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Campagne de témoignages

Pression, perte de sens, isolement… des lycéens témoignent : « J’ai l’impression de gâcher ma vie »

Sélection, autorité de l’institution, rythme impossible… la condition lycéenne est connue pour provoquer un mal être chez de nombreux jeunes. Trois lycéens témoignent suite à l'appel du Poing Levé Lycée.

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Pression, perte de sens, isolement… des lycéens témoignent : « J'ai l'impression de gâcher ma vie »

« Je me sens constamment épuisé, même pendant les vacances scolaires » : un lycéen de seconde

Je suis lycéen en seconde au lycée Racine à Paris. Je ne sais pas trop ce que je veux faire plus tard. Depuis quelques années, je me sens constamment épuisé, même pendant les vacances scolaires où l’on est souvent surchargé de travail.

Cela est fortement dû au fait que je me lève à 6h30 du lundi au samedi. Et le dimanche je fais le travail pour la semaine à venir. Tout ça entraine chez moi le sentiment d’être privé de ma liberté.

Une autre chose qui me choque dans le système scolaire actuel, c’est la pression dès la fin de seconde (15-16 ans) où le choix des spécialités et la notation constante (à partir de la première) ont un effet sur Parcoursup. En d’autres mots, à chaque contrôle (3-4/semaine) on a la pression pour nos études supérieures. Cela me donne l’impression de ne pas avoir droit à l’erreur. Même cette année, qui n’a pourtant pas d’effet direct sur Parcoursup, influence déjà mes possibilités de choix de spécialités.

J’ai le ressenti d’être dans un grand cheminement vers un futur prédestiné que je ne connais pas. Beaucoup de personnes de mon entourage m’ont fait les mêmes remarques.

« Tous les adultes dans mon établissement disent que je vais échouer » : une lycéenne de 15 ans

J’ai 15 ans et je suis scolarisée en France dans un très bon lycée malgré le fait qu’il n’a rien avoir avec mes centres d’intérêt et mon projet professionnel. Je veux faire de l’art, de la musique et la partager au monde. Cela malgré tous les adultes de mon établissement scolaire qui disent que je vais échouer, que je devrais faire quelque chose de meilleur dans ma vie, que je ne pourrais pas survivre en comptant que sur ça, etc…

L’école fait des promesses, insinuant qu’elle va prendre soin des élèves, que ce soit physiquement ou mentalement, alors que pas du tout. Qui trouve ça normal qu’un enfant développe une profonde phobie scolaire dès la 6ème ? Cette phobie scolaire m’a non seulement fait changer de collège, mais m’a également handicapée dans mes études jusqu’à aujourd’hui. J’ai des pulsions suicidaire, un profond vide en moi depuis mes 11 ans. Et même si j’étais déjà instable, est ce que le simple fait d’aller en cours doit créer ça chez un enfant ?

Et après en avoir parlé à différents adultes de mon collège, des professeurs disaient que je mentais pour l’attention, que les autres élèves n’avaient pas ça, que je devrais plus bosser en cours et arrêter de chercher des excuses.

Tout ça m’a suivi tout le collège et aujourd’hui en seconde rien n’a changé. J’ai (même si moins qu’avant) les mêmes pulsions suicidaires, voire plus violentes encore, j’ai des phases de dépression sévères, et j’ai aucune force pour travailler ou me lever le matin.

Le pire dans tout ça, c’est que le 22 janvier je dois faire trois choix qui vont déterminer ma vie. Un ado de 15 ans dans mon état mental ne peut réfléchir à rien de tout ça. Je subis mes journées en cours, je me couche à 1h du matin le temps de faire mes devoirs, je dors à peine, je dois encaisser tout le stress, toute la pression avec laquelle mon établissement m’étouffe, et c’est avec cette mentalité qu’ils veulent que je choisisse le courant entier de ma vie ?

Puis on me parle de reconversion, que rien n’est définitif, alors qu’il faut aller juste en dessous de la surface pour comprendre que ces solutions sont extrêmement pénibles et handicapantes dans un monde où on ne peut même pas vivre, ou on doit toujours survivre. Les écoles devraient être plus à l’écoute de leurs élèves, alléger les emplois du temps surchargés qui font de mon weekend une journée et demi ou je peux « rattraper » mon sommeil, faire descendre cette pression inutile qui ne m’a donné rien d’autre que des problèmes à vie.

« La fatigue accumulée me rend nerveux et parfois je me sens complètement insociable » : un lycéen de 16 ans

J’ai 16 ans et je suis élève de première en double cursus de langue (baccalauréat international), ce qui me rajoute énormément de travail et des heures de cours supplémentaires chaque semaine.

Mon cursus me rajoute 8h de langue par semaine, et j’ai cours 5 jours par semaine de 8h à 17h, en plus de la matinée de cours les samedis. Même si j’essaie de garder un rythme de travail organisé pour préserver ma santé mentale, je me retrouve souvent à rogner sur mes heures de sommeil et en période de contrôles je dépasse rarement les 4h de sommeil par nuit.

J’habite à presque une heure en transports de mon lycée, ce qui m’oblige à me lever tous les matins à 6h30 au plus tard. Je suis dans cet établissement (collège-lycée) depuis la 6e et j’ai toujours eu beaucoup de mal à me lever le matin, j’ai dû récemment me trouver un réveil encore plus fort pour remplacer le précédent, avec lequel je n’arrivais plus à me réveiller.

D’autant plus que l’administration est de plus en plus stricte sur les retards et a cessé de les accepter, le plus petit retard étant comptabilisé comme une absence qui restera sur le bulletin du contrôle continu et nous pénalisera sur Parcoursup.

La fatigue accumulée me rend nerveux et parfois je me sens complètement insociable, je n’ai pas le courage d’aller parler à d’autres personnes à cause de la peur que la fatigue me fasse paraître bizarre. J’ai des périodes de blanc où je n’arrive plus du tout à réfléchir, les cours ont l’air de n’avoir aucun sens et tout ça me parait de plus en plus absurde. Alors souvent les notes ne suivent pas et lorsqu’on nous dit qu’elles sont déterminantes pour l’avenir, qu’il faut faire de bonnes études pour trouver un bon travail, etc. je perds complètement confiance en moi.

J’ai plusieurs fois été au bord du décrochage scolaire, et pendant des jours je ne supportais plus d’aller en cours, en feignant la maladie. Je me renfermais sur moi-même, je voulais juste partir loin pour ne jamais revenir, et je me rendais surtout compte que j’étais bloqué dans un moule à fabriquer des individus complètement conditionnés et habitués à la souffrance et à la contrainte normalisées. Je pense vraiment qu’on devrait repenser l’éducation parce que le système actuel fait du mal aussi bien aux élèves qu’aux profs qui se retrouvent dans des classes surchargées (36 élèves dans la mienne), à devoir rabâcher qu’on s’émancipera par le mérite, le travail etc.

Alors qu’eux-mêmes savent que les élèves des familles les plus riches (ce n’est pas ce qui manque dans mon lycée) peuvent se permettre d’habiter près du lycée (un quartier très favorisé) et au pire des cas de s’offrir une place en école de commerce. Les élèves qui ont le moins de ressources financières sont toujours les plus exposés à la pression de la sélection et de la réussite à tout prix.

Aujourd’hui je me retrouve donc à devoir rester près de 45 heures par semaine dans ce lycée à cause d’un cursus imposé et qu’on m’empêche d’arrêter à cause du nombre trop important de camarades de classe le voulant. J’ai l’impression de gâcher ma vie entre quatre murs à sacrifier ma santé pour pouvoir obtenir une place un peu meilleure dans la compétition généralisée pour les meilleures universités, les meilleurs cursus, finalement dans l’espoir d’une position plus enviable dans ce système qui nous broie tous.

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