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Politique

Reconfinement au Royaume-Uni : une catastrophe annoncée, aggravée par la nouvelle souche

Lundi, Boris Johnson a annoncé un deuxième reconfinement total au moins jusqu’à la mi-février, résultat d’une gestion sanitaire marquée par l’impréparation totale et la défense à tout prix des intérêts économiques. Une nouvelle illustration des conséquences de la gestion capitaliste de la crise sanitaire, renforcée par l’émergence de nouvelles souches du virus.

mercredi 6 janvier

Crédits photo : BBC.com

Prioriser l’économie plutôt que « suivre la science »

L’annonce d’un reconfinement total ce lundi 4 janvier n’est en rien étonnant au vu du fossé qui s’est creusé entre les décisions gouvernementales et les directives scientifiques comme le révèle une enquête publiée dans The Sunday Times en décembre dernier. « La route vers le deuxième confinement a été jonchée d’une série de décisions ministérielles visant à aider l’économie, qui ont été prises sans consultation des principaux comités consultatifs scientifiques » note le journal anglais.

En effet, dans le pays européen qui avait acté le confinement deux à trois semaines après les autres au nom d’une stratégie centrée sur « l’immunité collective », l’ensemble des commerces, bars, restaurants, cinémas, coiffeurs, théâtres, musées avaient réouvert dès le 4 juillet lors du « Super Samedi », les autorités allant jusqu’à offrir des bons de réduction de 10£ sur les repas. De quoi initier un rebond de l’épidémie alors que les scientifiques ne cessaient d’alerter du danger. En septembre, lors d’une réunion au sommet, le groupe consultatif gouvernemental Sage composé de scientifiques avait de nouveau prévenu le gouvernement : «  Ne pas agir maintenant pour réduire les cas entraînera une très grande épidémie avec des conséquences catastrophiques en termes de décès directs liés à la Covid et de la capacité du service de santé à répondre aux besoins ».

Refusant alors la perspective d’un reconfinement, prenant ainsi le parti du Ministre des Finances du Royaume-Uni, Rishi Sunak, au nom de la défense des profits patronaux, Boris Johnson avait préféré opter pour la mise en place du niveau 4 de restriction imposé à 80% des anglais, avec la fermeture des commerces non-essentiels à partir du dimanche 20 septembre.

Or, en ce début d’année, le pays a vu en une semaine son nombre de patients atteints de la Covid « augmenté de près d’un tier » selon les termes du Premier Ministre. Ainsi, avec 27 000 patients covid dans les hôpitaux, le pays dépasse de 40% le plus haut pic de la première vague. Une augmentation des cas qui a été accélérée par l’apparition d’une nouvelle souche nommée VUI-202012/01, jusqu’à 70% plus contagieuse que la souche initiale. De quoi accroître le nombre de contaminations et donc d’hospitalisations et de cas graves, et faire craindre une nouvelle explosion de l’épidémie sur le territoire anglais, mais aussi à échelle mondiale. Hier, 62.322 nouveaux cas ont été recensés en 24h et 1041 morts. Le reconfinement généralisé apparaît ainsi comme une mesure d’urgence visant à compenser le développement de l’épidémie, produit par l’impréparation du gouvernement.

La stratégie vaccinale restera insuffisante dans un contexte du « business as usual »

La stratégie vaccinale ne peut être efficace en l’absence d’une politique ambitieuse pour permettre d’enrayer la propagation du virus. Or, depuis le début, les conséquences de la volonté des gouvernements bourgeois de défendre les intérêts de leurs entreprises à tout prix ont montrées la contradiction fondamentale entre capitalisme et gestion d’une crise sanitaire. Et alors que la crise se prolonge, la pression à se précipiter pour relancer l’économie ou à empêcher la fermeture de certaines entreprises afin prendre de l’avance sur le reste des Etats et de leurs entreprises s’accroît. Récemment, la perspective de la vaccination est venue remplacer toute stratégie de prévention pour permettre d’enrayer la croissance de l’épidémie.

Or, la vaccination subit également les conséquences de la gestion capitaliste de la crise. Au Royaume-Uni, la pression à vacciner le plus rapidement possible pour relancer l’économie se traduit par une gestion aventurière. Comme nous l’écrivions mardi : « Alors que la majorité des vaccins contre le Covid-19 sont censés être administrés en deux injections à quelques semaines d’intervalle, deux décisions drastiques ont été prises dans la campagne de vaccination. D’une part, distribuer la totalité des doses du vaccin Pfizer/BioNTech pour atteindre le plus grand nombre de personnes vaccinées. Et ce, plutôt que de garder ces lots destinés à une seconde injection. D’autre part, autoriser au moment de la seconde injection la combinaison de différents vaccins sous certaines conditions, alors que l’efficacité d’une telle association n’est pas du tout vérifiée scientifiquement  ».

Une gestion nationale de la pénurie qui s’explique par les contradictions générées par la production et l’approvisionnement du vaccin, soumis à la concurrence entre les capitalistes. Le fonctionnement capitaliste de l’industrie pharmaceutique conduit en effet à limiter le niveau de production mondial de vaccins. Du fait des brevets, certains pays ne peuvent produire de vaccin, générant une pénurie globale qui met en jeu la vie des populations des pays les plus faibles.

Pour une stratégie à la hauteur

L’épidémie n’est pas une fatalité, mais de nombreuses solutions sont absolument nécessaires pour l’endiguer sans payer pour cela le prix de millions de morts supplémentaires. Fermeture des activités non-essentielles ou reconversion de ces activités au service de la lutte contre la pandémie, l’investissements dans les écoles pour limiter les contaminations, l’investissements et des embauches massives dans la santé publique pour faciliter les tests, la nationalisation des organisations privées de santé et des moyens de recherche au service du développement de vaccins, la suppression de tout brevet sur les vaccins, etc…

Seulement, ces mesures apparaissent chaque jour plus contradictoires avec celles qui sont réellement déployée par les gouvernements, qui préfèrent une gestion austéritaire, pro-patronale et répressive de la crise sanitaire. Une lutte pour nos vies est plus que jamais à l’ordre du jour !




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