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Politique

Répression : des enfants de 8, 9 et 12 ans signalés à la Justice suite à l’hommage à Samuel Paty

Deux jours après l'hommage national à Samuel Paty dans l’Éducation Nationale, une enquête pour « apologie du terrorisme » vient de s'ouvrir concernant deux enfants de 12 ans de l'agglomération strasbourgeoise, tandis que deux enfants de 8 et 9 ans ont également été signalés à la Justice… Des mesures répressives contre des enfants inscrites dans le renforcement autoritaire du gouvernement sous couvert de lutte contre l’épidémie et le terrorisme.

mercredi 4 novembre

Banksy, enfant soldat

Ce lundi matin, un hommage à Samuel Paty était organisé dans l’ensemble des établissements scolaires. Un hommage sous tension, dans un contexte de polarisation forte, marquée l’instrumentalisation de l’horreur par le gouvernement qui a lancé une véritable offensive islamophobe et sécuritaire à la faveur de la situation. Une offensive qui s’est traduite dans la préparation de l’hommage, puisque dans certaines académies, comme celle de Besançon, les chefs d’établissements avaient explicitement été priés de se préparer à dénoncer à la « Justice » le moindre écart observé qui pourrait être assimilé à de « l’apologie du terrorisme ».
 
Or, suite à l’hommage, l’AFP révélait mercredi qu’une première enquête pour « apologie du terrorisme » vient d’être ouverte par le parquet de Strasbourg visant deux enfants de 12 ans qui « auraient tenu des propos laissant entendre qu’ils justifiaient l’assassinat du professeur » d’après le Parquet cité par BFM TV. Une enquête qui s’inscrit dans une répression plus large initiée par le gouvernement, et qui touche de nombreux mineurs. Ainsi, outre les deux collégiens de 12ans, BFM TV rapporte que « deux autres incidents ont également été signalés à la justice, concernant cette fois des enfants de 8 et 9 ans, et scolarisés dans des écoles primaires ». De son côté, Gérald Darmanin évoquait lundi devant l’Assemblée Nationale les enquêtes et interpellations menées autour de propos qui « sont souvent le fait de jeunes personnes, qui ont entre 12 et 16 ans, qui utilisent des mots extrêmement crus ».
 
Une gestion répressive contre des mineurs qui fait froid dans le dos, mais qui s’inscrit parfaitement dans les outrances sécuritaires du gouvernement. A l’heure où l’urgence serait de réinstaurer un dialogue avec les élèves au sein même des établissements, et de permettre aux professeurs d’échanger entre eux pour faire face au mieux à une situation parfois tendue, le gouvernement préfère supprimer les deux heures de concertation entre professeurs qui devaient précéder l’hommage, et traîner des élèves de 12ans devant le procureur. 

« Nous sommes en première ligne quand les discours discriminant des politiques s’abattent sur nos élèves et qu’il faut désamorcer, expliquer, mettre à distance. L’institution de l’Education Nationale nie les conséquences que ce climat anxiogène et stigmatisant peut induire dans la relation très particulière qui lie les professeurs à leurs élèves. Il rompt ce lien de confiance sur lequel se base la relation éducative et peut aboutir à des malentendus, voire, comme c’est le cas pour Samuel, à des drames. » témoignait Julie, professeure en Seine-Saint-Denis suite à l’assassinat de Samuel Paty. Des propos qui résonnent fortement avec la stratégie actuelle du gouvernement.
 
Dans un contexte de forte polarisation sociale sur fond d’instrumentalisation islamophobe, le corps enseignant se retrouve dépossédé de sa prérogative de dialogue avec certains élèves… au profit du procureur, sur fond de moyens structurellement insuffisants pour permettre d’exercer correctement leurs métiers. Une gestion aussi répressive qu’absurde qui incarne parfaitement la logique du gouvernement qui, s’il s’est plu à exalter la « République des professeurs » affiche plus que jamais sa préférence pour d’autres figures, certes toutes aussi républicaines : le policier et le procureur !




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