Socialisme ou barbarie

Pandémie et capitalisme, les deux fronts de la lutte des travailleurs

Matías Maiello

Pandémie et capitalisme, les deux fronts de la lutte des travailleurs

Matías Maiello

La pandémie de coronavirus a brisé l’équilibre capitaliste précaire qui perdurait au niveau mondial. Pour paraphraser Clausewitz, s’il y a bien, comme on dit, une « guerre contre le coronavirus », cela ressemble beaucoup à un prolongement de la politique de déchargement de la crise sur le dos des travailleurs par des moyens de plus en plus bonapartistes.

La pandémie de coronavirus a brisé l’équilibre capitaliste précaire qui perdurait au niveau mondial. Cet ordre est désormais traversé par des tendances récessives, il est orphelin de nouveaux moteurs d’accumulation, il affronte des tensions géopolitiques croissantes et il est marqué par un important cycle de révoltes. Il est encore très difficile de déterminer l’étendue et la profondeur de la crise sanitaire mondiale après la dégradation (et la marchandisation) auxquelles le capitalisme a soumis les systèmes de santé. La nature confuse des informations, le manque de fiabilité des rapports fournis par les différents gouvernements et, surtout, l’absence de tests massifs permettant de dresser une cartographie fiable de l’évolution et du taux de mortalité du virus, introduisent une grande incertitude dans cette situation. Face à un scénario où la vie de millions de personnes est menacée, le danger est maximal. Du point de vue des conséquences économiques, tout indique qu’elles seront d’une ampleur historique avec une dépression, des crises des dettes extérieures, des millions de licenciements, une flambée des taux de pauvreté, entre autres. Politiquement, les fermetures de frontières se généralisent et les tendances autoritaires et bonapartistes des régimes bourgeois s’exacerbent. Des nombreux pays ont en arrière-plan les crises organiques développées auparavant, ainsi que le récent cycle de lutte des classes, qui s’est développé à l’échelle internationale.

Dans son rapport de début mars, « L’ère des manifestations de masse », le think-tank du CSIS (Centre d’études stratégiques et internationales) signalait :

« À un tournant majeur de l’histoire, les protestations ont été étouffées ces dernières semaines, probablement en raison de l’apparition du nouveau coronavirus […]. Il se peut que le coronavirus supprime les manifestations à court terme, à la fois en raison des restrictions gouvernementales dans les zones urbaines et la réticence des citoyens à s’exposer à de grands rassemblements publics. Cependant, en fonction de l’évolution future de cette pandémie, les réponses du gouvernement au coronavirus pourraient devenir un autre déclencheur de manifestations politiques de masse. »

Les réponses des gouvernements, mais aussi les conséquences de la crise économique à venir. Les gouvernements, largement répudiés par les masses et frappés par la lutte des classes, comme ceux de Piñera au Chili ou de Macron en France, entre autres, ne peuvent guère retrouver la paix même si les rues sont désormais dominées par la police et l’armée. Au contraire, la liste des pays ayant connu ce récent cycle de lutte des classes est susceptible de s’allonger dans des conditions de crise beaucoup plus profonde. Alors que nous sommes toujours au début de la crise, la grève du mercredi 25 en Italie semble commencer à dessiner cette tendance, au milieu d’une situation sociale quasi explosive où les secteurs précaires et appauvris sont condamnés à des souffrances croissantes.

La « guerre » contre le coronavirus et la continuation de la politique par d’autres moyens

Pour combattre la poussée de l’épidémie de coronavirus, la plupart des gouvernements capitalistes oscillent à l’échelle mondiale entre la mise en quarantaines massives et la soi-disant stratégie de l’« immunité collective » - c’est-à-dire une contagion massive pour créer des anticorps dans la population - comme armes principales, sinon exclusives, pour l’atténuer. Aujourd’hui, environ un tiers de la population mondiale (2,6 milliards de personnes) est soumis à des mesures strictes de restriction de déplacement ou directement confiné pour empêcher la communauté de propager le virus. En même temps, la grande bourgeoisie de ces pays oblige une partie de la classe ouvrière à continuer de produire dans des secteurs non essentiels ayant pour seul but le maintien de leurs profits. D’autre part, des voix qui défendent la solution de l’immunité collective commencent à s’élever, à commencer par celle de Trump. Ce dernier souligne que « le remède ne peut pas être pire que la maladie », et que le dommage fait à l’économie (c’est-à-dire au profit capitaliste) sera pire que la crise sanitaire. Durant la semaine du 16 mars aux États-Unis 3,28 millions de personnes ont demandé une assurance chômage, ce qui dépasse de loin le plus haut sommet de son histoire.

Les options ainsi proposées pour la grande majorité de la population seraient de deux ordres : soit de risquer la vie d’un secteur de la population en permettant la propagation spontanée du virus, soit de condamner des couches de plus en plus larges de travailleurs au chômage et à la misère, ou bien une combinaison des deux. À l’ère de la biotechnologie, du clonage, du déchiffrement du génome humain, voilà les variantes que propose la bourgeoisie pour lutter contre le coronavirus. Deux méthodes ancestrales qui, par action - la quarantaine massive - et par omission - l’« immunité collective » - ont été historiquement utilisées pour contenir la propagation de maladies contre lesquelles la médecine manquait de ressources suffisantes. S’il est facile de comprendre le « manque de ressources » pour faire face à la peste de Justinien au VIe siècle, il n’y a aucun doute qu’au XXIe siècle, sa signification est toute autre.

Ils nous répètent sans cesse, de Macron en France à Alberto Fernández en Argentine, que « nous luttons contre un ennemi invisible ». Mais qu’est-ce que cela signifie, que ce virus soit un « ennemi invisible » ? Le 10 janvier, des scientifiques chinois ont publié sur internet le génome du virus. Dans le cas de la Corée du Sud, au début de l’épidémie locale (le 20 janvier), le pays avait la capacité de tester le virus sur 15 000 personnes par jour. Grâce à ce mécanisme, ils ont pu « prévoir » la propagation du virus et le contenir, du moins en principe. Par hasard, ou peut-être pas, le pays est officiellement en guerre, bien que moyennant un armistice depuis 1953, avec la Corée du Nord. Les méthodes policières utilisées pour contrôler les « infectés » sont là pour nous le rappeler. Actuellement, de la bureaucratie de l’Organisation mondiale de la santé en passant par le New York Times, tous soutiennent que les tests de masse sont la clé d’une lutte efficace contre le virus, mais les tests sont encore des articles de luxe inaccessibles.

Au-delà du discours belliqueux à travers lequel tous les gouvernements cherchent à justifier des mesures draconiennes sur la population, ce qui est vraiment mis en évidence, c’est le caractère de classe des gouvernements et de leurs institutions. En 1940, pour préparer l’entrée des États-Unis dans la Deuxième Guerre Mondiale, Roosevelt avait ordonné la production de 185 000 avions en deux ans (en 1939, ils n’en produisaient que 3 000 par an) et on estime que les conseillers d’Hitler pensaient qu’il s’agissait de propagande. En 1945, les États-Unis avaient produit 300 000 avions et des quantités sidérales de matériel militaire, sans parler du « Projet Manhattan » qui s’est conclu par la création de la bombe atomique. 80 ans plus tard, il s’avère que des millions de tests ne peuvent pas être produits en masse pour diagnostiquer le coronavirus, qu’il y a de grandes difficultés pour fournir des masques protecteurs au personnel soignant, et que les respirateurs ne peuvent être fabriqués en masse rapidement pour couvrir l’ensemble de la demande mondiale, alors qu’en 2016, par exemple, plus de 6 millions de voitures en moyenne ont été produites par mois dans le monde. Mais c’est seulement après des mois que des pays comme l’Italie, les États-Unis ou la Grande-Bretagne « découvrent » que les constructeurs automobiles pourraient fabriquer des respirateurs artificiels.

Ce qui s’est passé au cours des dernières décennies est une « guerre » contre les systèmes publics de santé. Désormais, au lieu de mettre en place rapidement les moyens nécessaires pour faire face à la crise sanitaire et ses conséquences sur les conditions de vie de la grande majorité, les gouvernements s’apprêtent à accorder des renflouements massifs aux capitalistes. Cette semaine aux États-Unis, les républicains et les démocrates ont paraphé le « plus gros plan de sauvetage de l’histoire », plus du double de celui d’Obama en 2008. 2,2 milliars de dollars seront distribués principalement aux grandes sociétés et à Wall Street, tandis que les travailleurs bénéficieront d’une augmentation temporaire du montant de l’assurance chômage et d’un paiement unique de l’État de 1 200 dollars par adulte et 500 dollars par enfant alors que les coûts des traitements contre le coronavirus, dans un pays où la santé est complètement mercantilisée, dépassent largement ces montants, et où les chiffres du chômage ont grimpé en flèche avec des millions de licenciements. Pour paraphraser Clausewitz, s’il y a bien, comme on dit, une « guerre contre le coronavirus », cela ressemble beaucoup à un prolongement de la politique de déchargement de la crise sur le dos des travailleurs par des moyens de plus en plus bonapartistes.

Mais le problème est plus complexe que cela, il ne s’agit pas juste d’« une nouvelle crise ». La tension entre les solutions de la « quarantaine générale » et de l’« immunité collective » traduit de manière déformée la contradiction immédiate qui existe entre les réponses politiques des différents régimes bourgeois pour se maintenir dans des scénarios de crises organiques plus ou moins aigus – dans certains cas traversés par des processus récents de lutte des classes - et les besoins économiques de protéger les profits capitalistes à tout prix dans ce contexte de crise.

« L’essentiel » dépend du point de vue de classe adopté

Tant qu’il n’y aura pas de signes favorables tels que l’apparition d’un traitement, d’un vaccin disponible ou de changement dans l’expansion du virus, il sera difficile pour la plupart des gouvernements de se maintenir en faisant appel à l’« immunité collective » et d’assumer les risques de la crise. Ainsi, face au démantèlement de la santé publique, les quarantaines générales remplissent un rôle politique en plus d’un rôle de contention de base de la pandémie (dans la plupart des cas sans même des tests massifs afin de connaître l’étendue et la diffusion du virus). Ces mesures de choc servent à dissimuler les conséquences des politiques menées depuis quarante ans et l’inaction actuelle, tout en renforçant le pouvoir de l’État capitaliste face à la crise (déploiement policier et militaire, limitation des droits démocratiques, concentration du pouvoir dans les mains de l’exécutif). La contradiction est que ces mesures de paralysie affectent immédiatement les profits de nombreux grands capitalistes.

D’où ces différentes réponses. On retrouve par exemple le cas de Bolsonaro au Brésil et d’autres gouvernements qui cherchent à minimiser la crise épidémique pour maintenir le fonctionnement normal de l’économie capitaliste. C’est, d’ailleurs, la ligne politique de la plupart des gouvernements au début de l’épidémie, pour faire volte-face ensuite, comme Boris Johnson en Grande-Bretagne qui exprime peut-être le virage le plus paradigmatique. Mais également des cas « combinés » comme celui de Piñera au Chili, qui a décrété « l’état de catastrophe » pour mobiliser l’armée tout en laissant inchangé le fonctionnement de l’économie. Ou encore l’Europe, épicentre actuel de la pandémie en nombre de décès, avec des pays comme l’Italie, l’État espagnol ou la France, où la combinaison entre dégradation des systèmes de santé et inaction est devenue insoutenable. Alors que les gouvernements ont décrété la quarantaine, la bourgeoisie fait pression, non seulement pour des obtenir des « renflouements » de l’État, mais aussi pour garantir la possibilité de continuer à exploiter les travailleurs.

Actuellement, une bataille fait rage autour de ce qui peut être considéré comme une « activité essentielle ». Une question à laquelle un secteur important de la classe ouvrière est obligé de répondre, et qui renvoie, dans une certaine mesure, au problème de la planification économique face à la crise sanitaire. Bien entendu, la réponse varie considérablement en fonction des critères adoptés. En vertu du principe directeur du profit capitaliste, par exemple, pendant la Seconde Guerre mondiale, les grandes sociétés américaines telles que Du Pont, General Electric, Westinghouse, Singer, Kodak, ITT, JP Morgan n’ont pas hésité à fournir leurs services au Troisième Reich, ni ESSO à lui fournir du pétrole, ou encore les usines Ford et General Motors à produire pour Hitler [1]. Ils se considéraient eux-mêmes comme des « activités essentielles » qui devaient continuer à maximiser les profits dans le cadre du massacre généralisé.

Sur la base de ces mêmes critères, en Italie, où est enregistré actuellement le plus grand nombre de morts et où la population est dans un état de siège virtuel, Confindustria – organisation patronale - a jugé pertinent d’amender la proposition du gouvernement Conte qui avait parlé d’arrêter toute « activité non essentielle », y ajoutant des exceptions pour les « secteurs d’importance stratégique pour l’économie ». Cet amendement avait pour objectif d’inclure la fabrication d’armement, l’aéronautique, les appareils électroménagers, l’industrie pneumatique, une partie du secteur textile, le bâtiment et les travaux publics, ainsi qu’une grande partie du secteur des pièces mécaniques, de la métallurgie, du fer et de l’acier dans les activités considérées comme essentielles. Sans se soucier, en revanche, de garantir les conditions de sécurité sanitaire nécessaires aux travailleurs. Cette hardiesse des patrons est cohérente avec l’action de « l’État élargi » qui bénéficie de la complicité des bureaucraties syndicales de la CGIL, de la CISL et de l’UIL, tandis que le discours officiel du « chacun reste chez soi » cherche à invisibiliser le fait qu’au milieu de cette situation critique ce sont 10 millions de travailleurs qui font fonctionner la société.

Ce qui est nouveau, c’est la réponse des travailleurs, qui avait commencé ces dernières semaines par des « grèves sauvages » dans les secteurs métallurgique et logistique, mais qui a fait un bond mercredi dernier, le 25 mars, avec la grève générale menée principalement par USB, l’un des « syndicats de base » italiens, avec les métallurgistes de FIOM-FIM-UILM de la Lombardie et du Latium. Des franges importantes de travailleurs y ont pris part : dans ces régions la grève a eu une participation comprise entre 60 et 90%. Les secteurs des industries du papier, du textile et de la chimie se sont également vus arrêtés. L’appel signé par plus de 400 infirmières a été symptomatique, invitant à se joindre à la grève tous les secteurs non essentiels, et participant elles-même par une minute de grève symbolique. La « Commission de garantie du droit de grève » a contesté la proclamation de la grève, invoquant cyniquement des raisons de sécurité liées à la pandémie et se réservant le droit d’imposer des sanctions.

Les grands médias capitalistes ont tout fait pour rendre invisible l’action des travailleurs, alors même que des actions de pillage commencent dans le sud appauvri et que les travailleurs au noir arrivent à peine à survivre. Cependant, comme le souligne Giacomo Turci dans La Voce delle Lotte (qui fait partie du même réseau international que Révolution Permanente - La Izquierda Diario), la grève commence à briser « l’unité nationale » réactionnaire qui règne en Italie. « Unité nationale » qui cherche à cacher, dans chaque pays, que ce sont les travailleurs qui se trouvent en première ligne de la lutte contre la pandémie, tout en garantissant la production et la reproduction de la société, tandis que les capitalistes continuent de réaliser des profits dans les activités « essentielles », et non essentielles, faisant pression pour continuer d’exploiter les travailleurs à tout prix, ou licenciant, condamnant les secteurs les plus pauvres à mourir de faim et garantissant en même temps des « renflouements » et des subventions de l’État.

Contrôle ouvrier et « reconversion économique »

La grève en Italie, qui a lieu en pleine quarantaine et militarisation du pays, est probablement un premier aperçu du nouveau scénario de la lutte des classes qui prendra progressivement forme, non seulement à cause de la crise sanitaire mais aussi à cause de la crise économique profonde que les capitalistes déchargent déjà sur la classe ouvrière avec des millions de licenciements, comme on a pu le voir, par exemple, avec les niveaux records atteints par les demandes d’assurance-chômage aux États-Unis ou le million de licenciements et les 1,5 million de travailleurs suspendus dans l’État espagnol. Autour des quarantaines et des luttes autour des « activités essentielles », tant en ce qui concerne la garantie des conditions de santé et de sécurité sur les lieux de travail que le refus des autres secteurs d’accepter le critère d’ « essentialité » (profit) des capitalistes et la proposition de reconversion des industries pour faire face à la crise sanitaire, se pose le problème plus large (et fondamental face à la crise) de savoir qui organise la production et selon quels critères.

Un exemple significatif dans un autre des épicentres de l’épidémie de coronavirus est celui du géant aéronautique français Airbus.Il y a deux semaines les travailleurs se sont organisés, chez certains de ses sous-traitants, pour forcer la fermeture en raison de l’absence de conditions de sécurité minimales (un conflit similaire se développe chez Airbus dans l’État espagnol). L’entreprise et le gouvernement Macron ont répondu en faisant pression pour imposer un retour au travail. Comme le souligne Gaëtan Gracia, délégué syndical de la CGT des Ateliers Haute-Garonne : « Si les masques manquent pour le personnel de santé, non seulement dans les hôpitaux mais aussi dans les services de la ville, les ambulances, etc. nous nous demandons : pourquoi Airbus dispose-t-il de facilités pour obtenir 20 000 masques ? ». Ainsi, dans leur réponse, les travailleurs de divers syndicats ont exigé que « tous ces masques soient livrés en priorité au personnel médical de toute urgence » et de les garantir pour eux seulement par la suite. En même temps, ils ont proposé de convertir la production de l’industrie aéronautique pour qu’elle soit utile à la gestion de la crise sanitaire actuelle.

Si une chose à été mise en évidence dans cette crise, c’est que la classe ouvrière occupe toutes les positions stratégiques pour la production et la reproduction de la société. Si, comme nous l’avons développé dans d’autres articles, en termes de stratégie révolutionnaire, ces positions sont essentielles à la fois pour leur « puissance de feu » à paralyser le fonctionnement de la société, elles sont aussi un lieu privilégié pour unifier les populations exploitées et opprimées, mais aussi du point de vue de la possibilité d’une réorganisation de la société sous le critère de la satisfaction des besoins de la grande majorité, comme alternative et opposée à celle du profit capitaliste. Comme Trotsky l’a expliqué dans une interview avec E. A. Ross concernant la révolution russe [2] :

[…] nous contrôlerons que l’usine soit dirigée non pas du point de vue du profit privé, mais du point de vue du bien-être social démocratiquement compris. Par exemple, nous n’autoriserons pas le capitaliste à fermer son usine pour affamer ses employés jusqu’à la soumission ou parce qu’il ne fait pas assez de profit. Si vous fabriquez un produit économiquement nécessaire, il doit continuer à fonctionner. Si le capitaliste l’abandonne, il le perdra et un directoire élu par les ouvriers sera mis en place

Telle une image de la crise actuelle, alors que Paolo Rocca, le principal bourgeois d’Argentine, annonce le licenciement de 1 450 travailleurs en quarantaine, des usines sous gestion ouvrière, qui ont mené d’importantes luttes contre les licenciements et les lock-out, ont déjà décidé de produire des fournitures de base pour lutter contre l’épidémie de coronavirus. C’est le cas des travailleurs de R.R. Donnelley (actuel Madygraf), qui ont démontré qu’ils sont capables de produire des désinfectants hydroalcooliques et des masques hygiéniques, avec l’appui de scientifiques et d’étudiants universitaires afin de les distribuer dans les quartiers et les hôpitaux les plus vulnérables. Mais aussi les travailleuses du textile de Traful Newen qui ont commencé à produire des masques en grandes quantités les mettant au service du système de santé. La question de savoir qui organise la production et selon quels critères deviendra de plus en plus aiguë avec le développement de la crise - à la fois face à la crise sanitaire actuelle et face aux licenciements et aux fermetures d’entreprises- et avec elle la lutte pour le contrôle ouvrier de la production.

Perspectives

Derrière « l’unité nationale » qui règne dans une grande partie des pays du monde, sous le discours de guerre contre le coronavirus, l’intention est de cacher la guerre que le capitalisme a menée - et continue de mener - au cours des dernières décennies contre la santé publique et les conditions de vie de la grande majorité. Une nouvelle vague de « renflouements » massifs à l’attention des capitalistes est en cours alors que ceux-ci déchargent la crise sur le dos des travailleurs. Ils cherchent à renforcer les tendances nationalistes et bonapartistes face à l’aggravation de la crise. Parallèlement, l’objectif est de rendre invisibles les secteurs de la classe ouvrière qui sont véritablement en première ligne face à la crise sanitaire, dans les hôpitaux mais aussi dans les usines, les transports, etc., ainsi que les luttes qui commencent à prendre le devant de la scène remettant en cause l’esprit d’« unité nationale ». Ou aux secteurs précaires et à ceux qui sont licenciés en pleine quarantaine, confrontés par millions à la surpopulation, la pauvreté, le manque de services de base. Ils tentent également de cacher le fait que des pays comme le Venezuela, l’Iran ou Cuba sont écrasés par les sanctions impérialistes en pleine pandémie. Dans ce scénario, il est essentiel de rendre visibles ces réalités que les régimes et les grands médias tentent de cacher derrière l’« unité nationale » et d’atteindre des millions de personnes avec un programme de transition indépendant et internationaliste face à la crise. Révéler jusqu’au bout l’irrationalité de ce système capitaliste en décomposition, qui vient d’être secoué par un ample cycle de lutte de classes, dont tout indique que de nouveaux chapitres sont à venir, et qui soulève de plus en plus la nécessité de mettre en place un nouvel ordre social non régi par le profit mais par les besoins de la grande majorité.

C’est dans cette perspective que nous développons un réseau international Révolution Permanente - La Izquierda Diario avec des journaux dans 12 pays et 8 langues et que nous travaillons à élargir et à diversifier nos supports. Des outils que les révolutionnaires n’avaient pas au siècle dernier et sur lesquels nous pouvons compter pour atteindre des millions de personnes avec ces idées, comme le montre la crise actuelle, et pour renforcer l’organisation de partis révolutionnaires au niveau national et international. Ce seront des outils indispensables pour articuler les batailles à venir à la lutte pour mettre fin à la barbarie capitaliste et pour faire de la perspective d’une révolution socialiste au 21e siècle une réalité.

Traduction : Azzul

Texte original publié sur Ideas de Izquierda : Pandemia y capitalismo, la lucha en dos frentes de la clase trabajadora

Crédit photo : Juan Atacho

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NOTES DE BAS DE PAGE

[1Pauwels, Jacques, The Myth of the Good War : America in the Second World War, Toronto, James Lorimer& Company Ltd. Publishers, 2015.
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