustigeant une prétendue immunité des étudiants et demandant des sanctions.

A quelques nuances près, le discours semble ainsi semblable dans l’ensemble de la classe politique, de LREM à l’extrême-droite : dénoncer la violence. Mais de quelle violence parle-t-on ? Une grille cassée ? Quelques livres déchirés ? Ou de la violence d’un système qui pousse chaque jour plus de jeunes dans la misère, dans la précarité ? De la violence d’un système qui détruit les services publics et la protection sociale, rares remparts à la pauvreté, qui exploite et qui affame ? C’est cette question que la jeunesse a posée hier dans les différents rassemblements et que la classe politique se refuse d’entendre. Parce qu’elle est responsable et coupable.

Une culpabilité à laquelle il faut ajouter la peur d’un nouveau mouvement étudiant qui pourrait participer à l’embrasement du 5 décembre. Les médias l’ont bien saisi et BFM TV titrait ainsi aujourd’hui « Colère sociale : danger de contagion ? » et « Colère étudiante : Macron sur un volcan ? » Victor, militant du NPA l’exprimait ainsi aujourd’hui sur BFM TV :




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