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Politique

Surenchère xénophobe

Nouveau durcissement du « droit du sol » à Mayotte : Darmanin continue son offensive raciste

En visite à Mayotte, Gérald Darmanin a affirmé sa volonté de lutter contre l'immigration en limitant encore plus l'accès à la nationalité française. Une nouvelle sortie anti immigration pour achever un été marqué par la politique raciste et islamophobe du gouvernement.

lundi 22 août

Crédits photos : Emmanuel DUNAND / POOL / AFP
 
Gérald Darmanin entamait ce dimanche une visite de trois jours à Mayotte. Dès son arrivée, le ministre a déclaré vouloir « lutter contre l’attractivité sociale et administrative » de l’île pour mieux endiguer l’immigration. C’est sur cette base qu’il propose de durcir à nouveau l’attribution de la nationalité française pour les enfants nés à Mayotte, dans la continuité d’un précédent projet de loi voté en 2018.

Concrètement, Darmanin veut changer les conditions d’accès à la nationalité française par le droit du sol. Ainsi, pour qu’un nouveau-né obtienne la nationalité française, il faudrait qu’au moins un des parents ait résidé régulièrement à Mayotte pour une durée d’un an, contre trois mois actuellement. Une énième loi pour restreindre les droits des étrangers qui symbolise parfaitement la gestion impérialiste de l’île par l’État français.

De fait, cette colonie française appartient aux Comores, un ensemble d’îles situées dans le canal du Mozambique, devenues protectorat français en 1866. Marqué par une très grande pauvreté, l’archipel ne compte qu’une seule île sous contrôle français après que les mouvements d’indépendance et le référendum de 1974 aient rompu le contrôle de l’État français sur les trois autres. La spécificité de Mayotte, qui avait vu dès les années 1840 s’installer de nombreux colons, ainsi que les enjeux économiques de présence dans la région explique que celle-ci soit restée sous le contrôle de l’Etat français.

Or, comme le souligne Saïd Bouamama, la proximité entre cette île « française » et trois autres îles systématiquement déstabilisées par l’État français, a conduit à « la production d’un flux migratoire structurel vers l’île de Mayotte. » Mayotte constitue ainsi une importante route de migration, accueillant environ 25 000 à 30 0000 personnes par an. Les naufrages sont nombreux et le bras qui sépare Mayotte d’Anjouan compte plus de 10 000 morts entre 1995 et 2015. Dans le même temps, l’île de Mayotte est caractérisée par une extrême pauvreté avec 84% des personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté.

Mais cette énième mesure anti-immigration à Mayotte s’inscrit dans une offensive plus large de Darmanin tout au long de l’été. Dans une interview pour Le Figaro publiée le 4 août, le ministre de l’Intérieur détaillait ainsi les mesures qu’il comptait porter prochainement : conditionner la délivrance de titres de séjour pluriannuels aux étrangers en fonction de leur maîtrise de la langue française, augmenter les moyens de renseignement et de surveillance pour traquer les immigrés, ou encore expulser les étrangers qui commettraient des « délits graves », reprenant une mesure portée par le Rassemblement National. À cela s’ajoute les différentes expulsions racistes ordonnées à grand renfort de communication.

Concrètement, Darmanin prévoit d’intensifier l’offensive xénophobe et islamophobe du gouvernement à la rentrée avec tout un programme fondé sur la mise en scène d’un ennemi intérieur afin de stigmatiser les étrangers et les musulmans pour mieux renforcer l’arsenal répressif. Dans un premier temps, il sera question du projet de loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur (Lopmi), qui décidera du budget de son ministère et les effectifs de policiers. Ensuite viendra un débat parlementaire autour du projet de loi sur l’immigration dont les mesures ont été décrites précédemment. Dans ce contexte Mayotte est utilisé comme une première base d’expérimentation coloniale des méthodes de répression, le territoire étant d’ailleurs composé à 95% de populations de confession musulmane.

Les îles et territoires coloniaux français sont devenus un enjeu central pour la politique intérieure et extérieure de la France. Le fait que le premier flic de France soit chargé des affaires coloniales du pays s’explique notamment par l’explosivité sociale liés aux profondes inégalités et à la pauvreté endémique aux territoires dits « ultra-marins ». Depuis le début du premier quinquennat de Macron, ces derniers ont été marqués par de très importantes mobilisations, notamment cet automne dans les Antilles.

Après avoir commencé sa tournée le 8 juillet dernier à la Réunion, Darmanin vient donc mettre de l’ordre dans les territoires les plus potentiellement instables et en même temps centraux pour la stratégie de déploiement français. Dans le cas de Mayotte la position française dans le Canal du Mozambique est ainsi garantie par une politique raciste et extrêmement sécuritaire.
Une politique qui résonne par ailleurs avec l’offensive raciste plus large qu’entend déployer Darmanin à la rentrée. Face à ces projets réactionnaires, il est nécessaire que l’ensemble des organisations de la gauche sociale et politique dénoncent cette nouvelle offensive coloniale, islamophobe et sécuritaire et exigent le retrait pur et simple du projet de loi immigration mais aussi de la France de l’Archipel des Comores.



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