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Politique

Sur fond de vague de froid…

Primaire de la gauche : le cirque d’hiver a enfin débuté !

Second débat mais première représentation. Ce dimanche 15 janvier avait lieu, en simultané sur BFM TV, iTélé et RMC, le deuxième débat de La Belle Alliance. Pendant près de 3 heures, les sept candidats de la primaire ont abordé plusieurs sujets, allant de la politique internationale à la question de la laïcité. Après un premier débat en forme de round d'observation jeudi dernier, ce second acte aura été plus animé. Tout en évitant toujours soigneusement de faire le bilan de la politique de Hollande, et de tirer sur l’ambulance du PS, Hamon a tenté d’imposer sa ligne, et d’entrainer les candidats dans un front anti-Valls. Quant à Montebourg, il tente de tirer les marrons du feu. Mais alors que tout le monde déteste le PS, les ombres de Mélenchon et de Macron planent toujours sur le débat. Julian Vadis

lundi 16 janvier 2017

De l’aveu même de l’ensemble des sept candidats, le premier débat de la primaire de la gauche a été un véritable faux départ, ou l’enjeu de ne pas faire de fautes disqualifiantes était l’objectif majeur. Pour éviter que cette primaire devienne un cauchemar, lors de ce second round, les candidats auront essayé de marquer leurs « différences ». Deux lignes s’y sont dessinées, l’une dirigée par Hamon se voulant « progressiste » tout en ne reniant presque aucunement le bilan de Hollande, sauf quelques miettes, l’autre se positionnant comme l’héritier de Hollande tout en faisant tout pour éviter le front anti-Valls.

Valls attaqué sur la question des migrants et sur le bilan du quinquennat

La première banderille de cette primaire – tout débat confondu – sera venu de là ou Manuel Valls ne l’attendait peut-être pas. En effet, dès le premier point de la discussion de ce dimanche, Vincent Peillon a fortement critiqué la position de l’ex-premier ministre sur la question des réfugiés, notamment sur le discours de ce dernier à Munich et les fameux quotas de migrants acceptés en France (fixé à 30 000, la France n’en ayant aujourd’hui accueilli officiellement que 5000). Une ouverture dans laquelle s’est également engouffré Benoit Hamon, faisant poindre ses « divergences » sur la question et proposant un « visa humanitaire », un concept plutôt abstrait pour éviter de lancer un débat sur la libre circulation et l’ouverture des frontières. Dans ce front anti-Valls, Arnaud Montebourg aura été plus effacé, préférant « s’adresser directement aux Français » pour poursuivre dans sa logique d’apparition comme le candidat le plus « présidentiable de la primaire ».
Sur les questions centrales, qui ont notamment vu rompre le peuple de gauche d’avec le PS, notamment sur la question du 49.3, l’ensemble des candidats ont ménagé Valls, signe évident que pour sauver le PS, il ne s’agit en aucun cas d’attiser les flammes, la participation à la primaire de la gauche étant cruciale pour sauver l’appareil que tout le monde déteste. Dans ce contexte, où les attaques sont pourtant restées timide, Manuel Valls s’est contenté de rester à la défensive, réaffirmant sa fierté d’avoir participé à la mise en place de la politique du PS au pouvoir, restant pour la plupart du temps abstrait tout en noyant le poisson. Une posture plus conservatrice visant avant tout à renforcer son socle à l’intérieur du parti, pour apparaître comme le plus à même d’éviter l’implosion et d’impulser la reconstruction du parti.

Hamon vise son « cœur de cible », Montebourg à pas feutrés et Valls encaisse les coups

L’un des enseignements de ce débat réside dans le fait que le trio Valls/Hamon/Montebourg reste au-dessus de la mêlé, et qu’aucun des quatre autres candidats ne semble en posture de briguer un second tour. Peillon, malgré des velléités offensives, ne semble pas disposer d’une marge de manœuvre conséquente pour pouvoir émerger sur une position de centre. Quant aux figurants recrutés pour masquer le fait que cette primaire était taillée pour Hollande, la prestation de Pinel aura marqué non pas tant pour ses propositions très à droite mais par le sexisme « ordinaire » dont la candidate a fait les frais et ce, autant par les journalistes que les autres candidats. Un sexisme pour le moins explicite qui s’est exprimé par le temps de parole toujours en retard et par des allusions des journalistes faisant poindre qu’elle serait de fait moins « intelligente » : « Pour vous, une question pas trop difficile » introduisait un des journalistes. Jean-Luc Bennahmias, enfin, tente de surfer sur une forme d’humour mais qui se traduit par un véritable mépris explicite de la part des autres candidats et des journalistes.
Benoît Hamon aura tenté durant tout le débat de s’adresser à son cœur de cible, tout en proposant du « concret ». Sur les migrants, comme dit plus haut, mais aussi sur la question du cannabis, de l’écologie et de l’éducation, l’ex-ministre... de l’éducation justement, a tenu à s’adresser non seulement à la jeunesse, largement hamoniste au sein du PS et ses satellites, mais aussi au peuple de gauche en rupture avec le parti mais qui peut, par cette primaire, être tenté de participer. Une stratégie diamétralement opposée à celle de Valls, s’appuyant sur une base sociale composée des « fidèles » au gouvernement et au PS. Une tendance qui se ressent fortement dans les sondages. Hamon arrive en tête chez les « sympathisants de gauche » tandis que Valls écrase la concurrence lorsque l’on s’intéresse aux intentions de vote des sympathisants du Parti Socialiste. Entre une ligne plus « progressiste de gauche » et plus « conservatrice », Arnaud Montebourg quant à lui avance à pas feutré. Une posture payante lors du premier débat surtout par faiblesse de ses adversaires, qui se maintient lors de ce second débat.
Plus animé que jeudi dernier, ce deuxième débat reste à mi-chemin entre round d’observation et lancement des hostilités. Une situation qui maintien un certain statu quo, sans grand vainqueur mais qui fait apparaître plus fortement la tendance d’une rencontre à trois au premier tour. Il est probable que le troisième débat, jeudi prochain, accentue cette tendance, avec des candidats allant plus « au charbon » pour faire la différence. Espérons pour eux qu’Hollande ne soit pas au théâtre ce jour-là, car cette évidente preuve de désintérêt pour le débat de son parti semble plaider pour un rapprochement (voire, un soutien ?) avec Emmanuel Macron, dans le sillage des dynamiques de Ségolène Royal ou de Jean-Marc Ayrault. Assurément, cela serait un coup dur pour le futur candidat socialiste.

Crédit photo : AFP/Bertrand Guay




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