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Notre classe

Pas dans le bon département... ces soignants ne recevront pas les 1 500 euros de prime !

La prime de 1 500 euros que s'était engagée à verser l'exécutif à tous les travailleurs de la santé en première ligne ne sera finalement versée qu'à seulement quelques-uns d'entre eux. Une politique de différenciation scandaleuse quand l'ensemble du corps médical a été envoyé au front sans armes.

lundi 18 mai

Crédit photo : AFP

La prime de 1 500 euros ne sera pas pour tout le monde. "Tous les agents hospitaliers exerçant dans les 40 départements les plus impactés par l’épidémie percevront une prime de 1 500 €, versée quels que soient leur statut ou leur activité" explique le décret d’application publié en fin de semaine dernière. Traduisez, les soignants des départements qui ne sont pas considérés comme étant en première ligne de l’épidémie ne toucheront pas la prime promise.

Selon l’exécutif, il y aurait donc eu seulement 40 départements fortement frappés par la crise, et une majorité de départements épargnée par la première vague de Covid-19. Ce n’est pourtant pas l’avis de ceux qui étaient dans les hôpitaux à sauver des vies : "On estime que c’est le minimum syndical ! Dans certains services, beaucoup d’agents ont été contaminés, beaucoup de personnes se sont dévouées" relate Ludovic Bénabès, secrétaire adjoint CGT du Groupement des hôpitaux de Bretagne Sud au micro de France Info.

"500 euros au lieu des 1500 annoncés, alors qu’on a eu 30 patients covid-19 dans nos services ! Il y avait déjà eu l’histoire de la médaille, puis ce projet de défiler pour le 14 juillet, c’est pas sérieux !" colère quant à elle Céline Laville du CHU de Poitiers.

En plus de la différenciation par département, le décret publié au JO le 15 mai dernier annonce faire bénéficier de la prime seulement les soignants des unités Covid d’hôpitaux non mentionnés par la première liste. Encore une fois, une aberration lorsque plusieurs soignants témoignent d’hôpitaux complètement saturés et dédiés dans leur quasi-entièreté à la gestion de l’épidémie, jusque dans les couloirs des établissements.

"Chez nous, on a eu des « admissionistes » qui ont chopé le virus parce qu’on ne voulait pas leur donner de masque du fait de la pénurie. Certains ont contaminé leur famille. On dit quoi à ces personnes : merci pour votre participation, prenez 500 € en con-solation ? Allez dire aussi aux secrétaires médicaux qui ont bossé comme des fous pour reporter les opérations non urgentes qu’ils n’auront pas la même prime" raconte la CGT du CHU de Nantes, où bcp de soignants "râlent déjà" de cette inégalité.

D’autant plus scandaleux alors que le gouvernement misait avant tout sur cette prime pour masquer la principale revendication des travailleurs hospitaliers, à savoir l’augmentation des salaires à hauteur de 300 euros par mois. Comme dans la grande dis-tribution où la prime Covid a du mal à voir le jour ce qui génère des contestations de plus en plus importantes comme à Auchan, la publication du décret d’application de la prime dans les hôpitaux pourrait mettre de l’huile sur le feu à un secteur déjà en ébulli-tion.

En effet, au-delà de dénoncer le fait que certains départements où les hôpitaux ont accueilli davantage de patients au regard de leurs forces matérielles ne seraient pas dans la liste des bénéficiaires de la prime, les soignants estiment qu’il s’agit avant tout d’exiger une prime de 1 500 euros pour tous les personnels, ainsi qu’une hausse de salaire.

"Sachez monsieur le Président que le temps des promesses est terminé. Nous savons bien que nous n’obtiendrons rien sans rapport de force. Alors la mobilisation et les grèves vont reprendre pour que nous obtenions enfin satisfaction sur nos revendica-tions". La menace de Christophe Prudhomme (président de l’association des médecins urgentistes de France, AMUF) après la visite de Macron à La Salpêtrière a le mérite d’être clair. Elle raisonne tout particulièrement avec la colère des soignants, surtout lorsque les énièmes sérénades du Président vendredi dernier coïncidaient parfaitement avec la publication de cette prime scan-daleuse.




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