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Jeunesse

Université Paris VIII

Témoignage. Ashem, étudiant étranger : « on est nombreux à chercher du travail pour survivre ! »

Réfugié politique et étudiant en science politique à Paris 8, Ashem témoigne de la précarité à laquelle, comme beaucoup d’étudiants étrangers, il a été brutalement exposé pendant le confinement, mais aussi, des difficultés à venir avec la crise économique, pour réussir à combiner jobs précaires et des études où la sélection sociale fait rage.

vendredi 15 mai

Crédits photo : AFP/Ludovic Marin

Je m’appelle Ashem, j’ai 27 ans, et je suis réfugié politique, aujourd’hui étudiant à l’université de Paris 8. J’ai eu quelques soucis dans mon pays en Afghanistan, que j’ai dû quitter pour des raisons politiques. Quand j’ai quitté mon pays, après être resté quelques temps en Turquie dans des conditions de vie difficiles, je souhaitais m’exiler en Europe. J’ai finalement eu mon statut de réfugié en France en novembre 2017. Avant qu’elle soit acceptée, j’étais à Porte de la Chapelle, je n’avais pas de logement. Mais là-bas, j’ai trouvé une association qui prenait en charge les réfugiés comme moi. On m’a donc ensuite déplacé à Brest, où j’ai reçu mon statut, et un logement. Mais pour continuer mon projet d’études, je suis retourné à Paris, pour trouver une université. J’ai finalement été accepté à Paris 8, en licence de science politique.

Quand on m’a accepté, étant à l’époque à Creil, je cherchais toujours un logement à Paris, mais, sans succès, j’ai finalement trouvé dans le 91. Je devais donc faire quatre trajets par jour, soit quatre fois deux heures, sans compter les retards sur des lignes de transports souvent bondées. Et je travaillais le week-end dans le bâtiment sur les chantiers, au black, pour pouvoir financer mes études. Je devais donc me lever à 5h le matin, pour commencer le travail à 8h, et je finissais à 17h. Ce boulot sur les chantiers est très physique et fatiguant, et demande d’exécuter des tâches très pénibles. Alors pour réussir à tout gérer, c’était très dur, entre le besoin d’apprendre la langue, le fait d’habiter loin, de travailler le week-end... donc le plus souvent, j’avais des moments pour réviser que durant le trajet vers la fac.

Quand le confinement est arrivé, j’ai perdu mon travail qui me permettait de compléter de ce que je touchais avec ma bourse, un complément qui représentait 40% de mes revenus. Au début, j’ai utilisé l’argent mis de côté avec mes jobs d’été, mais après une dizaine de jours, même si la bourse payait le loyer, j’avais du mal à faire mes courses. J’ai donc fait une demande plus tard pour pouvoir bénéficier des colis alimentaires d’urgence distribués à Paris 8.

Pour ce qui est de la continuité pédagogique, quand l’université était ouverte, je pouvais m’appuyer sur l’aide du tutorat à la fac pour faire les devoirs exigés, mais seul chez moi, avec les difficultés liées à la langue, les dossiers de 3, 4 pages étaient presque mission impossible pour moi, et m’ont demandé énormément de temps. S’ajoutait à cela l’absence de réponse de la part de certains responsables de l’université. Je me suis donc retrouvé vraiment isolé durant ces deux mois. Aujourd’hui, j’ai encore des rattrapages avec des dossiers à rendre, alors que je ne sais pas encore comment je vais réussir à trouver un emploi, quand ils deviennent de plus en plus rares dans la période.

Maintenant, le déconfinement passé, ma priorité est aujourd’hui de retrouver le plus vite un travail. A ce stade, j’ai déjà envoyé plus d’une cinquantaine de demandes, sans succès. Je vois bien qu’ils acceptent en premier des gens qui ont plus d’expérience, pour des durées d’un an, à temps plein. Avec mon profil, je passe souvent après. Je risque donc de me rediriger de nouveau vers des emplois au black sur les chantiers pour financer mes études, mais combiner les deux risque d’être de plus en plus difficile.

J’en connais beaucoup qui travaillent aujourd’hui à temps plein, et qui multiplient les heures supplémentaires, alors que comme moi, on est nombreux à chercher du travail pour survivre ! Si on partage le temps de travail, on s’attaquerait au chômage et nous, étudiants travailleurs et étrangers, on n’aurait pas forcément à laisser tomber nos études faute de pouvoir les financer ! Car quand tu es ici tout seul, sans ta famille, sans revenus, tu es obligé de travailler pour pouvoir étudier !




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