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Nicaragua. Ortega réélu président sur fond de forte abstention et de répression de l’opposition

Le président Daniel Ortega a été réélu pour la quatrième fois consécutive, sur fond d'abstention massive et de répression de l'opposition. Pris en étau entre l'ingérence impérialiste des Etats-Unis et de l'Union Européenne, et le régime autoritaire d'Ortega, les classes populaires ne peuvent compter que sur leur propre mobilisation et sur la solidarité internationaliste.

mardi 9 novembre

Crédit photo : AFP

Le dimanche 7 novembre, les élections présidentielles et législatives ont eu lieu au Nicaragua sur fond d’offensive autoritaire du régime. En éliminant les principaux partis d’opposition bourgeois et en réprimant leurs figures les plus connues, et en présentant comme adversaires cinq petits candidats de droite, Daniel Ortega a été réélu pour la quatrième fois avec 75,92% des voix contre cinq petits candidats de droite. Il entamera ainsi son quatrième mandat, et devrait rester en poste jusqu’en janvier 2027. Ces résultats ne sont toutefois pas synonyme d’une adhésion populaire massive à sa politique, vu le niveau de l’abstention.

En effet, si selon l’organisme électoral officiel le taux de participation a été de 65,34%, l’organisme indépendants Urnas abiertas cité par les principales organisations de défense des droits démocratiques, a estimé le taux d’abstention à 81,5% en se basant sur un processus d’observation national réalisé dans 563 centres de vote avec la participation de plus de 1450 observateurs. Autrement dit, selon l’étude réalisée par cet organisme indépendant, seuls 18,5 % des Nicaraguayens auraient participé au scrutin.

Les principaux candidats de l’opposition libérale emprisonnés

Trois partis politiques de l’opposition bourgeoise ont été empêchés de se présenter à l’élection présidentielle : le Parti conservateur, le Parti de la restauration démocratique (PRD) et le Parti des citoyens pour la liberté (CxL), qui sont accusés d’avoir violé la loi électorale. En outre, au moins sept candidats de l’opposition à la présidence ont été emprisonnés pour « trahison à la Patrie » et deux autres ont fui en exil.

Après avoir mis son bulletin dans l’urne, Daniel Ortega a fait un discours à la Casa de los Pueblos à Managua, où il a expliqué que ses adversaires « sont des démons qui ne veulent pas la paix, la tranquillité pour notre pays et qui optent pour la violence, la disqualification, la calomnie, les campagnes pour que le Nicaragua soit à nouveau impliqué dans des confrontations violentes, dans la guerre » et qu’ils « ont vendu leur âme à l’empire depuis longtemps et vivent à genoux en demandant une agression contre le Nicaragua ».

Il faut cependant rappeler que le régime d’Ortega a non seulement mis en prison les candidats libéraux de l’establishment pour assurer sa réélection, mais il a aussi et surtout maintenu en prison et réprimé des milliers de travailleurs, de jeunes et de paysans qui ont protesté contre les contre-réformes économique imposé par le FMI, la misère et la précarité. En effet, la répression par le régime du soulèvement populaire qui a débuté le 19 avril 2018 et qui a duré plus de trois mois, a fait environ 400 morts, et des milliers de blessés et d’emprisonnés.

Et pour cause, cette révolte a éclaté après dix années de collaboration entre le gouvernement d’Ortega et les grandes multinationales, avec le soutien de l’establishment local et l’approbation des États-Unis. Au cours de cette décennie, nombre de mesures anti-populaires, conservatrices et répressives ont été mises en œuvres. C’est seulement lorsque le régime a été affaibli par la crise qui s’est abattue sur son partenaire vénézuélien que les puissances impérialistes ont voulu mettre un terme au règne d’Ortega.

Les États-Unis et l’Union Européenne rejettent le scrutin

Après la publication des résultats des élections au Nicaragua, les représentants de différents pays n’ont pas tardé à s’exprimer. Ainsi, Josep Borrel, Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a dénoncé dans un communiqué : « les élections tenues au Nicaragua le 7 novembre ont eu lieu sans garanties démocratiques et leur résultat manque de légitimité ».

Le gouvernement des États-Unis a également disqualifié le processus électoral. Le président Biden a ainsi déclaré, dans un communiqué, que « ce que le président du Nicaragua et son épouse, la vice-présidente Rosario Murillo, ont orchestré aujourd’hui est une élection pantomime qui n’était ni libre, ni juste, et certainement pas démocratique » et a menacé d’utiliser « tous les outils diplomatiques et économiques » qui sont à sa disposition.

Mais ce n’est pas pour les difficultés des grandes majorités travailleuses, populaires et paysannes du Nicaragua, et encore moins pour leurs droits démocratiques fondamentaux, que les puissances impérialistes interviennent. C’est au contraire pour donner de l’élan à l’opposition libérale, encore plus favorable aux politiques anti-sociales au service des multinationales.

Pour une sortie de crise en faveur des travailleurs, des classes populaires et de la paysannerie au Nicaragua !

La situation dans laquelle se trouve les classes populaires nicaraguayennes, face à un gouvernement autoritaire qui règne par la répression, ne peut être résolue ni par l’ingérence impérialiste ni par l’opposition libérale, qui défendent tout deux les intérêts des grands groupes économiques qui pillent le pays. A l’instar du soulèvement de 2018, c’est par la mobilisation et l’auto-organisation des travailleurs, des petits paysans, des jeunes et des classes populaires en général qu’il sera possible de mener la lutte jusqu’au bout pour en finir avec Ortega et son régime, et répondre aux aspirations sociales et démocratiques du peuple nicaraguayen.




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