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Assassinat de l'ambassadeur russe en Turquie

Turquie-Russie : Pas de crise diplomatique un affaiblissement du pouvoir d’Erdogan

Près d'un an après la crise turco-russe qui a suivi l'abattage d'un avion russe par l'armée turque et à la veille d'une réunion entre la Russie, l'Iran et la Turquie, l'attentat ayant coûté la vie à l'ambassadeur russe Andreï Karlov au Centre d'Art moderne d'Ankara ne semble pas détériorer les relations entre les deux États, pourtant opposés en Syrie.

mardi 20 décembre 2016

Boris Lefebvre

La crise diplomatique aura été évitée. L’attentat contre l’ambassadeur russe Andreï Karlov, lors de l’inauguration d’une exposition d’art à Ankara, perpétré par Mevlut Mert Altintas, policier turque de 22 ans, n’aura pas réussi à refroidir les relations entre Poutine et Erdogan. Ce dernier s’était rapproché, en juillet 2016, de son homologue russe en lui présentant des excuses pour avoir fait abattre un avion dans la région du Lattaquié, proche de la frontière turque. Suite à l’attentat, il a lui-même contacté le président russe pour lui donner des informations sur la situation et préserver ce que son ministère des Affaires étrangères appelle l’« amitié » turco-russe. Il a notamment déclaré : « L’objectif principal de l’assaillant était de porter préjudice aux relations russo-turques et de compromettre les progrès qu’on avait atteint par nos efforts communs ces derniers temps ». Erdogan s’est également exprimé à la télévision pour dénoncer cette attaque et engager une coopération entre les services turcs et russes sur cette affaire. Depuis, dix-huit enquêteurs russes, agents et diplomates russes se sont rendus en Turquie et six personnes ont été interpellées à Aydin, ville natale de l’attaquant.

Sans pour autant remettre en cause les relations bilatérales entre les deux États acteurs de la « résolution » du conflit syrien, de plus en plus assurés depuis la reprise d’Alep par Bachar al-Assad, allié de la Russie, c’est davantage la crédibilité de l’État turque qui ressort affaiblie de cette affaire. Désignant Fethullah Gülen comme commanditaire de cette attaque, le même qu’Erdogan incrimine comme responsable de la tentative de coup d’État de cet été, on voit que, malgré une reprise autoritaire des affaires, le président turque éprouve encore des difficultés à imposer son pouvoir dans son propre pays. Il n’est pas anodin que Mevlut Mert Altintas, l’auteur de cet attentat, soit un policier turc radicalisé et qu’il ait agit « dans l’une des zones les plus sécurisées de Turquie : le quartier des ambassades, au centre d’Ankara », comme le souligne Jean Marcou.

Loin d’être un assassinat aussi retentissant que celui de l’archiduc Franz Ferdinand à Sarajevo en juin 1914 par un nationaliste serbe comme on a pu le dire, cet événement n’aura pas réussi à entamer les relations entre la Russie et la Turquie, qui se sont ravivées ces derniers temps malgré leur opposition sur le dossier syrien. Si Erdogan a pris acte de la victoire de la diplomatie russe à Alep, il se contente de garder sous sa coupe une frange de l’opposition rebelle au nord de la Syrie et de veiller à freiner la progression des forces kurdes appuyées par les américains. Mais ce que dévoile vraiment cet événement, c’est la fragilité des institutions turques suite aux purges massives orchestrées depuis cet été, qui fragilisent le pouvoir d’Erdogan en interne comme en externe, et cela en dépit de son tournant autoritaire exacerbé.




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