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Extrême-droite

Saint-Brévin : le maire démissionne, l’extrême-droite jubile et le gouvernement cible le mouvement social

Saint-Brévin est devenue l’épicentre de manifestations xénophobes de l’extrême droite contre l’installation d’un centre d’accueil de réfugiés. Ces attaques ont été jusqu’à la démission du maire, célébrée par la fachosphère. De son côté le gouvernement en a profité pour fustiger « l’extrémisme » des « deux côtés » et poursuivre son offensive autoritaire.

Arsène Justo

12 mai 2023

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Saint-Brévin : le maire démissionne, l'extrême-droite jubile et le gouvernement cible le mouvement social

La commune de Saint-Brévin-les-Pins accueille depuis 2016 un centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA). Mais depuis l’annonce de l’installation du CADA près d’une école élémentaire, l’extrême droite a multiplié les manifestations et les attaques xénophobes, lançant ces derniers mois une véritable campagne raciste dans la petite ville du Pays de la Loire.

A partir de l’automne 2022, des manifestations ont en effet été organisées dans la ville par des organisations et groupuscules d’extrême droite contre l’installation du centre d’accueil. Le Rassemblement National, l’antenne locale du parti d’Eric Zemmour « Reconquête ! », ainsi que le parti de Florian Philippot « les Patriotes », ont pris une part active dans cette campagne xénophobe. Ils n’ont cependant pas été les seuls : toute une série de groupuscules ultranationalistes, comme les intégristes catholiques de Civitas, les militants royalistes de l’Action française, ainsi que des militants historiques des milieux fascistes français comme Christian Bouchet y ont également pris part.

Cette campagne de l’extrême droite a atteint son expression la plus violente dans la nuit du 22 mars dernier, par un incendie criminel contre le domicile du maire de la ville, Yannick Morez. En pleine nuit, les deux voitures du maire ont été incendiées et le feu a atteint son domicile où il se trouvait avec sa famille. Selon le parquet, des ouvriers se rendant sur leur lieu de travail ont heureusement alerté le maire en sonnant à sa porte, évitant ainsi un drame de justesse. Après des mois de mobilisations xénophobes et de menaces de l’extrême droite, l’origine de l’attaque fait peu de doute.

Le maire a finalement annoncé ce mardi 9 mai sa décision de démissionner de son poste et de partir de la ville, craignant pour lui et sa famille. Très rapidement, comme le rapporte Le Monde, l’extrême droite a célébré cette annonce comme une victoire.

Depuis des mois Yannick Morez alertait en effet sur la multiplication des menaces et des intimidations que lui et des soutiens locaux du centre d’accueil subissaient. Pourtant, et comme le rappelait fin avril Mediapart, les habitants de la commune soutiennent très majoritairement le maire et la présence du centre. La contestation de son installation vient donc surtout de la campagne menée par l’extrême droite. Comme le maire l’a expliqué à l’AFP fin mars, cela fait 7 ans que la ville accueille le centre et ses 400 pensionnaires, sans qu’il n’y ait jamais eu le moindre problème.

Le gouvernement fustige « l’extrêmisme des deux côtés » et en profite pour poursuivre son offensive autoritaire

Alors que le maire vient d’annoncer sa démission et l’attribue notamment au manque de soutien de la part de l’État et du gouvernement, plusieurs figures du gouvernement et de la macronie se sont empressées d’exprimer leur « soutien » et en ont profité pour poursuivre leur offensive contre le mouvement social. Emmanuel Macron a déclaré dans un tweet « les attaques contre Yannick Morez, maire de Saint-Brevin-les-Pins, et contre sa famille, sont indignes » sans nommer à aucun moment l’extrême droite, pourtant responsable directe de ces attaques.

Interrogée par France Info pendant son déplacement à la Réunion, Elisabeth Borne a de son côté déclaré « cela montre qu’il y a une montée de l’extrémisme dans notre pays » et que « l’extrémisme vaut des deux côtés. En refusant ainsi de désigner explicitement l’extrême droite, la première ministre cherche à rassembler sous un même terme vague l’extrême-droite et l’extrême-gauche, mettant de fait toute mobilisation et expression de colère contre le gouvernement à égalité avec les attaques racistes et la violence de l’extrême droite.

Même son de cloche de la part d’Aurore Bergé, présidente du groupe Renaissance à l’Assemblée Nationale. Cette dernière, interrogée sur ce sujet lors de la matinale de France Inter a ainsi expliqué que « la question plus large, c’est celle de la protection de nos élus, ces insultes et menaces que la quasi-totalité des élus de la République reçoivent », mettant sur un même un pied d’égalité les attaques racistes de l’extrême droite à Saint-Brévin et les phénomènes de contestations contre le gouvernement. Ce faisant, la députée cherche avec cette déclaration à assimiler l’attaque xénophobe subie par le maire avec la détestation légitime des élus macronistes qui s’exprime dans le cadre du mouvement actuel par des « casserolades » et des « comités d’accueil » de ministre ou de figures macronistes.

Derrière son « soutien » hypocrite au maire de la commune de Saint-Brévin, le gouvernement et Macron instrumentalisent cette attaque de l’extrême droite et ses conséquences pour tenter de toujours plus criminaliser le mouvement social et de parfaire leurs dispositifs répressifs. C’est la même logique et la même stratégie qui sous-tend les récentes déclarations de Darmanin concernant « l’interdiction » des actions de « l’ultra-droite » après la manifestation néo-nazie du 6 mai dernier. Encore une fois, le gouvernement utilise la situation pour poursuivre son offensive autoritaire contre le mouvement social, qui s’est exprimée dans la menace de dissolution de l’organisation écologiste Les soulèvements de la terre et plus récemment dans l’interdiction de nombreuses « casserolades ».

Pourtant, que ce soit pour la manifestation néo-nazie du 6 mai dernier ou pour les mobilisations et les attaques xénophobes de l’extrême droite à Saint-Brévin, le deux poids deux mesures du gouvernement saute aux yeux. Ce dernier est en effet plus prompt à réprimer les manifestations contre la réforme des retraites, à menacer de couper les subventions à la ligue des droits de l’Homme et à interdire les « casserolades ».

Une nouvelle fois, cette attaque scandaleuse et réactionnaire contre le maire de Saint-Brévin, ainsi que les réactions du gouvernement, montrent qu’il est illusoire de compter sur ce dernier dans la lutte contre l’extrême droite. Au contraire, ce sont bien les politiques xénophobes et racistes menées par le gouvernement à coup de loi immigration et de campagne contre « l’islamo-gauchisme » et le « wokisme » qui font monter l’extrême droite. Face à cette situation, la seule possibilité pour mettre un frein à cette dynamique est bel et bien que le mouvement ouvrier et le mouvement social fassent front largement pour s’opposer tant aux mobilisations de l’extrême droite qu’aux politiques xénophobes du gouvernement qui lui servent de marchepied.

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