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Monde

Après le crime de Kfar Douma

Palestine occupée. Les colons assassins du petit Ali bientôt derrière les barreaux ?

mardi 5 janvier 2016

Ali avait dix-huit mois. Ni lui ni ses parents, Saad et Reham, décédés des suites de leurs blessures, n’ont pu échapper à l’incendie criminel de leur maison, à Kfar Douma, en Cisjordanie, le 31 juillet dernier. Lundi, cependant, le ministère israélien de l’Intérieur a annoncé qu’après cinq mois d’une enquête qui semblait patiner, deux colons israéliens, accusés de l’assassinat d’Ali, avaient été inculpés. L’occasion, pour Netanyahou, quelques jours après l’attaque à l’arme automatique d’un bar à Tel-Aviv, de « démontrer » que l’État d’Israël est impartial…

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Jean-Patrick Clech

Les choses sont largement plus complexes. L’enquête a en effet abouti à l’inculpation de deux jeunes colons, Amiram Ben Uliel, 21 ans, et un mineur. La pression sur le ministère public israélien était énorme, tant l’émotion avait été grande, y compris en Israël, à la suite de cet acte criminel signé de la main des assassins qui avait inscrit « vengeance », en hébreu, à l’aérosol, sur le mur de la maison, avant de jeter leurs bouteilles incendiaires. Mais beaucoup d’observateurs et de journalistes doutent de la version israélienne de l’enquête et que Ben Uliel, fils d’un rabbin ultra-sioniste, très populaire chez les colons, ait pu agir seul, ou presque. Dimanche encore, lors d’un raid similaire lancé contre la localité de Beït Furik, près de Naplouse, ce sont quatre colons ultra-sionistes qui s’étaient aventurés en territoire occupé pour lancer des cocktails Molotov contre certaines habitations avant d’être mis en fuite par des Palestiniens qui les avaient découverts.

Alors que des complices de Ben Uliel seraient encore en liberté et que c’est la logique même de l’occupation sioniste qui est derrière l’incendie de juillet dernier, il y aurait également à redire quant à la soi-disant impartialité de l’État israélien. Pour un crime similaire, un Palestinien des Territoires serait jugé par un tribunal militaire, alors que Ben Uliel, qui vit pourtant au même endroit, passera devant la justice civile. Par ailleurs, bien qu’accusé « d’appartenance à une organisation terroriste », en l’occurrence à la mouvance d’extrême droite sioniste conduite par Meir Ettinger et Moshe Orbach, aucun dirigeant israélien n’a demandé à ce que la maison de la famille Ben Uliel soit détruite. C’est pourtant ce qui arrive systématiquement, en représailles, aux familles des Palestiniens accusés de terrorisme. La loi du Talion, en Israël, est à deux vitesses.

Les membres de la famille Dawabsha ont annoncé, hier, que la maison d’Ali et de ses parents serait transformée en musée « à la mémoire des victimes palestiniennes de l’occupation ». Mahmoud Abbas, pour l’Autorité Nationale Palestinienne, a annoncé soutenir l’initiative. Tout en continuant à vouloir négocier, coûte que coûte, avec Tel-Aviv et l’occupant sioniste, une solution à deux États que Netanyahou lui refuse, de toute façon… En Palestine occupée, également, la morale est à deux vitesses.




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