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Blanquer démission

Santorin : le nouveau logiciel de correction et surveillance qui révolte les enseignants

L'épreuve de philosophie maintenue par Blanquer a été l'occasion d'imposer une fois de plus les logiques managériales du privé au sein de l’Éducation Nationale à travers le nouveau logiciel de correction du baccalauréat, Santorin.

mardi 29 juin

Crédits photo : AFP

Des copies numérisées à corriger en un temps réduit : l’épreuve de philosophie maintenue par Blanquer a été l’occasion d’imposer une fois de plus les logiques managériales du privé au sein de l’Education Nationale à travers le nouveau logiciel de correction du baccalauréat, Santorin. En effet après que le ministre ait forcé le maintien de l’épreuve, en faisant abstraction des conditions d’enseignement d’une année particulièrement difficile en raison de la crise sanitaire et malgré les mobilisations lycéennes et la colère des enseignants, les professeurs de philosophie ont dû faire face aux nombreux problèmes liés à ce nouveau logiciel qu’ils considèrent, comme l’explique SudOuest, comme un outil de « surveillance et de contrôle ».

Mobilisés devant le rectorat de Bordeaux, tel qu’on peut le lire dans le même article de SudOuest, les enseignants dénoncent que « le but de ce logiciel est de minuter notre temps de correction. C’est aussi un moyen de vérifier nos notes ». Un autre collègue ajoutait : « Nous refusons la surveillance exercée via ce logiciel, associée à un management infantilisant et autoritaire et nous exigeons que cessent les pressions répétées dont les professeurs correcteurs sont l’objet ».

En plus de cette pression au chiffre, dans un autre article de Sudouest, les professeurs dénonçaient des nombreuses irrégularités liés à ce nouveau logiciel : « Dès le départ, de nombreux professeurs ont rencontré des difficultés à la réception de leurs lots de copies. Elles sont arrivées tard, parfois en ordre dispersé, avec des pages dans le mauvais ordre, et pour certains avec des pages manquantes ». Ce même professeur expliquait que dans une des épreuves qu’il a corrigé il manquait « 5 pages sur un total de 8 » et ajoutait : « Ce genre de désagrément n’arrivait pas auparavant car, quand on récupérait les lots de copies, on avait scrupuleusement vérifié qu’il y avait toutes les pages ». Un autre problème lié à ce logiciel de correction : les enseignant ont reçu des « copies scannées avec la convocation de l’élève, levant ainsi son anonymat. ».

Dans de nombreuses académies, comme à Lille, à Marseille, à Grenoble, à Bordeaux, des mobilisations ont contesté ces conditions, dénonçant aussi la méthode, unilatérale et autoritaire du gouvernement. A Poitiers, des enseignants ont décidé d’entrer en grève ce mardi 29 juin, jour de remise des notes sur Santorin, en exigeant de reprendre la main sur les conditions de leur travail et en s’opposant à l’imposition des méthodes managériales au sein de l’Education Nationale.

En effet, alors que les réformes s’enchainent et se ressemblent, depuis ParcourSup en 2017 jusqu’à la refonte complète des enseignements du lycée et la disparition du bac comme examen national, les professeurs doivent travailler dans des conditions dégradés, ce qui met en plus les élèves dans le plus grand désarroi. Et cela sans parler des effets délétères de ParcourSup sur l’accès des catégories populaires à l’enseignement supérieur. Pièce supplémentaire dans ce dispositif, les mobilisations contre le logiciel Santorin cristallisent la colère et le refus de l’enseignant de voir leur travail une fois de plus méprisé, soumis à une surveillance informatique et à un appareillage qui permet le chronométrage des tâches de correction.

A Poitiers, le collectif des enseignants a annoncé cette mobilisation et se réserve le choix de la date et du format sous lesquels ils rendront leur travail de correction : "Nous garantissons, aux élèves et parents d’élèves, que le travail de correction aura bien été fait, et avec le plus grand sérieux, et que nous transmettrons les notes et appréciations au rectorat quand nous le déciderons, en dehors du logiciel Santorin et selon des modalités que nous aurons nous-mêmes choisies"

Tel que l’ont démontré les mobilisations en novembre dernier, où les enseignants, les élevés et les parents se sont mobilisés pour imposer et organiser des protocoles sanitaires à la hauteur des besoins, ce n’est que par la lutte et en prenant les choses en main qu’il est possible de faire reculer le gouvernement.




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