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Notre classe

Plus de 500 personnes à Paris en soutien à Éric Bezou, syndicaliste cheminot menacé de licenciement

Ce jeudi en début d’après-midi se tenait un rassemblement de plus de 500 personnes pour défendre Eric Bezou, cheminot à Mantes-la-Jolie et gilet jaune, menacé de licenciement pour s’être agenouillé devant sa direction. Après 27 ans de services et des années de syndicalisme contre un management qui tue, la situation d’Eric trouve une résonance particulière, en plein procès France Télécom. Sur les pancartes, des messages “halte à la répression au travail”, “Plus jamais à genoux”, “Stop au harcèlement hiérarchique”.

jeudi 23 mai

Avant qu’Eric ne se rende à son conseil de discipline, quelques prises de paroles ont eu lieu, ponctuées par des chants de la Compagnie Jolie Môme. Eric Beynel, porte parole de l’Union Syndicale Solidaire, a rappelé le suicide, deux ans auparavant, d’Edouard, cheminot à Saint-Lazare, qui avait suscité le même mouvement d’unité. Il a aussi souligné une solidarité au sein d’un mouvement ouvrier “qui ne se laissera pas faire”. Faisant référence au procès France-Télécom, il partage son impatience à trouver Pepy au banc des accusés, comme c’est aujourd’hui le cas de Didier Lombard. Après lui, le collectif des lycéens de Mantes à fait part de son soutien à Eric. Audrey Vernon, comédienne s’est dit ému devant cette solidarité et a déclamé le poème de Victor Serge intitulé “Soyez dur” : 

Pas une parole nouvelle ne germe pour toi,
camarade,
ton problème est sans solution,
il est en ciment armé, ton problème,
avec une armature en acier,
et nous sommes dedans.
Soyons durs, aussi durs que les chaînes,
avec le temps la chair usera les chaînes,
avec le temps l’esprit fera sauter les chaînes,
avec le temps et les cordons Bickford, bien sûr,
et les horlogeries méditées des machines qu’on appelle,
bien à tort, infernales, - car les autres sont plus infernales -
il en faudra du temps, des chairs, de l’esprit,
des techniques, il en faudra, c’est sûr :
soyons durs pour longtemps.
(Soyez durs après nous, vous autres ! Et passez la consigne jusqu’à la fin des temps !)

Après ces quelques vers reçus par des salves d’applaudissement, Eric est intervenu avant de se rendre à sa convocation pour expliquer son geste. Il lui est ainsi reproché par sa direction d’être anxiogène et de ne pas avoir “la posture” nécessaire pour son travail. Il est aussi revenu sur le cas de la région de St-Lazare considérée comme “région test” pour poursuivre plus offensivement leur nouvelles méthodes de management et procéder à une série de réorganisation tout en déqualifiant les postes et en ayant toujours plus recours aux intérimaires. Il a aussi dénoncé une SNCF qui s’efforce de se “débarrasser” des travailleurs souffrants d’un handicap. Enfin, il a dépeint le portrait de directions patronales et d’un Président qui aspire à ce que jeunes comme travailleurs se “tiennent sages”. Eric, et la foule de soutiens présente, ce jour là, ont fait le choix de l’insoumission politique. Il conclut ainsi : “je suis fière d’appartenir à la grande famille cheminote et ouvrière. Après le temps de la souffrance, vient celui de la colère. Comme les gilets jaunes, nous aussi soyons courageux. Grève générale !”. Et cette grande famille cheminote lui a en effet témoigné sa solidarité par sa présence nombreuse au rassemblement, qui a rassemblé des travailleurs du rail en grève de Paris mais aussi d’autres villes du pays, des délégations étant notamment venues de Toulouse et Mulhouse. La réussite de ce rassemblement a été le fruit de plusieurs semaines de campagne acharnée menée par les cheminots d’ile de France.

Danielle Simonnet de la France Insoumise est intervenue, faisant le lien avec la RATP où des agents sont accusés de ”harcèlement morale d’ambiance”. Elle a aussi dénoncée la souffrance au travail et des “suicides en chaînes”. Mercier, de Lutte Ouvrière, lui a succédé devant des centaines de personnes encore présentes sur la cour du Havre. Il a pointé du doigt une répression patronale commune à tous les travailleurs, organisée pour protéger les profits, toujours soutenue par les pouvoirs publics et a appelé à militer plus encore et grossir les rangs de ceux qui se battent. Des gilets jaunes lui ont succédé, pour signifier leur déception vis-à-vis de la “tête” des syndicats mais pas des syndiqués, aujourd’hui présents en nombre. Anasse, cheminot à Gare du nord, a appuyé sur la campagne d’Eric qui symbolise cette “lutte du tous ensemble”.

Linda, également menacée, a dénoncé une “privatisation que l’on prépare depuis 10 années”. Ariane, membre du collectif féministe “Du pain et des roses” est aussi intervenu, tout comme les postiers en grève du 93 ou encore Christèle des Hôpitaux de Paris. Le tour de parole s’est lui conclut par ces quelques mots de La Boétie : “Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.”

Aux alentours de 17h, Eric sort de la gare et déclare que la direction a pris la décision d’ajouter à son dossier le caractère sexuel de son geste, le chargeant toujours davantage. Il recevra une réponse de la part de la direction d’ici un mois. Avant de partir, il lance un appel à poursuivre le combat. #PlusJamaisAGenoux.




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