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Politique

Gestion de la crise made in MEDEF

"Plans d’action" sur le télétravail : le patronat révolté par les pseudo-mesures du gvt

Alors que le gouvernement met en place des mesures incitatives pour la mise en place du télétravail 4 jours sur 5 dans les entreprises où cela est possible, le patronat montre les crocs. Pourtant, la boussole du gouvernement reste la même : les profits avant les vies.

jeudi 25 mars

Crédits photo : Eric Piermont / AFP

La semaine dernière, le gouvernement annonçait la mise en place de nouvelles restrictions sanitaires dans 16 départements où l’épidémie est en train d’exploser. Des annonces perçues comme largement insuffisantes par les professionnels de santé. Sur le terrain des entreprises le gouvernement a cependant voulu afficher un certain volontarisme et demandé des "plans d’action" en faveur du télétravail non seulement aux préfets mais aussi aux entreprises ! Le télétravail devrait être mis en place « dans toutes les entreprises […] pour réduire au maximum le temps de présence sur site des salariés, tenant compte des activités télétravaillables au sein de l’entreprise […] et le mettre en place au moins 4 jours sur 5 » avait ainsi annoncé Jean Castex lors de son allocution du 18 mars. Également, des mesures sanitaires ont été instaurées avec un espace minimum de 8m² d’espace par salarié, y compris dans la restauration collective. 

En ce sens, le protocole national précise que : « Dans les départements listés à l’annexe 2 du décret du 29 octobre 2020, qui sont soumis à des restrictions supplémentaires de déplacement, les entreprises définissent un plan d’action pour les prochaines semaines, pour réduire au maximum le temps de présence sur site des salariés, tenant compte des activités télétravaillables au sein de l’entreprise. Ce plan d’action, dont les modalités sont adaptées à la taille de l’entreprise, fait l’objet d’échanges dans le cadre du dialogue social de proximité. En cas de contrôle, les actions mises en œuvre seront présentées à l’inspection du travail. »

Des annonces qui ont suffit à faire bondir le grand patronat qui joue les victimes : « On comprend les difficultés et on a notre rôle à jouer. Mais pointer du doigt les entreprises comme le fait le gouvernement n’est ni juste ni raisonnable », s’est indigné le patron du MEDEF sur l’antenne de France 2. Celui-ci est d’ailleurs allé jusqu’à remettre en cause les taux de contamination dans les entreprises : « Le Premier ministre annonce 29% de contamination en entreprise, c’est faux. L’Institut Pasteur, que j’ai appelé pour vérifier le chiffre, annonce qu’il y a 45% des gens qui ont été interrogés qui savent où ils ont été contaminés et sur ces 45% il n’y en a que 15% qui pointent un collègue de bureau ». En réalité l’étude ComCor de mars 2021 citée est incomplète car elle explique que 42% des contaminations de source connue sont intra-domicilaires (42%) mais il est évident que la personne qui a emmené le virus à la maison l’a attrapé ailleurs, que ce soit au travail, dans les transports ou au supermarché...

En plus de nier la contamination dans le milieu professionnel, le patron du MEDEF n’hésite pas à utiliser d’autres chiffres à son avantage. « La santé, c’est un état général de bien être, si vous créez des troubles psychiatriques ou psychologiques en masse, comme semble montrer l’étude qui a été publiée par Le Figaro ce matin, selon laquelle un salarié sur deux souffre au télétravail, il y a un équilibre à trouver », poursuit le patron des patrons sur France 2. Il oublie cependant de dire que la souffrance en télétravail des salariés n’est pas liée au simple fait de travailler à la maison, mais à l’absence de moyens pour celui-ci et la démultiplication des pressions de l’entreprise subies dans ce cadre. Comme le souligne Béatrice Clicq, secrétaire confédérale de FO pour BFM, pour les salariés qui souffrent ce sont les « cadences dures, les dépassements d’horaires, une perte de repères dans le temps » qui sont responsables de cette situation, soit la politique des entreprises.

Surtout, derrière le discours du patronat et du gouvernement, les mesures avancées demeurent avant tout du domaine de l’affichage. Comme le soulève Gérald Le Corre, représentant CGT du ministère du Travail et inspecteur du travail pour France Info : « Non, l’État se protège par un certain nombre de discours si jamais il y a des plaintes dans quelques années de victimes du Covid sur le lieu de travail. Pour qu’il puisse dire : ’Regardez ! On a pris des mesures. On a 10, 20, 30 discours de ministres qui disent ce qu’il faut faire’. Mais en pratique, le télétravail n’est pas obligatoire, il n’y a pas de sanctions pénales pour les entreprises qui ne le mettent pas en œuvre ».

En ce sens, à nouveau, et tout en cherchant à afficher quelques mesures, le gouvernement continue de dérouler son plan pro-patronal : un confinement made in Medef. Et si le patronat répond par des cris d’orfraies c’est parce que la moindre mesure lui est insupportable, pas parce que le gouvernement aurait choisi de passer à la contrainte. En ce sens, alors que l’épidémie continue d’exploser, seules les luttes des travailleurs pour imposer des conditions de travail à la hauteur et des mesures sanitaires adéquates permettront d’éviter le drame.




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