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Qu’est ce qu’exprime cette vague verte des municipales ?

C’est sur fond d’abstention historique que d’EELV ressortent grands vainqueurs de ces municipales. Une vague verte qui déferle dans un océan d’abstention sur fond de crise sanitaire et de crise du capitalisme. Quelle signification lui donner ?

lundi 29 juin

Crédit photo : Bertrand Guay / AFP

Les Verts conquièrent de grosses et moyennes villes

Lyon, Marseille, Bordeaux, Strasbourg, Poitiers, Besançon, Tours... Des prises significatives pour EELV notamment de grandes villes rendant quasi unanimes les éditorialistes comme l’opposition politique : c’est bien une vague verte qui déferle.

Ce succès est tel que les verts ont même réussi l’exploit de déloger certaines municipalités ancrées à droite depuis des décennies. A Lyon, Grégory Doucet l’a largement emporté dans le fief de Gérard Colomb, avec près de 22 points d’écart avec le candidat soutenu par l’ancien ministre de Macron. A Annecy, le candidat écolo soutenu par le PS et une ex de LREM a devancé celui soutenu par LR et LREM de quelques voix. A Besançon, Anne Vignot, à la tête d’une liste EELV, PS, PCF et Génération.s, a été élue avec 43,83 %. A Poitiers et Strasbourg, ils l’ont également largement remporté. A Bordeaux, Pierre Hurmic a réussi à prendre la mairie historiquement à droite.

Dans la plupart de ces villes EELV menait diverses formules de coalitions d’union de la gauche. Tantôt avec le PS, le PCF, LFI ou encore Génération.s et différents collectifs citoyens. Une stratégie ancrée à « gauche » qui a été payante pour les verts mais qui ne doit pas faire oublier que la formation écologiste ne se refuse pas à des alliances avec le parti au pouvoir quand l’occasion se présente. C’est notamment le cas à Auxerre ou la candidate des Verts Maud Navarre a soutenu le maire sortant Guy Férez, soutenu par LREM et le PS le tout avec la bénédiction de la direction régionale d’EELV. Une expression du « ni de droite ni de gauche » chère à la formation écologiste qui prévoyait même avec des maires de droite comme le claironnait en 2019 notamment Yannick Jadot.

Une expression d’aspirations profondes quant à la crise climatique…

Bien que capitalisé par l’écologie libérale, cette vague verte illustre les aspirations grandissantes de la population quant à des solutions à la crise climatique. Une prise de conscience qui s’est d’abord exprimée par des mobilisations pour le climat illustré par le slogan « fin du monde fin du mois même combat » avant de s’exacerber par suite de la pandémie mondiale. Une crise sanitaire historique qui a illustré avec force les ravages du capitalisme mais qui a par les effets collatéraux du confinement mis en exergue l’impact de la production capitaliste sur la planète, par exemple réduisant de manière drastique, bien que temporairement, les émissions de gaz à effets de serres.

…qui s’incarne dans l’écologie libérale s’inscrivant pleinement dans le capitalisme

Mais si cette conscience écologique s’ancre toujours plus profondément, la solution ne viendra toutefois pas de ceux qui, comme EELV, se refusent à toute transformation de la société lui préférant des fausses mesures vertes s’inscrivant pleinement dans le capitalisme.

Comme nous l’écrivons, EELV se propose de concilier l’économie de marché avec quelques propositions (au demeurant dérisoires) de réformes sociales et écologiques à la marge. Un programme capitalo-compatible cherchant à en appeler aux capitalistes « de bonne volonté » à devenir des acteurs clés du changement climatique : « nous ne sommes pas pour une économie administrée mais pour un modèle d’économie plurielle, compatible avec la protection de la planète et régulée par la puissance publique (...) Un modèle dans lequel les entreprises « dont l’activité est vertueuse pour l’environnement » sont vues comme « des alliés » de la transition écologique. »

Bordeaux en Luttes à 10 % : l’anticapitalisme pour réelle réponse à la crise climatique

A Bordeaux, le candidat écolo a remporté la mairie historiquement à droite. Avec un score très serré, 46,48 % pour Hurmic et 44,12 % pour Nicolas Florian le maire sortant. Se maintenant malgré le chantage à la division de la gauche, Philippe Poutou et sa liste Bordeaux en lutte ont pu défendre contre les fausses solutions du candidat EELV. Et ça a payé puisque la liste anticapitaliste a récolté 9,39 % des voix.
Comme l’expliquait notamment le programme de Bordeaux en Luttes : « la dévastation écologique est devenue une incontestable réalité.

Il appartient à toutes les organisations de la société d’intégrer la nécessité de préserver les ressources naturelles et de veiller au respect des écosystèmes. Résumer l’action écologique à planter quelques arbres, c’est se voiler la face et condamner les générations futures. La préservation de l’environnement, qui ne se limite pas aux luttes climatiques, passera par une rupture réelle avec le capitalisme. »

Comme le portait la liste Bordeaux en lutte, l’écologie ne peut être qu’anticapitaliste. EELV ne s’attaque pas au capitalisme responsable de la situation dramatique de l’écosystème qui provoque les feux en Australie, l’invasion de criquet pèlerin en Afrique de l’Ouest, en Inde et maintenant en Argentine. La préservation de l’environnement, qui ne se limite pas aux luttes climatiques, passera par une rupture réelle avec le capitalisme.

Si les aspirations écologiques se sont tournées vers l’écologie libérale, le succès même de Bordeaux en Luttes opposé EELV illustre le caractère radical que ces aspirations peuvent prendre. Une prise de conscience que la crise écologique est en lien direct avec le capitalisme.




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