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Jeunesse

Témoignage

Répression policière des lycéens de Joliot-Curie : « Ils l’ont matraqué jusqu’à qu’il ne bouge plus »

Ce vendredi, nous sommes allés à la rencontre des lycéens de Joliot-Curie à Nanterre, mobilisés depuis plus d’une semaine. Après une répression policière intense contre le blocage de l'établissement, désormais des vigiles sont présents en permanence dans le lycée, et instaurent un climat de flicage permanent.

vendredi 21 octobre 2022

Ce vendredi matin, aux alentours de 8 h, sous la pluie, l’ambiance était tendue devant le lycée Joliot-Curie, à Nanterre (92). Depuis plus d’une semaine, les lycéens ont bloqué l’établissement à plusieurs reprises pour faire entendre leurs revendications, notamment celle du retour de l’aide aux devoirs, pour protester contre l’autoritarisme de la direction au sujet des tenues des élèves, mais aussi pour affirmer leur soutien envers Kai Terada, professeur de mathématiques réprimé pour son travail militant. Plusieurs fois, la police est intervenue violemment pour faire cesser les blocus et des dizaines de jeunes ont été placé en garde à vue.

Ce matin encore, un appel à blocus a été lancé, sans réussite. Bien avant l’ouverture des grilles du lycée, des agents de sécurité, accompagnés d’agents de médiation de la ville, étaient en effet présent pour empêcher toute tentative de blocage des élèves. La présence de ces agents est une nouveauté devant ce lycée. Comme nous le raconte l’une des élèves : « c’est seulement depuis le début de la mobilisation que ces agents sont présents dans le lycée. Ils instaurent un climat anxiogène permanent pour nous. Au moindre attroupement, ils viennent nous séparer et ils mettent une grosse pression sur certains élèves, de plus, les surveillants ou les CPE ont le droit à une fouille visuel de nos sacs à n’importe quel moment. ». Un flicage permanent qui n’a aucun lieu d’être, encore moins dans un lycée : « On ne vient pas au lycée pour ça », conclue ainsi la lycéenne.

Alors que les récents événements ont fait beaucoup de bruit dans les médias, la presse bourgeoise ne s’est pas privée d’éluder complètement la violence subite par les lycéens, pour se focaliser sur la radicalité de certains jeunes participant au mouvement afin de le discréditer. Les élus se placent eux aussi du côté des forces de répression, à l’instar de Jean-Pierre Bellier, adjoint au maire chargé de l’Action éducative dans cette ville dirigée par le PCF, qui a salué la réaction de la police. Après le placement en garde à vue de deux nouveaux jeunes le mardi 18 octobre, il déclarait au micro de France Info, : « On a à faire à quelques ultras [...] qui provoquent les forces de l’ordre. [...] Celles-ci réagissent (...) avec mesure je trouve ce matin, en comparaison avec ce qu’on a vu d’autres fois.

Derrière les déclarations de l’élu, la réalité de la répression vécue par les lycéens est tout autre : « tout a commencé à dégénérer à partir du moment où la police est venue le deuxième jour » raconte un lycéen, avant de continuer : « Les premiers jours, on a manifesté dans le calme. On ne voulait pas de violence et on ne s’attendait pas à être réprimé comme ça, mais on a bien compris, ils veulent nous faire taire ».

Un de ses camarades va dans le même sens : « J’ai un ami de ma classe qui a été réprimé par la police. Devant moi, ils l’ont mis au sol puis ils l’ont matraqué jusqu’à qu’il ne bouge plus. Je crois qu’il a le bras cassé, et il est fortement blessé au visage. Depuis ça, on ne le voit plus au lycée et il essaye de se remettre. Mais je sais qu’il reste en colère et que ça n’a pas affaiblie sa détermination ».

Malgré la répression, les lycéens ne se laissent pas abattre, comme l’explique Laura* , également en filière professionnelle : « D’un côté, on nous dit que les jeunes sont des feignants, et, de l’autre autre, on nous envoie la police pour nous réprimer. Alors on va continuer à exprimer nos revendications du blocus, mais aussi notre opposition à Parcoursup qui détruit notre futur et nos envies de continuer nos études, ainsi qu’à la réforme des lycées professionnels ! »

Au sujet de cette dernière réforme, la lycéenne rappelle que celle-ci a vocation à réduire drastiquement le nombre d’heures de cours au bénéfice de doubler le temps passé en entreprise : « en plus, à part si on a beaucoup de chance, on n’est même pas rémunéré, précise-t-elle. Ce n’est pas normal, alors que dès fois on travaille 35h par semaine pendant nos stages ».

« La question de la liberté de s’habiller est aussi très importante pour nous, ajoute-t-elle. Depuis la rentrée, la direction est très autoritaire à ce sujet. Le premier jour, une élève a carrément été renvoyée par la directrice, car elle portait le voile. Plus largement, si on porte le moindre foulard, ou une simple robe longue par simple style vestimentaire, on ne peut pas rentrer dans l’établissement, car c’est assimilé à des signes religieux. »

Les élèves expriment ainsi leur colère contre les lois islamophobes interdisant le port du voile, et le harcèlement qui accompagne leur application. Comme le suggère la lycéenne que nous avons interrogé, ce harcèlement ne concerne plus uniquement les vêtements religieux, mais également les "signes religieux par destination", selon la formule du ministre de l’éducation nationale Pap N’Diaye. Dans ce contexte, de nombreux lycées se sont également mobilisés pour dénoncer cette nouvelle offensive islamophobe du gouvernement, comme au lycée Jean Macé (94) par exemple, où les lycéens ont interpellé le ministre au sujet de l’interdiction du port de l’abaya.

Face à la réforme des lycées professionnels, à l’autoritarisme croissant, et à la répression policière, les raisons de se mobiliser sont nombreuses pour les lycéens. Dès lors, si la mobilisation à Joliot-Curie a été si durement attaquée par les forces de répressions puis par l’institution scolaire, c’est parce qu’elle a montré une importante radicalité et constitue un exemple pour lutter contre les futures attaques du gouvernement, de la réforme du lycée professionnel à la généralisation du SNU. De ce point de vue, la journée du 18 octobre, durant laquelle de très nombreux lycées ont exprimé leur solidarité avec Joliot-Curie, est encourageante, et doit être un point d’appui pour préparer de futures mobilisations plus larges.

*Les prénoms ont été modifiés.



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